KO = 589,3 = 9,93 )oli,, , looft
S 0»= 500) = 8;43 j Sulfate dépotasse.... = 18,86
8S O3 = 1500, = 25,29)-.. ... ftA ,.
Àl*03= 64^8 = 10U2JSldfatedal,lmmC---- ^ 3M1
24H 0 = 2700, = 45,53. .Eau = 45,53
veaux aluns, qui appartiendront au même système cristallin, auront le même degré d'hydratation et seront tous isomorphes entre eux ; si bien que le mot çlIuti, tout en désignant , dans le langage vulgaire, le corps spécial dpnt nous nous occupons, a pour le chimiste une signification générique et réveille l'idée d'une combir naison de deux sulfates, dont l'un à base Af 0 e( l'autre à base M* Q5, plus 24 molécules d'eau ; et quelle que sojt la nature de ces bases, le chimiste verra toujours dans les aluns des corps isomorphes appartenant au premier système cristallin, et renfermant deux sulfates, dont l'un peut être censuré comm^ jpuant le râle de base vis-à-vis de l'autre.
On emploie l'alun dans la teinture pt 4*P$ l'impression des tissus. On s'en sert 4ans la proportion de { à \ de millième pour la clarification des eaux limoneuses. Ajouté à l'eau de mer, il pré? vient en partie l'altération des matières organiques qu'elle renferme et l'odeur désagréable qu'elle développe quand on la distille. L'alun est aussi empjqyé au collage des papiers, à la clarification des suifs, au durcissement du plâtre, au scellement des pièces rapportées dans les pierres manières employées à la mouture du blé ; enfin, les médecins le considèrent comme un astringent , et môme comme un caustique lorsqu'il est anhydre.
Pans la prochaine leçon, nous étudierons des matières dont les, propriétés les plus Jmpprtautes tjennent £ ce qu'elles renferment o> l'alumine.
XVe LEÇON.
AH4PX HT^^pf^up». - *0*T*«a«. -*. wfiBumjym*.
P|OTBR|BS , VER&fii , f PUB ftj§pw*?109.
Sommaire. — Argiles. — Leur origine, leurs propriétés — Hydraulicité delà chaux attribuée à la présence de l'argile. — Théorie des" mortiers et de l'h y drau licite de la cha*?. — Ciments. — Pouzzolanes. — Fabrication artifioieils des chaux hydrauliques , des ciments et des pouzzolanes. — Poteries. — Leur classification. — Porcelaines. — Grès-cérames. — Faïences fines. — Faïences communes. — Terres cuites. — Verre. — Cristal. — Décoration des poteries et des verres.
Messieurs,
Les combinaisons naturelles de l?alu*nine, qui , par leurs applications, nous offrent le plus d'intérêt, sont assurément les silicates.
Il existe une nombreuse famille de minéraux dont la composi-
tion est telle qu'on peut la représenter par la formule générale des aluns anhydres, en y remplaçant l'acide sulfurique par l'acide silicique. On les désigne sous le nom générique de feldspaths.
Les feldspath* sont donc des silicates doubles chez lesquels une des deux bases, celle qui joue le rôle électro-négatif, est toujours l'alumine, tandis que l'autre base, qui est variable, est toujours alcaline, ou alcaline-terreuse.
Vous voyez au tableau ci-dessous la liste des principaux feldspaths. Leur composition immédiate peut , d'ailleurs, être modifiée par l'association simultanée de plusieurs bases à la fois :
KO, Si 08, Al1 0' 3 Si 0* = Orthose.
NaOSi 0*, AI» 0* 3 Si 0* = Albite.
Li 0 Si 0», Al1 08 3 Si 05 = Pétalite. CaO Si 0», Al» 08 3 Si 05 = Labradorite.
L'un des caractères les plus remarquables des minéraux de cette famille est d'éprouver , sous l'influence des agents extérieurs, une altération telle que les deux bases se séparent en se partageant l'acide silicique d'après des lois particulières ; d'où il résulte que le silicate primitif se dédouble en deux silicates indér pendants l'un de l'autre.
Les argiles semblant être le produit de la décomposition des feldspaths auquel l'alumine est échue en partage : comme indice de leur origine, elles renferment presque toujours des débris de feldspaths ; plusieurs d'entre elles contiennent aussi de faibles quantités de silicates alcalins, ou alcaiinor terreux. Les nombreuses variétés û> feldspaths, leur association à un grand nombre d'autres espèces minérales, leur présence dans des roches de nature diverse, les actions complexes qui ont provoqué leur décomposition, les différentes influences qu'ont subies ultérieurement les produits de ces mêmes décompositions, leur transport par les eaux et leurs mélanges accidentels expliquent pourquoi les argiles, quoique ayant toutes peut-être la même origine, se présentent néanmoins avec des compositions ai dissemblables.
