Osmium Os 42i
PRBMIÈHB LEÇON. 45
Les corps simples associés de différentes manières engendrent les corps composés. Bien que ces derniers soient très-nombreux, on peut les réduire à quelques types, dont les caractères généraux donnent une idée des espèces qui s'y rapportent. C'est ce que tenta de faire Guy ton de Morveau en 4787, avec le concours de l'Académie des sciences, représentée par une commission composée de Lavoisier, Berthollet et Fourcroy.
Où Lavoisier mettait la main, il devait laisser l'empreinte de son génieZ0ue Ton se reporte à l'époque où la nomenclature chimique furqçéée, et Ton verra quelle est une des conceptions les plus brillantes de l'intelligence. A mesure que la science grandit, cette belle conception devient insuffisante : aussi Ta-t-on souvent modifiée ; mais elle reste toujours debout , et bien que défectueuse, elle n'en est pas moins un guide certain, surtout pour ceux qui commencent.
Nous devons nous occuper du langage des chimistes dans son état actuel, en nous bornant à en poser les principes fondamentaux, que nous développerons en leur lieu. C'est une langue dont nous voulons connaître les règles; l'usage nous en apprendra les particularités.
Pour que l'étude à laquelle nous allons nous livrer soit plus facile, nous nous aiderons de quelques expériences.
Divisons d'abord les 62 corps indécomposables, en deux classes : les métalloïdes et les métaux. Les 45 qui commencent la liste appartiennent à la première ; les autres à la seconde.
Prenons maintenant un métalloïde, le phosphore, par exemple; mettons-en un morceau dans une petite capsule a que nous poserons sur une assiette. Si , avec un charbon rouge, nous touchons le phosphore, il s'enflamme aussitôt et répand des fumées blanches très-épaisses; les emprisonne-t-on sous une grande cloche en verre, on voit les parois se tapisser d'une espèce de neige (fig. 2) : dissoute dans l'eau, cette neige lui communique la propriété de
1. Vase dont on se sert dans les laboratoires. Les captuUt sont ordinairement en porcelaine émaillée. Leur forme est celle d'une assiette dont les bords très-larges seraient relevés ; on bien elle est hémisphérique. Les capsules en platine et en argent ont en général cette dernière forme. Quelquefois les capsules en porcelaine ont un bec qui facilite l'écoulement des liquides. On peut se faire une idée de leur forme générale par les figures ci-dessous. Il y a des capsules de tontes les grandeurs, depuis deux jusqu'à 50 centimètres de diamètre.
rougir le sirop de violettes et doit avoir, par conséquent, un goût aigre et piquant.
Qu'est-ce que celte neige' C'est le phosphore qui , porte à une haute température, s'egt combiné avec l'oxygène (un des principes qui se trouvent dans l'air) et s'est transformé en une matière blanche très-légère et trèsdivisée. Cette matière, par cela même qu'elle rougit le sirop de violettes, porte le nom générique d'acide.
**«• *• Donc, toute substance ca-
pable de rougir le sirop de violettes, et provenant de la combinaison d'un corps simple avec l'oxygène, est désignée par le nom d'acide.
Mais l'oxygène pourra se combiner avec le même corps en différentes proportions et donner naissance a plusieurs acides. Comment les distinguer? Rien de plus facile : celui qui contiendra le plus grand nombre d'équivalents d'oxygène sera désigné par la terminaison en ique, donnée par l'adjectif qui suit le mot < acide, et celui qui contiendra moins d'oxygène aura son adjectif terminé en eux.
Ainsi , ce que nous avons obtenu, il y a un instant, est de V acide phosp/wrique, parce qu'il y entre plus d'oxygène que dans un autre acide facile à préparer par un procédé différent, et qui porte le nom d'acide phosphoreux.
Lorsque ces règles furent posées, on croyait que l'oxygène ne pouvait se combiner avec un corps simple qu'en deux proportions. Les désinences en ique et en eux étaient donc suffisantes; depuis on a découvert , pour la même substance, de nouveaux acides qui , par leur richesse en oxygène, sont ou intermédiaires, ou supérieurs, ou inférieurs aux deux déjà connus. Pour ne pas renverser une règle établie, on s'en est tiré par un artifice assez heureux : si le nouvel acide est intermédiaire, on fait précéder l'adjectif en ique par le dissyllabe hypo ; s'il est inférieur, le même dissyllabe précède l'adjectif en eux ; enfin, s'il est supérieur, le dissyllabe hyper se trouve avant l'adjectif en ique.
