TABLEAU DES DIFFÉRENTES POUDRES A TIRER
Pays de la fabrication. Usage. Proportions de tes éléments.
Nitre. Charbon. Soufre.
(guerre 75,0.. 12,5... 12,
France {chasse 76,9.. 13,5... 9,6
'raine 62,0.. 18,0... 20,0,
i du gouvernement. .. . 75,0.. 16,0... 10,0 '
deDartfort 75,0.. 17,0... 8,0
deTumbridge 76,0.. 14,5... 9,5
de Hounslow 78,0.. 14,0... 8,0
Autriche id 76,0.. 11,5... 12,5
Prusse id 75,0.. 13,0... 12,0
Hollande id 70,0.. 16,0... 14,0
Suède id.. 75,0.. 16,0... 9,0
Berne id 76,0.. 14,0... 40,0
Chine id 75,7.. 14,4... 9,0
Si l'on excepte la poudre de mine , toutes les autres s'approchent ou coïncident avec les proportions suivantes :
74,8 de nitre = 4 équivalent KO, Az O" 4 4 ,9 de soufre es 4 id. S
13,3 decarbone= 3 id. 3C
Voyons quel peut être le résultat théorique le plus simple des réactions réciproques de ces trois corps.
L'azote s'isolera, à cause de son peu d'énergie chimique ; le carbone , en vertu de son pouvoir réductif , s'emparera de l'oxygène ; le potassium et le soufre formeront un sulfure : de sorte que l'on aura
4 équivalent de sulfure de potassium RS
4 équivalent d'azote Az =2 volumes
3 équivalents d'acide carbonique. ... 3 CO* —= 6 volumes i. 25
Nous voyons donc que sur 5 éléments , 3 prennent la forme* gazeuse , leur volume par conséquent dépasse de beaucoup celui de la masse solide.
Par un calcul très-simple, nous pouvons déterminer approximativement quel est le rapport théorique du volume de la poudre à celui des gaz qu'elle forme en détonant. Supposons que le volume de 400 grammes de poudre soit égal à celui de 400 centimètres cubes. Nous dirons :
4 3«r, 3 de carbone ) .. a ., ., , .
35«', 5 d'oxygène -(du nitre) ) =^^, 8 d acide carbonique.
mais ce poids d'acide carbonique correspond à peu près à un volume égal à 24600 centimètres cubes. De plus, 40«r, 35 d'azote contenus dans le nitre , en prenant la forme gazeuse , ont un volume égal à 8230 centimètres cubes. Ainsi :
24600e- c d'acide carbonique 8230e- c d'azote
32830e- e- de mélange gazeux
Par conséquent la poudre à tirer, en brûlant , produira un mélange gazeux dont le volume est 328 fois plus grand que son volume propre. Notez bien que , dans mon calcul , je suppose que les gaz se sont formés dans les circonstances normales de pression et de température : mais il n'en est pas ainsi, et l'on ne s'éloigne pas trop du vrai, si l'on admet que le volume du mélange gazeux est trois fois plus grand que le calcul ne suppose ; de sorte que le rapport du volume de la poudre à celui des gaz qu'elle produit en brûlant, est environ : : 4 : 984.
Quoique les résultats de ces calculs ne soient qu'approximatifs, ils suffisent néanmoins à vous démontrer pourquoi la poudre à tirer, en s'enflammant , exerce une si forte pression sur les parois qui l'entourent : d'un autre côté , la nature des principes dont elle est formée , explique pourquoi elle n'a pas besoin de l'intervention de l'air pour brûler, puisque l'oxygène qu'elle renferme est suffisant pour oxyder ses éléments constituants les plus combustibles.
Ne croyez pas, toutefois, que les phénomènes soient aussi simples que nos calculs l'indiquent i il est évident qu'il doit y avoir des réactions secondaires ; en effet , parmi les produits de sa combustion, on trouve, outre l'acide carbonique, l'azote et le sulfure de potassium , on trouve, dis-je, de l'oxyde de carbone,
de l'acide sulfhydrique , de l'hydrogène carboné , du sulfure de carbone , du sulfate et du carbonate de potasse , du cyanure de potassium et de la vapeur d'eau. Mais tous ces produits accessoires ne changent pas le principe tel que nous l'avons admis , et ils n'en laissent pas moins intacte la conséquence fondamentale ; c'est-à-dire que les effets explosifs de la poudre sont dus à la formation instantanée d'une grande quantité de gaz. Du reste, les effets varient suivant les proportions du mélange , et suivant la nature et la qualité de ses principes. Ainsi , par exemple , du charbon très-calciné vaut mieux , pour certaines poudres , que du charbon moins calciné, et qu'on appelle charbon roux; mais ce dernier , dans quelques cas , vaut mieux que le premier.
Les effets de la poudre ne se rattachent pas seulement à sa composition , mais encore à ses conditions physiques. On sait en effet, que dans l'origine, elle fut employée à l'état de poussière : lorsque plus tard , on l'employa sous forme de grains , on vit que les effets étaient supérieurs d'un tiers aux effets précédents. La forme des grains peut même exercer une influence. Dans certains cas , les grains arrondis produisent plus d'effet que les grains anguleux ; car les interstices que laissent les premiers , étant plus nombreux , les gaz se répandent plus facilement , et les circonstances sont plus favorables à l'inflammation : les derniers , au contraire, peuvent se resserrer, et alors la vitesse d'inflammation diminue. Ce que je viens de dire explique la raison pour laquelle la poudre très-divisée ( pulvérin ) est d'un mauvais emploi : c'est que se tassant trop, elle ne livre pas un passage facile à la flamme, et la combustion de la masse se ralentit. C'est pourquoi M. Piobert a proposé de conserver les poudres à l'abri des chances d'explosion , en les mêlant avec du charbon finement pulvérisé, dont on se débarrasserait au besoin par un simple tamisage.
Si l'excessive division de la poudre est une circonstance défavorable à la production du plus grand effet , les grains trop gros peuvent aussi impliquer des inconvénients réels. Vous n'avez qu'à jeter les yeux sur le tableau suivant pour vous en convaincre.