L'argile la plus pure est celle que l'on appelle kaolin, ou terre à porcelaine. Gomme tout semble prouver qu'elle est restée à la place même où elle a pris naissance, on peut se rendre compte de sa formation, delà manière suivante. La composition du kaolin est représentée par A1*03, SiO* + 2aq. Si, par la pensée, on retranche de Y orthose (je prends ce feldspath pour exemple) les éléments du kaolin, il reste un trisilicate de potasse.
KO, Si 0*, Al1 0* 3 Si 0* — Al1 0* SiO* = KO, 3 Si 0*
Orthose. Kaolin. Trisilicate de
potasse
Ce trisilicate n'est pas soluble, et l'on aurait lieu de s'étonner de ne pas le trouver avec le kaolin, si Forchkamer n'avait pas montré que l'eau le dédouble en silicate soluble et en silice.
En effet , presque tous les kaolins sont mélangés avec de la silice, que les réactifs enlèvent sans toucher à la véritable argile.
Ce rapprochement entre le feldspath et le kaolin résulte nonseulement de la comparaison des formules, mais encore de l'observation des faits.
Effectivement , on trouve toujours les kaolins à côté des feldspaths, et, de plus, on peut, sur un grand nombre de ces minéraux, suivre pas à pas leurs altérations successives. Presque toutes les collections de minéralogie, renferment des échantillons qui sont remarquables à ce point de vue.
On ne peut expliquer aussi facilement la formation des argiles que les eaux ou d'autres causes ont enlevées à leur gîte primitif. Soit qu'elles aient subi des altérations chimiques ultérieures, soit que les matières qui s'y sont mélangées aient modifié leurs caractères naturels, elles varient considérablement sous le double rapport de la composition et des propriétés : aussi a-t-il été nécessaire d'établir parmi elles des divisions que nous connaîtrons bientôt.
Les argiles, délayées dans l'eau, forment une pâte plus ou moins liante, selon leur nature et leur degré de pureté : cette pâte, en se desséchant , se contracte et se fendille ; elle n'abandonne toute son eau qu'à une température élevée.
Toutes les argiles sont hydratées ; elles ne deviennent anhydres qu'à une température supérieure à + 400°, et quelquefois qu'à la chaleur rouge. Dans cet état , elles happent à la langue parce qu'elles lui enlèvent avec avidité le liquide qui l'humecte. Les argiles seraient généralement incolores si elles ne contenaient pas une certaine proportion d'oxyde de fer ; elles seraient toutes infusibles si un excès de cet oxyde, et quelquefois la chaux, ne leur ôtaient cette propriété. Celles qui sont infusibles se contractent et diminuent de volume lorsqu'on les soumet à l'action d'une forte chaleur : elles éprouvent alors ce que l'on appelle le retrait. C'est sur cette propriété qu'est fondé le pyromètre de fVedqwood.
Les argiles sont attaquées par les acides puissants et par les dissolutions alcalines concentrées '. Les premiers leur enlèvent
i. Une faible dissolution de potasse enlève aux kaolins et aux argiles une certaine quantité de silice qui n'entre pas dans la constitution de l'argile, mais qui s'y trouve à l'état de simple mélange.
de l'alumine ; les secondes, de la silice. Lorsqu'elles ont été légèrement calcinées, elles se laissent attaquer avec plus de facilité par ces mêmes agents, tandis qu'elles résistent à leur action quand elles ont préalablement été exposées à une température trèsélevée.
On appelle plastiques les argiles onctueuses au toucher et formant avec l'eau une pâte tenace très-liante et longue qui , sans se fondre, prend une grande dureté par la chaleur. Les argiles ' plastiques les plus connues en France sont celles de Dreux, de Montereau, de Forges-les-Eaux, et de Gournay. Elles servent à la fabrication des poteries réfractaires.
On appelle smectiques les argiles qui , bien que onctueuses, ne forment avec l'eau qu'une pâte peu ductile et fusible à la température des fours à porcelaine. Elles sont employées dans les arts pour le dégraissage et le foulage des draps, aussi les connaît-on vulgairement sous le nom de terre à foulon.
Les argiles facilement fusibles, à cause de la chaux ou de l'oxyde de fer qui les accompagne, et douées néanmoins d'un peu de plasticité et d'onctuosité, portent le nom d'argiles figulines. Elles sont employées dans la fabrication des poteries grossières à pâte poreuse et rougeâtre, dans celle des statues, et des vases, dits de terre cuite, pour les jardins. Vanves, Àrcueil et Yaugirard en fournissent des quantités considérables.
Les marnes ne sont que des argiles intimement associées à du carbonate de chaux et pouvant se déliter sous l'influence de l'eau.
Enfin, les ocres sont des argiles siliceuses colorées en rouge par de l'oxyde de fer anhydre, ou en jaune par de l'oxyde de fer hydraté.