Vous voyez qu'avec deux, terminaisons différentes et deux dissyllabes on trouve aisément à classer cinq acides. Le chlore et l'oxygène vont nous en donner un exemple ; on connaissait deux acides, le chlorique et le chloreux, lorsqu'on en découvrit un in-
férieur ; on le nomma hypochloreux ; plus tard on en découvrit un supérieur ; on l'appela hyperchlàrique ; enfin on en connut un intermédiaire, à qui Ton donna le nom û' hypochlorique. Si bien que Ton a aujourd'hui une série nettement exprimée et dont les termes n'offrent aucune confusion sous le rapport de leur richesse relative en oxygène. Voyez cette série inscrite au tableau ; chaque terme est accompagné d'un chiffre qui exprime les équivalents d'oxygène qu'il contient , le chlore étant toujours représenté par un.
Nouvel acide supérieur Acide hyperchloriqne..... 7
Ancien acide supérieur id. chlorique 5
Nouvel acide intermédiaire... id. hypochlorique 4
Ancien acide inférieur id . chlorenx 3
Nonvel acide inférieur id. hypochloreux i '.
Si la série devenait encore plus nombreuse par la découverte de nouveaux acides, on aurait recours à des adjectifs composés ou à des noms dérivés du grec; mais je ne crois pas utile de vous en parler dans ce moment , d'autant plus que vous rencontrerez ultérieurement des exemples qu'il vous sera plus facile de retenir sans trop fatiguer votre mémoire.
Faisons un pas de pkis : exposons à l'air un fragment de potassium ; bientôt ce métal se ternit , et si je l'écrase, si je le divise pour renouveler les points de sa surface, il se transforme promptement en une matière blanche qui se liquéfie. Ce liquide verdit le sirop de violettes, et a une saveur urineuseet alcaline. Pourquoi ce métal a-t-il subi cette transformation? C'est que lui aussi a absorbé l'oxygène de l'air; cependant la combinaison formée n'ayant pas les propriétés des acides, portera le nom générique d1 oxyde. Ainsi, toute substance pouvant verdir le sirop de violettes et provenant de la combinaison d'un corps simple avec l'oxygène, sera désignée par le mot oxyde. 11 arrive souvent aussi , comme dans le cas des acides, que le même corps simple peut se combiner avec l'oxygène en plusieurs proportions. Lorsqu'on croyait qu'il ne pouvait y avoir que deux degrés d'oxydation, on appelait prot oxyde le degré inférieur, et peroxyde le supérieur ; par conséquent, on eût dit protoxyde et peroxyde de potassium, si ce métal eût été connu à l'époque où la nomenclature fut créée. Or, il en est pour cette classe de corps comme pour celle des acides, les deux
1. La série n'est pas exacte sous le point de vue historique : la découverte de l'acide chlorenx est récente, mais on appelait de ce nom l'acide hypochlorique d'aujourd'hui. Nous commettons l'anachronisme avec intention, pour rendre l'exemple pins saisissant.
peuvent donner des séries. Mais, en vertu de la loi que nous connaissons, les quantités progressives d'oxygène étant entre elles dans des rapports simples, comme 1 :|:2 : 3 , on a associé au mot oxyde une ou plusieurs syllabes qui expriment ces mêmes rapports ; on dira donc prot oxyde , sesquioxyde , deuloxyde, trioxyde de tel ou tel métal.
Passons maintenant à des combinaisons plus compliquées ; associons les acides aux oxydes, et nous formerons ainsi des corps ternaires, connus sous le nom générique de sels. Effectivement , si je mêlais, en proportions convenables, le même acide phosphorique et le même oxyde de potassium que vous venez de voir préparer, j'obtiendrais par l'évaporation un composé qui n'aurait plus aucune propriété des composants. Pour mieux vous édifier, comparez le contenu de ces trois flacons : dans le premier, vous voyez un liquide épais : c'est de l'acide phosphorique ; le second renferme des plaques blanches à peine translucides : c'est l'oxyde de potassium qui a été fondu ; dans le troisième, vous voyez en beaux cristaux le résultat de la combinaison des deux autres corps : ce produit porte le nom générique de sel. Désormais, ce nom représentera donc à notre esprit la combinaison d'un acide et d'un oxyde. Ces derniers corps étant très-nombreux et très-variés, les combinaisons qu'ils engendrent en s'associant, doivent être aussi très-nombreuses et très-variées. Gomment donc désigner un sel sous le double rapport de l'acide et de l'oxyde qui le composent? L'acide forme le genre et l'oxyde l'espèce, et comme il y a plusieurs sortes d'acides, la désinence du substantif qui désigne le genre suffira pour éviter toute confusion. Ainsi , le sel que nous venons de faire par la combinaison de l'acide phosphorique et de l'oxyde de potassium s'appelle phosphate d'oxyde de potassium; si nous avions opéré avec de l'acide phosphoreux, le sel aurait eu le nom de phosphite d'oxyde de potassium ; avec de l'acide hypophosphorique, celui d'hypophosphate, etc. En un mot , suivant que le nom de l'acide est terminé en ique ou en eux, le substantif qui rappelle le genre du sel est terminé en aie ou en ite. Il est inutile de dire que le génitif ou l'adjectif qui rappelle l'espèce du sel variera selon le degré de l'oxyde lui-même. Vous comprenez donc parfaitement ce que je veux exprimer par ces mots que j'inscris au tableau :
Sulfate de protozyde de fer ou sulfate protoferrique. Sulfate de sesquioxyde de fer ou sulfate sesquiferrique.