Avant de nous occuper de l'application directe des argiles aux arts céramiques, nous examinerons leurs applications indirectes à Fart des constructions. Nous venons de dire que l'argile, associée au carbonate de chaux, forme la marne ; cependant il y a beaucoup de calcaires naturellement mélangés avec de l'argile qui ne constituent pas des marnes proprement dites. Lorsque les calcaires de cette espèce sont transformés en chaux pour servir aux constructions, l'argile qu'ils renferment leur communique des propriétés qui en modifient et en règlent pour ainsi dire l'emploi. Nous sommes donc obligés de parler encore de la chaux pour l'examiner dans ses rapports avec l'argile.
On appelle grasse la chaux qui , mise en contact avec l'eau, s'échauffe, foisonne, augmente de volume et forme une pâte forte et liante. On appelle maigre la chaux qui , dans les mêmes cir-
constances, se délite lentement , ne s'échauffe guère et augmente peu 4e YPlume.
{.e calcaire qui produit la première est presque pur ; celui qui produit la seconde renferme de la magnésie, de l'oxyde de fer et du sable quartzeux. Ces deux espèces de chaux diffèrent aussi entre elles par la manière dont elles font pâte avec l'eau. La chftux grasse donne une pâte forte et hante ; la chaux maigre fin dqpne une courte et sèche. Ces pâtes, quand elles sont exposées à l'air pendant longtemps et surtout quand elles sont mélangées avec certaines matières, acquièrent une grande dureté.
Il existe une troisième qualité de chaux impure qui est douée de la propriété remarquable de durcir sous l'eau et qui , à cause de cette propriété, est appelée hydraulique. Le calcaire d'où elle provient renferme de l'argile, qui , par sa proportion, contribue & augmenter qu i restreindre YhydrauHcité. En effet , un calcaire contenant de 8 à 42 centièmes d'argile produit de la chaux qui He durcit dans l'eau qu'après deux à trois semaines d'immersion ; celui qui en renferme 48 à 4 8 donne de la chaux qui , dans les mêmes circonstances, durcit dans l'espace d'une semaine ; enfin, la chaux durcira au bout de trois à quatre jours d'immersion si elle provient d'un calcaire contenant 2$ 0/0 d'argile.
Par suite de ces différences, on a divisé les chaux en aériennes et en hydrauliques ; ces dernières ont été subdivisées en chaux moyennement hydraulique*, hydrauliques, et éminemment hydraulique*.
On donne le nom de ciment au calcaire qui renferme jusqu'à 90 ou 40 0/0 d'argile et fournit par la calcination une chaux pouvant acquérir une grande dureté après une immersion de quelques heures. Cette sorte de calcaire diffère des chaux hydrauliques non-seulement par son excessive hydraulicité, mais parce qu'il s'hydrate sans augmenter sensiblement de volume ; en outre, il peut être gâché et employé directement à la manière du plâtra, tes chaux hydrauliques, au contraire, s'hydratent en augmentant de volume dans le rapport de 40 4 46 et ne sont généralement employées qu'après avoir été mélangées avec des matières étrangère^
La chaux destinée eux constructions n'est jamais employée seule ; on y ajoute tantôt des matières inertes, comme du sable ; tantôt des. matières actives, comme les terres cuites et les argiles calcinées. Dans tous les cas, on a ce que l'on appelle les mortiers, qui , suivant leurs qualités propres et la spécialité de leurs applications, portent le nom de mortiers hydrauliques et de mortiers aériens.
QtJiNzlfeiiË LEÇOît; 4&3
Nous allons expliquer comment il se fait que la chaux durcit mieux lorsqu'elle est associée à des corps étrangers, et que, pârthi les mortiers qui eh résultent j il en est qui brâveiit l'action de l'eau, tandis que d'autres rie résistent qu'à l'actitih de l'air. Il iious sera facile alors de comprendre leur emploi datas leâ constructions et d'étudier les chaux hydrauliques;
Si l'on abandonne une pâte formée de chaux et ti'ësfu, elle se desséchera, se fendillera et deviendra friable. Mais Si on la mêle préalablement aveè du sable et des fragiherits de verre 0(1 de quartz, ou avec de petits cailloux, elle ne se fendillera pidô, Se contractera nioins et formera un tout résistant.
Lorsqu'on examine cette pâte j durcie depuis longtemps ; on1 trouve que la chaux est complètement carbonatée à la surface; et qu'elle l'est de moins 6h moins à mesuré que l'ori pénètre dans la masse, si bien que celle du centre est encore à Sbn état normal : mais d'un autre côié, chaque fragment de verre ou de quartz , bu' chaque petit caillou , est entouré d'urië pellicule de chaux tjui llii adhéré très-fortement.
Ce fait nous explique pourquoi oh ajoute des matières étrangères à la chaux , et comment il se fait que les mortiers rendent solidaires lès différentes pièces d'une construction:
Dès que l'on 4 dépdsé j entre deux briques , une couché niincë de mortier (mélange de chaux et de sable) ; une partie de l'eàU qu'il contient est absorbée ; la chaux preild de la consistante , et adhère avec une grande force aux deux surfaces qui l'emprisonnent : ensuite l'acide carbonique de l'air iîitërvient et contribué â augmenter la solidification du mortier: Gë gaz commencé par attaquer les parties qu'il peut atteindre ; et les transforme ëti ëàrbonate de chaux ; celles-ci S'ihërUsteht sur leS parties voisines et lés recouvrent d'uri enduit cristallin : dès ce moment , l'acide carbonique ne peut plus agir qUè d'une rtiahïêre trës-lëhtë ; il pénètre avec peine dans l'intérieur dé la couche, et le carbonate de chaux qu'il y forme peu à peu ; Se combine avec l'hydrate de fchaux , et forme un corps plus consistant et plus dur que l'hydraté lui-même. En attendant, la chaux libre , ettcbrë humide, adhère à la surface soit du sable, soit de la nouvelle cdhlbiiiaison de carbonate et d'hydrate ( Ca 0, GO* + Ga* 0, HO), soude toutes ces particules les unes aux autres , constitue Un tout solidaire , dotié d'une grande dureté et dont les deux briques ne sont plus qu'un prolongement.
Le rôle que les mortiers jouent dans lès constructions se rattache à la propriété que possède la chaux , d'adhérer fortement à la surface des corps solides avec lesquels elle est miâë ëh contact. Il est facile de comprendre pourquoi la chaux isolée ne peut servir de
496 GHIMIB ÉLÉMENTAIRE.
mortier : elle adhère , il est vrai , aux deux surfaces qui l'emprisonnent , mais elle ne les rend pas solidaires , faute de pouvoir exercer sa faculté d'adhésion dans l'épaisseur de sa propre masse. Il n'en est plus de même si elle est mêlée à du sable , car elle exerce sur celui-ci une action semblable à celle qu'elle a déjà exercée sur les deux surfaces externes, d'où résulte la solidarité de toutes les parties.
Nous venons de considérer , au point de vue des constructions aériennes, le cas où la matière , ajoutée à la chaux , est inerte et ne joue qu'un rôle mécanique ; voyons maintenant , au point de vue des constructions hydrauliques, le cas où les matières ajoutées à la chaux semblent exercer une action chimique sur cette substance.
Lorsque , au lieu de sable , on mêle à de la chaux grasse une certaine quantité de poudre de brique , ou de tuile , ou de poterie commune , ou bien encore de l'argile calcinée, l'on obtient un mortier qui , appliqué sous l'eau, durcit autant et encore mieux que le mortier aérien au sable. Le durcissement de ce mélange n'est pas le résultat des causes que nous venons d'étudier. D'abord l'acide carbonique n'intervient pas ici , puisque le mortier est à l'abri de l'air; ensuite, l'argile ne donnerait pas au mélange les propriétés hydrauliques si son rôle n'était que mécanique. Il faut nécessairement qu'entre la chaux et l'argile il se passe une action particulière ; et c'est ce qui a lieu , car si l'on fait séjourner, dans de l'eau de chaux , de l'argile cuite et pulvérisée , celle-ci absorbe toute la chaux. On ne peut donc mettre en doute l'affinité des deux substances. Si d'un autre côté on suspend , dans de l'eau de chaux , un morceau de poterie commune cuite , on le verra se recouvrir d'un enduit blanc calcaire , sur lequel l'eau n'a pas de prise. La chaux, en adhérant au morceau de poterie, est donc devenue insoluble ; ce qui prouve que sa nature s'est modifiée.
La chaux pure peut donc devenir tantôt un mortier aérien , tantôt un mortier hydraulique, suivant que les matières avec lesquelles elle est associée exercent sur elle une action purement mécanique , ou bien une action chimique. Dans tous les cas , un mortier , quelle que soit sa nature , doit toujours , à la faculté adhésive de la chaux, la propriété de jouer le rôle de ciment. En un mot, les mortiers hydrauliques diffèrent des mortiers aériens, parce que dans les premiers la chaux se trouve à l'état insoluble, tandis que c'est le contraire dans les derniers, le rôle adhésif de la chaux étant d'ailleurs le même.
Ces notions générales vont nous faciliter l'étude des chaux hydrauliques.
Je vous ai dit que la chaux qui renferme une certaine quantité d'argile a la propriété de durcir sous l'eau : j'ajoute qu'elle n'est vraiment dans ce cas que lorsqu'elle n'a pas été fortement calcinée. D'après ce que nous savons, relativement à l'action que l'argile cuite exerce sur la chaux grasse, nous devinons pourquoi les calcaires argileux donnent très-souvent de la chaux hydraulique. Néanmoins , examinons les faits de plus près.
Si Ton attaque un calcaire argileux par de l'acide chlorhydrique étendu de son volume d'eau , on dissout la chaux , et l'argile reste intacte : mais si l'on opère sur le même calcaire , après l'avoir convenablement calciné , on dissout également la chaux ; mais, de plus, une partie de l'acide silicique de l'argile passe à l'état gélatineux. Cette dernière circonstance indique que , pendant la calcina tion, il s'est formé du silicate de chaux.