Malheureusement tous les chimistes ne se croient pas obligés d'observer ces règles avec exactitude, en sorte que la lecture
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d'un livre de chimie n'est pas toujours également facile pour ceux qui commencent : aujourd'hui , par exemple , vous auriez quelque peine à vous faire une idée exacte de ce que c'est que le sulfate de fer^ le sulfate ferrique , X oxyde ferreux et bien d'autres ; mais ne vous en préoccupez pas : ces variantes ne sont que des nuances de la langue, et l'exercice seul vous en rendra maîtres.
Jusqu'à présent , nous avons vu la nomenclature s'appuyer sur l'oxygène ; examinons maintenant la nomenclature des composés dont ce corps ne fait pas partie.
Ce flacon renferme un corps aériforme de couleur jaune verdâtre : c'est du chlore: Si j'y introduis de l'arsenic en poudre , il y aura production de lumière et de fumées blanches intenses , et bientôt les parois intérieures seront enduites d'un liquide : ce sera une combinaison de chlore et d'arsenic, appelée chlorure d'arsenic. Pourquoi , me de manderez- vous, chlorure d'arsenic , et non pas arseniure de chlore f C'est que l'élément électro-négatif d'un composé binaire fournit le substantif à la dénomination du composé ; je m'explique : tout corps composé soumis à l'influence d'un courant électrique finit par se dédoubler; un ou plusieurs de ses éléments se portent au pôle positif , les autres au négatif : les premiers sont électro-négatifs par cela seul qu'ils vont au pôle de nom contraire ; les seconds , et pour une raison du même ordre , sont électro-positifs. Si l'on avait mis sur le passage d'un courant électrique , la combinaison que nous venons de faire nous-mêmes , nous aurions vu que le chlore se serait comporté comme un corps électro-négatif. Il doit donc fournir le substantif , et c'est par pure convention qu'il se termine en ure. De même que dans les oxydes et les acides, l'oxygène peut se trouver en différentes proportions , de même l'élément électro-négatif des autres corps binaires peut à son tour former plusieurs degrés de combinaisons. Remarquez bien que l'oxygène dans les composés est toujours électro-négatif ; si bien que c'est à l'élément doué d'une telle nature que semble dévolu le privilège de former des séries par multiples. S'il y a des bioxydes , des sesquioxydes, des irioxydes , il y a des bichloruresy des sesquichlorures , des trichlorures.
D'après ce que je viens de dire , vous vous expliquerez la signification des noms que je vais inscrire au tableau :
T^lfuredepho^ho^..., | \ **%*"££&
Bichlorure d'étain f J £ «•«"•"•
de phosphore, de chlor d'étain.
Sesquibromure de fer ( * * !<? *e 5rome'
i 1 id. de fer.
Iodure de plomb { J jj; £J^
Vous vous rendrez compte , je pense , non-seulement de la composition de ces corps , mais de l'état électro-chimique de chaque élément. Ainsi, d'après la manière dont ces noms sont construits, vous devinez que le soufre , le chlore , le brome et l'iode , sont électro-négatifs relativement au phosphore , à l'étain , au fer, au plomb.