Souvenons-nous que les argiles ne sont qu'un silicate d'alumine, plus de la silice et de l'eau d'hydratation. On conçoit, dès lors , que cette même argile qui , mêlée à la chaux , ne la rend pas hydraulique , lui communique cette propriété dès que le mélange aura été calciné ; car la chaleur anéantit l'affinité qui tient réunis les principes de l'argile , et l'acide silicique qui devient libre , se combine avec la chaux ; en sorte que la chaux hydraulique cuite doit être une réunion de chaux, de silicate de chaux et de silicate d'alumine. Sous l'influence de l'eau, le premier de ces trois principes s'hydrate, réagit sur les deux silicates, et produit des phénomènes analogues à ceux qui se produisent par suite de l'action que l'argile cuite exerce sur la chaux grasse.
Donnons les preuves de toutes ces assertions.
Je rappellerai d'abord que , d'après M. Vicat , les réactifs attaquent beaucoup plus facilement les argiles légèrement calcinées que celles qui sont à leur état naturel. De plus , si dans deux flacons , remplis d'eau de chaux , on introduit séparément de la silice gélatineuse et de l'argile calcinée à + 400°, on verra qu'au bout d'un certain temps , cette dernière substance s'empare de toute la chaux , et que la silice en absorbe aussi une grande partie. Enfin, si l'on calcine, à une chaleur ménagée , un mélange intime de carbonate de chaux pur et d'argile , on obtient une matière douée de propriétés hydrauliques.
Tous ces faits prouvent qu'un calcaire naturel , renfermant de l'argile, se convertit en chaux hydraulique par la cuisson; premièrement , parce que la chaleur dissocie les principes constitutifs de l'argile, et rend libre une certaine quantité d'acide silicique : secondement, parce qu'il s'y forme un silicate de chaux. Ils prouvent, ea outre, que les chaux hydrauliques ordinaires ne i. 28.
CHIMIB ÉLÉMENTAIRE.
sont qu'une association de chaux caustique , de silicate de chaux et de silicate d'alumine ; que le premier de ces trois principes réagit, à la faveur de l'eau, sur les deux autres, se combine avec eux, devient insoluble^ et formé un tout solidaire doué d'une forte cohésion»
Nous comprendrons maintenant $ sans peine, la fabrication artificielle de tous les matériaux hydrauliques; ils proviennèiit tous de la calcination d'un mélange fait en différentes proportions, de carbonate de chaux et d'argile *. Par le tableau suivant; vous voyez combien, en variant le dosage, on varie les produits.
PROPORîtoNS DES MÉLANGES PROPRES k FABRIQUER LES MATÉRIAUX HYDRAULIQUES.
Chatz hydrauliques.
Cirftenta.
Pbuitolaufes.
Carbonate de Argile. » . . . .
fi
Oti voit ipi'à meâurë qUe là proportion de l'argile àiigméhte , la faculté hydraulique du produit augmente à stfh tour; îl faut rêhiâi1quer ici que les pëHzsolMeè ne âdht que des ârgileS presque pures. Oil les appelle ainsi parce qVëllëâ remplacent les {rôtiàolënes naturelle^ formées d'une roche poreuse d'origine volcanique. Ces ëdfteB dé matières hoh hydrauliques par elles-mêmes, donhéht à la chaux Une qualité qu'elles n'ont pas.
En résumé , les matériaux hydrauliques se corrtposetit de chaux et des éléments de l'argile: QUatld ils dtircissettt , aprèô quelques instants d'immersion , et qu'ils pédveht être gâchés et appliqués seuls comme du plâtre ; ils portent le nom de ciments : la quantité d'éléments ërgilëUx , qu'ils renferment , n'est jamais moindre de 39 centièmes , ni jamais supérieure à 73 i Lorsqu'ils durcissent avec plus de leriteur que les cimenta , et qU'ôh les emploie mêlés
1. Les ciments artificiels sont incontestàblemerit très-bydrauliqneB , mais ils ne valent pas les ciments naturels. La composition n'est pas la seule cause qui iuftne stir la promptitude de la prise et sur là dureté du ciment. L'état d'agrégation du ealcaire naturel doit jouer nn rôle important ; or, lions ne pouvons pas donner à nos mélanges artificiels une qualité qtie la nature seule sait donner à sei produits.
QUIftZÎEMÉ LEÇON; 499
à du sablé, ils portent le nom de chaux hydrauliques : 1 00 parties hë renferment jamais moins de 48 ni plus de 35 d'éléments argileux: Enfin, S'ils n'ont pas la propriété de dilrcir par rimitiersidti,itiais* s'ils la communiquent à la chaux, btl les appelle pbûzzôfanes ; ils sont alors formés presque entièrement d'argile.
L'argile n'est pas la seule matière qui , une fois cuite , communique à la chaux là propriété de durcir sous l'eau ; lëë totëhëi , les psamhtites schistoïaes, certains g fiés friables , pëtiVërit, lorsqu'ils ont été tdrréfiés, remplacer l'argile ; fnais éti définitive; leur propriété est toujours en raison de leur richesse eii principes argileux ; de sorte que l'on peut en mesurer l'énergie par la quantité de chaux que, dans tin temps donné, ils Soutirent d'une diSsolutioh de cette base.
D'après des observations de M. de Villeneuve , lés cimérits et les châùx hydrauliques qui, par une longue exposition â l'âir, se sont chargée d'acide carbonique , jbùent le rôle de pouzzolanes. Gela explique pourquoi le carbonate dé magnésie et le carbonate de chàdx lui-même peuvent, dans urie certaine mesure, donner à la chatix des qualités hydrauliques. On a fait la même remarque pour les boloriiies (carbonate double de chaux et de magnésie) calcinées avec certaines précautiotis , et pour les ihcults des chdujbùftiiter* , c'est-à^irè pour ces portions de calcaire qui , dans les fours à chaux , ont échappé à la calciriatidh Complète. On rie peut expliquer ce fait , qu'en admettant la formàtiori d'un composé de chaux hydratée et de carbonate calcaire ou magnésien : ce serait sur cette combinaison que la chaux exercerait son action , à la faveur de l'eau ; âctiôri qui aurait pdur résultât final, de produire l'affermissement de la mâs&e. Si cette explication est conforme à la vérité , l'acide carbonique jouej dans le développement de l'hydraulicité, un rôle presque aussi important qufe celui de l'argile.
tout ce cpie nous venons de dire se résume éri deux faits : lo l'action de la chaux sur le sable ; 2° l'action de la chaux sur l'argile. Dès qu'on en est bien pénétré, la théorie des mortiers, l'hydraulicité variable des chaux, là faculté kydraiilicaMé dès pouzzolanes, deviennent faciles à comprendre.
C'est principalement aux patients travaux de M; Vlcât que l'on ddit la lumière qdi s'est faite dans cette brâhche de là chimie technique. L'art dés constructions était jadis entravé par la difficulté de se procurer certains matériaux de maçonnerie : il fallait faire venir de loin les chaux hydrauliques et les ciments; la dépense était souvent un obstacle à l'exécution, il n'en est plus ainsi aujourd'hui : quand on a de la chaux et de l'argile, toute eenstrué-
tion devient facile, sans compter les ressources qu'offrent les matières magnésiennes et les incuits calcaires , qu'on rejetait autrefois comme inutiles ou pernicieux. D'après les calculs de M. Arago, les découvertes de M. Vicat ont procuré à l'État, dans ses travaux hydrauliques, depuis 4848, une économie d'environ 200 millions de francs. Que Ton juge, par les économies passées , les économies futures. Le gouvernement s'est fait l'organe de la reconnaissance publique , en honorant M. Yicat d'une pension viagère ; plus tard , ce sentiment lui dressera des statues f .
Arrivons aux poteries, dans la confection desquelles l'argile joue le principal rôle.
Pour plus de facilité , divisons les argiles en infusibles et en fusibles. A la première division appartiennent les argiles kaoliniques et les argiles plastiques ; à la seconde , les argiles^îy ulines et les argiles marneuses. Cette classification, toute technique, implique , pour ainsi dire , celle des poteries ; en effet , parmi ces dernières , il en est qui résistent à de hautes températures , sans se ramollir , telles sont les porcelaines , les grès , les faïences fines; d'autres, au contraire, comme les faïences ordinaires et les terres cuites , se frittent avec une grande facilité. Toutes ces poteries, quels que soient leurs caractères et leurs propriétés , se composent essentiellement d'argile, mais jamais d'argile seule; en voici le motif:
Supposez une argile proprement dite , dépourvue de toute ma-
t. Parmi les grands services rendus par M. Vicat à la science et à son pays , il faut rappeler ses recherches sur les constructions maritimes.
On avait toujours cru que les mortiers composés de chaux et de pouzzolane pourraient servir également dans l'eau douce et dans l'eau salée ; néanmoins, dans quelques constructions maritimes , on avait remarqué des dégâts dont la cause avait échappé.
En effet , Ton constatait ces dégâts dans les constructions hydrauliques de la Méditerranée, et point dans celles de l'Océan. Ce fait fut expliqué par M. Yicat de la manière suivante :
Lorsque les mortiers hydrauliques restent immergés dans une dissolution de sulfate de magnésie , ils se ramollissent parce qu'ils perdent une portion de leur chaux , qui se transforme en sulfate. Or, l'eau de la Méditerranée étant beaucoup plus riche en sels magnésiens que celle de l'Océan , elle doit détériorer les constructions qu'elle baigne-
Après avoir découvert la cause du mal, M. Yicat indiqua le remède : ce fut d'ajouter à l'argile qui doit faire partie du mortier ou du béton (*), de la eraie ou de la potasse, puis de la calciner modérément. Ce mélange ajouté à la chaux donne lieu immédiatement aune combinaison capable de résister aux sels magnésiens de l'eau de la Méditerranée.