Parmi les corps binaires dépourvus d'oxygène , il y en a qui possèdent au plus haut degré les propriétés des acides ; tels sont certains composés d'hydrogène : le chlorure , le fluorure , le bromure en sont un exemple. Comme pendant longtemps on a cru à tort, que dans ces substances l'hydrogène jouait le même rôle que l'oxygène joue dans les acides ordinaires, on a eu la malencontreuse idée de les appeler hydr acides. Ce mot ayant été consacré par un long usage , on a soustrait ces combinaisons à la règle de la nomenclature , et on leur a conservé l'ancienne dénomination, quoique erronée. Retenez donc bien que le mot générique hydr acide ne doit pas vous rappeler un acide ordinaire renfermant de l'hydrogène , mais un composé binaire , non oxygéné , ayant quelques propriétés des véritables acides , et dans lequel l'hydrogène est l'élément électro-positif : par conséquent , acide chlorhydriqve ou hydrochlorique équivaut à chlorure d'hydrogène; acide fluor hydrique ou hydrofluorique} à fluorure d'hydrogène , etc. , etc.
Je terminerai tout ce que je m'étais proposé de vous dire sur les points principaux du langage chimique par quelques mots relatifs aux combinaisons que les métaux contractent entre eux.
Voici de l'étain et du plomb , deux métaux faciles à distinguer : le premier à sa blancheur éclatante et au bruit ou cri qu'il fait entendre lorsqu'on le plie ; le second à sa couleur gris-bleuàtre et à sa malléabilité. Je les introduis dans un creuset incandescent : ils s'y confondent bientôt par la fusion ; ainsi liquéfiés, je coule leur mélange sur une plaque de fer. Si vous n'aviez pas assisté à l'expérience , vous ne sauriez y reconnaître, ni le plomb, ni l'étain. Effectivement, c'est une combinaison de ces deux métaux qui a des caractères particuliers , et qu'on appelle alliage , nom générique de toute combinaison entre métaux. Ce que nous venons de faire est un alliage de plomb et d'étain. Cependant , si un des principaux éléments de l'alliage est du mercure , la combinaison porte alors le nom $ amalgame. La monnaie d'ar-
gent, qui se compose d'argent et de cuivre, est un alliage ; la matière qui sert à étamer les glaces, et qui se compose d'étain et de mercure , est un amalgame.
Je pourrais vous dire bien des choses encore sur ce sujet , mais je m'arrête pour ne pas trop surcharger votre mémoire par des détails inutiles maintenant , et que nous rencontrerons au fur et à mesure de nos progrès ; alors il vous sera facile de les saisir, parce que vous serez déjà familiarisés avec les principes fondamentaux de la langue.
Vous vous serez déjà sans doute aperçus que je n'en ai pas fait la critique, et que je ne vous ai pas dit pourquoi cette langue est aujourd'hui insuffisante ; mais vous le comprendrez mieux lorsque l'occasion s'en présentera à propos d'un fait qu'il nous importera de connaître sous tous les points de vue. Malgré ses défauts et son insuffisance, elle n'en constitue pas moins un des titres les plus glorieux de Lavoisier, qui en jeta les bases. Comment pouvait-il manquer à sa tâche, l'homme qui, avant de l'entreprendre, avait prononcé ces paroles mémorables : « Toute science physique est « formée de trois choses : les faits qui constituent la science, « les idées qui les rappellent , les mots qui les expriment. Le a mot doit faire naitre Vidée, ridée peindre le fait. »
Après vous avoir parlé de la nomenclature, il faut que je vous entretienne des formules. Rien n'est plus utile que d'en saisir le mécanisme ; on peut , par quelques signes, résumer, sur un peu de papier, ce qui est répandu dans des pages nombreuses ; au moyen des formules, on fait des rapprochements, on saisit des relations qui auraient échappé à la lecture la plus attentive. Nous devons encore à Lavoisier la première idée d'une écriture indiquant le nom des corps, leurs propriétés essentielles et leur manière d'être. Adet et Hassenfratz, sous l'inspiration de Lavoisier, firent une première tentative qui démontra tous les avantages que Ton pouvait tirer d'un langage écrit bien conçu ; mais la science était encore trop près de son berceau pour que cette tentative fût autre chose qu'un éveil donné aux chimistes. Il était réservé à Berzelius de féconder l'inspiration de Lavoisier ; il nous a légué l'écriture chimique dont nous nous servons aujourd'hui. Elle nous rend à chaque instant de grands services, qui seraient encore plus grands si son inventeur, par un sentiment exagéré d'indépendance , n'avait pas méconnu les essais déjà tentés par les chimistes français.