(*) On appelle bétons des mortiers mêlés de cailloux à peu près gros comme des noix, et que Von emploie pour garnir le fond d'un oanal, d'une écluse, ou pour faire les fondations d'une maison.
tière étrangère : pétrie avec de l'eau, elle formera une pâte qui , sans se déchirer , se laissera étendre en plaques minces, façonner à la main en tous sens , mouler et travailler. Mais lorsqu'on voudra la cuire pour lui donner de la dureté, elle se gercera, à cause de son grand retrait. Vous éviterez cet inconvénient en ajoutant à l'argile quelque matière qui , par la cuisson , ne se contracte pas, et qui avec l'eau ne fasse point de pâte : le quartz , le sable , la craie, le feldspath, sont dans ce cas.
C'est pour cela que pour la fabrication des poteries , on n'emploie jamais l'argile seule; tantôt on y ajoute des matières maigres , lorsqu'elle est trop plastique ; tantôt des matières plastiques , lorsqu'elle est trop maigre ; ou bien des fondants , si elle est réfractraire , et même de l'argile pure si elle est trop fusible. Dans tous les cas , on doit se proposer d'obtenir une pâte douée de cette plasticité moyenne , qui lui permettra deprendre toutes les formes, sans que la cuisson la contracte au delà de certaines limites. En outre, il faut que cette pâte, une fois cuite, ait les propriétés particulières au genre de poterie auquel elle appartient.
Si pour la confection de certaines espèces de poterie, on ne se sert que d'argile , c'est que les matières étrangères qui l'accompagnent accidentellement lui communiquent les qualités qu'elle doit avoir pour fournir directement le produit que l'on cherche.
Ainsi , toute pâte céramique doit être essentiellement composée d'un élément plastique, et d'un élément antiplastique bu dé* graissant.
Les pâtes cuites se divisent en deux grandes classes : les pâtes poreuses et les pâtes demi-vitrifiées. A la première appartiennent les faïences et les terres cuites ; à la seconde , les porcelaines et les grès.
Gomme les pâtes poreuses se laissent pénétrer par l'eau , il est nécessaire de les recouvrir d'un enduit ou vernis imperméable ; et comme , d'un autre côté , les poteries demi-vitrifiées ont la surface un peu rugueuse, et sont par conséquent salissables, on les recouvre aussi d'un vernis , quoiqu'elles soient imperméables par elles-mêmes f . L'application d'un vernis est une nécessité pour les poteries poreuses ; elle est une convenance pour les poteries demi-vitrifiées. Non vernissées, celles-ci se saliraient; les autres ne pourraient pas contenir de liquides.
i . n ne faut pas attacher un sens absolu à cette division des poteries en porettses-perméables , et en demi-vilri fié es-imperméables. La porcelaine et le grès non-vernissés laissent quelquefois suinter l'eau , bien que leur cassure soit demivitreuse.
50$ CHftflÉ ÉLÊÉfel^fÀlàE.
On volt ddrit que l'éttide dés poteries est iiisépâfàble de celle des vernis oti couverte*.
Les couvertes céramiques Sorit composées de matière^ fusibles et vitriftables; transparentes et incolores pour tes poteries fines, opaques et généralement colorées pbiir les poteries ordinaires. Leurs qualités indispensables sont l'imperméabilité et là dureté. A quoi servirait la première sans la Seconde? Uhe ëduver té quf se laisse entamer par le couteau perd par cela hiêrrfe Sori imperméabilité ,en ce sens qu'elle permet aux liquidés de pénétrer ; pdr les solutions de continuité ; dahs l'intérieur de la masse.
En résumé , toutes les poteries se composent d'uh élément plastiqué et d'un élément dëgrittssdht; elles sent poreuses on demivitrifiéës i sUrtaht lés proportions des tien* éléments et la température dé leur cuisson; le vernis dont ori en recouvre la plus grande partie est destiné à donner de l'imperméabilité aux Unes , et à rendre polie la surface des autres.
Après ces notions générales , passtms ft l'examen sommaire dêâ différentes pdtëriëS , 6t ctfmmenfcohS par là porcelaine qui , entre toutes , est la meilleure et la plus belle.
On fabrique dèU* sdrtéâ dé porcelaines : là poréelnine tendre ou fusible ? et la dùtè du infusible. En Angleterre , oh he fait généralement que de la première ; en France, Oti ne fait à peu près que de la seconde;
le ne voUs parlerai donc spécialement que de la porcelaine dure, parce qu'elle est la plus cOmrtiune chez nous , et je ne dirai que quelques mots de la porcelaine tendre. Ceux qui voudraient des renseignements sur cette sorte de poterie , ainsi que sur tous les autres produits céramiques, dont je ne parlerai que d'une manière fort restreinte, pourront consulter lé Traité deè àrtè eérafni^jsi de Brongniart.