Nous vous avons montré sur le tableau que les noms des corps simples sont suivis par un signe ; vous avez déjà deviné qu'ils sont représentés tantôt par une seule lettre majuscule, tantôt
par deux , dont une petite , pour éviter la confusion entre des noms qui ont la même initiale. Le Carbone, le Calcium, le Cadmium, non-seulement ont l'initiale commune, mais encore la seconde lettre ; cependant leur signe représentatif se trouve bien défini par le choix judicieux de la lettre qui suivra l'initiale. Ainsi le signe du Carbone est C ; celui du Calcium est Ca, et Cd est celui du Cadmium. Cet exemple suffira pour vous rendre compte des différences que vous voyez entre les signes qui se rapportent à des corps qui commencent par la même lettre. 11 y a plus, les signes expriment, non-seulement le nom d'une substance, mais en même temps son nombre proportionnel : ainsi la majuscule C réveille à la fois l'idée de Carbone et celle de 75, en sorte que la formule CH, par exemple, représente un corps composé de 75 parties de Carbone et de 12,5 d'Hydrogène.
La formule la plus compliquée sera désormais très-compréhensible, si l'on arrête l'attention sur les signes algébriques qui en font partie. Ils ont la même signification qu'en algèbre, à cela près que les ~ exposants n'expriment pas une puissance ; ils sont une sorte de coefficients ; en effet , ils multiplient le signe représentatif qui les précède. Prenons pour exemple la formule SOa. Il s'agit d'un corps composé de soufre et d'oxygène ; mais ce dernier s'y trouve trois fois, puisqu'il est suivi de l'exposant 3. Souvenonsnous maintenant que le nombre proportionnel ou l'équivalent du soufre est 200, celui de l'oxygène 400, et nous conclurons que la formule représente une substance composée d'un équivalent ou de 200 parties de soufre, et de 3 équivalents ou de 300 parties d'oxygène. Vous le voyez, Messieurs, deux lettres et un nombre nous ont dit ce que cent mots nous eussent à peine indiqué. Allons plus loin. Voici la formule KO, SO*. Nous l'interprétons facilement , et nous n'insistons même pas ; cependant il y a une virgule ( d'autres mettent un point ) dont nous ne connaissons pas le sens. Les virgules sont employées pour exprimer la constitution des corps composés. En effet , on aurait pu écrire cette dernière formule de la manière suivante : KO4 S; dans ce cas, nous aurions vu que là substance qu'elle représente se compose d'un équivalent de potassium, h d'oxygène, et 1 de soufre ; mais nous n'aurions pas compris que les éléments sont réunis en deux groupes distincts. Les virgules, sans être indispensables, sont utiles, car elles vous disent comment on suppose que les molécules constituantes des corps sont arrangées entre elles.
La formule KO, SOs + ZnO, SOs + 2 HO ne vous embarrassera pas non plus , bien qu'elle soit longue et compliquée. On peut l'abréger en figurant l'oxygène par des points que l'on su-
perpose horizontalement aux signes avec lesquels on le croit associé. Ainsi , la formule précédente peut être réduite de cette manière :
K S + ZnS + 2H.
Cette modification est très-heureuse , car , outre qu'elle abrège , elle permet d'introduire de nouveaux exposants sans apporter la moindre confusion. En effet, si je donne l'exposant 2 à S dans la formule précédente , j'aurai :
KS* + ZnS + 2H;
ce qui signifie que S du premier membre doit être multiplié par deux. Dans la formule non abrégée , l'introduction de cet exposant m'aurait obligé ou à renfermer SO5 entre deux parenthèses, ou à mettre le nouvel exposant au bas de la lettre ; dans les deux cas, il y aurait eu complication. C'est encore en vue de simplifier autant que possible l'écriture chimique que , contrairement à la langue parlée, l'élément électro - positif commence la notation. Vous n'avez pas oublié que dans un corps composé Vêlement électro-négatif est désigné par le substantif; aussi dit-on chlorure de soufre, et non pas sulfure de chlore ; on dit sulfate d'oxyde de zinc, et non pas oxydo-zincate d'acide sulfurique ; si bien que la même expression qui signale la nature d'un composé, indique en même temps le rapport électro-chimique des composants. Dans les formules il en est tout autrement : l'élément ou le groupe élémentaire électro - positif ouvre la notation. Aussi écrit -on chlorure de carbone par CCI, et non pas par C1C; on écrit ZnO, SO*, et non pas SO5, ZnO ; en sorte que les formules vous disent à la fois la nature des combinaisons, et l'état électrique de leurs éléments. Cet antagonisme entre la parole et l'écriture n'est point , en chimie , l'effet d'un caprice ; c'est le résultat d'une idée de simplification.
Je vous ai déjà dit, à l'occasion de la loi des multiples, qu'en général le corps électro-négatif, associé en différentes proportions au même corps électro-positif, engendrait une série de combinaisons. Si dans les formules on avait suivi la même règle que dans le langage , les exposants se seraient toujours trouvés enclavés entre les lettres, ce qui en aurait rendu la lecture plus difficile. Évidemment la formule SO* est plus claire que la formule 0* S.
Je ne m'étendrai pas davantage sur cette matière ; vous n'êtes pas encore assez habitués aux mots techniques de la science , et votre esprit pourrait se lasser par trop de tension. A chaque instant
vous aurez désormais l'occasion d'approfondir ce que vous avez appris, et d'y ajouter ce que vous ignorez encore.
Passons à l'étude spéciale des corps , maintenant que nous connaissons les lois d'après lesquelles ils se combinent, les signes qui représentent leurs combinaisons, et le langage qui les explique.
Si nous nous proposions d'étudier les corps simples par ordre alphabétique, la tâche serait fort ennuyeuse; car, bien que leur nombre soit limité , néanmoins il ne l'est pas assez pour ne pas fatiguer la mémoire la plus exercée. Pour les étudier, nous les grouperons d'avance, suivant certaines propriétés qui les rapprochent. Dans chaque groupe nous choisirons ceux qui nous offriront le plus d'importance ; nous nous en ferons des types ; les conséquences déduites de leur étude s'appliqueront toutes seules aux autres dont l'intérêt ne nous semblera pas assez grave pour nous y arrêter.
Avant tout, nous partagerons les corps en deux classes : les métaux et les métalloïdes. On entend par métal un corps solide, dur^ sonore, doué d? éclat, bon conducteur de la chaleur et de l'électricité : les corps qui ne sont pas doués de cet ensemble de qualités sont nommés métalloïdes. Mais nous aurons souvent l'occasion de remarquer combien il est difficile de tracer une ligne de démarcation entre ces deux classes : nous verrons des métalloïdes acquérir dans quelques circonstances les propriétés des métaux , et nous verrons des métaux dépourvus en partie des propriétés que Tony considère généralement comme caractéristiques. Ainsi cette division n'est qu'un artifice pour faciliter l'enseignement.
Voici la liste des métalloïdes rangés par groupes :
le* Oxygène. Sonfre. Sélénium. Tellure.
2e Chlore. Brome. Iode. Fluor.
3e Arsenic. Phosphore. Azote.
4* Bore. Silicium. Carbone. Hydrogène.
Tous les corps qui figurent dans le même groupe se rapprochent par l'ensemble de leurs propriétés. Le carbone cependant, bien qu'il ne puisse pas être mieux placé ailleurs, doit être considéré plutôt comme un appendice au quatrième groupe que comme un de ses éléments essentiels. L'hydrogène sert de transition entre les métalloïdes et les métaux. D'après cette classification, l'hydrogène devrait être étudié le dernier; mais l'enseignement a ses exigences , et si nous nous attachions à suivre systématiquement cette classification, nous étudierions l'histoire chimique de quatorze 'corps sans connaître la nature de l'eau. Comment toutefois se passer de cette notion , puisque l'eau influe, par sa présence dans
l'air, sur la plus grande partie des phénomènes dont s'occupe la .' chimie ? Et comment l'acquérir cette notion, sans l'étude préalable i de l'hydrogène, l'un des principes constituants de l'eau? Je j puis en dire autant de l'azote, qui vient le onzième sur la liste. Ce corps élémentaire entre pour | dans l'air, dont l'influence sur tous les phénomènes de la nature est aussi constante que celle de l'eau. La classification dont vous connaîtrez plus tard l'esprit, indique donc en général la marche que nous devons suivre ; elle ne nous empêchera pas néanmoins d'étudier l'hydrogène et l'azote après l'oxygène, afin d'apprendre à connaître l'air et l'eau, c'est-à-dire le milieu où s'accomplissent les faits qui sont l'objet de nos études. Nous suivrons encore le même système pour les métaux , que nous diviserons en six groupes , d'après un principe que je vous expliquerai plus tard. Métalloïdes et métaux seront examinés successivement , et à la suite de chacun d'eux nous étudierons les combinaisons les plus importantes qu'ils forment avec tous ceux qui les ont précédés.
Nous commencerons la prochaine séance par l'histoire du corps le plus intéressant de la chimie, c'est-à-dire par l'oxygène.
IIe LEÇON.