L'invention de la porcelaine fen Europe Se rattache â une anecdote assez singulière : au commencement du i¥iii* siècle , Un mattrë de forgèâ; passant près d'Aue (Saxe), vit que lëSpièdS de son ctiet&l enfonçaient dans une terre blanche et mattè5 dont il avait peine à se tirer; Il eut l'idée d'employer cette terre comme poudre à perruque , à la place de la fàrihë de froment. Cet essai réussit. Bottger , qui sous les auspices de l'Electeur de 9axe poursuivait inutilement la découverte de la porcelaine , ignorant cetteinnovation dans la toilette, demanda à son valet dé chambre pourquoi sa perruque était plus lourde que d'ordinaire. La réponse lui donna l'occasion dte vbir une matière tërreUsë bldhche et plâstiqUe, qu'il ësSayâ polir ses recherches. Il atteignit ainsi le but auquel il visait en vain depuis plusieurs années , car la nouvelle
QqiHZjàlfB J-RÇfl*.
poudre k perruque n'était que 4u hqoiin pu terre à porcelaine.
J elle fut l'origine de la fameuse porcelaine p^ure de Saxe , qui fut la première de cette espèce faite en Purope. Soixante ans plus tard , la découverte du Vapîin de Sajrçt-Yrieix , près de Mmoges, anéantit le monopole de la Saxe, et assura 4 la France Pette fabrication , qui de progrès en progrès est p^yeuup une dp nos plus be)}es industrie.
La porcelaine que nous appelons durp e&t semblable à celle que Jes CJunoi^ fabriquent depuis un temps immémorial. Pu effet, ce peuple appelle petuntzé ce que nous appelons fôld&p&tb, et pomme 4jf#o/fn l'argile feld$p#thique. Qp , les missionnaires nous ont appris, que }e kaolin et le petupfzé çpnt les principaux éléments de la porcelaine chinoise; d'ailleu.rp, )$ feldspath et son argile sont les principaux éléments de la pQrpelaine européenne.
Yous voyez au tableau pj-desspu$ la cqmpositipn élémentaire de la porcelaine! actuelle $$ SèYre$ , et un exemple dë$ proportions des matières première* emgjpyéeg pour }a préparer.
Poids.
64 kof .
Désignation.
Argile de kaolin argileui.
Sable de kaolin catfjouteux....
Sable de kaolin argileux
Sable d'Aumont. '. . .
Chaux ( = 5,22 craie. ).......
Fouçnjsçaitf.
^4-rMM» ■
Silice.
J0,QÎ
Alumine*
Chaux et magnésie»
Composition cons
ojo
Potasse et soude.
an te 4 e la paie.
Qn remarquera que la composition élémentaire de la pâ*e est toujours constante, et que les proportions des matières premières dont elle pst formée sont variable-
Ouvre?, k la page ?67, le socopd volume jiu fraité des arts céramiques de Brongnjart , vous, y trouverez 6 compositions dp pâtes faites 4 Sèvres en six ^nnée§ sucpessiyes : elles sont parfais temenit semblables, sous le rapport de leurs éléments, mais trèsdifférentes sous le rapport des matières premières qui ont servi à }es former.
Les produits feldspathiques que, de temps en temps, on retire des carrières, renferment toujpurs les mêmes éléments, mais les proportions 4e ceux-ci peuvent varier d'une manière notable : aussi vqyez-vous, par l'exempte que j'ai inscrit au tableau, des désignations de kaolin qui indiquent les variations de sa nature;
Cette matière a toujours la même origine, mais elle peut être mêlée à des quantités très-différentes de débris feldspathiques : dès lors, sa composition ne peut pas être constante.
Ce qui est désigné sous le nom d'argile de kaolin argileux n'est autre chose que la partie la plus divisée et la plus pure d'un kaolin déjà pur lui-même.
Le kaolin caillouteux est encore la même argile, mais naturellement mêlée à des fragments de feldspath quartzeux , dont les dimensions sont assez fortes pour les rendre discernables à première vue.
Par le mot de sable de kaolin, on désigne la partie la plus lourde qui a été séparée par lévigation. Cette matière est presque entièrement formée de feldspath et de quartz : aussi contient-elle plus d'alcali que d'argile.
Pour avoir de la bonne porcelaine, on doit chercher à obtenir non-seulement la même composition élémentaire, mais encore une association telle des principes plastiques, dégraissants et fondants, que la pâte qui en résulte réunisse, après cuisson, toutes les qualités propres à ce genre de poterie : or, on ne peut atteindre un pareil résultat qu'en s'éclairant par l'analyse préalable des matières premières.
Si je me suis arrêté quelque peu sur cette particularité de la fabrication, c'est moins pour le fait en lui-même que pour faire connaître la méthode rationnelle depuis longtemps adoptée à Sèvres pour avoir toujours une pâte de la même nature. Cet exemple n'a pas, que je sache, d'imitateurs : les porcelaniers préfèrent courir les chances du hasard plutôt que de s'en mettre à l'abri par quelques analyses.
Je vais vous exposer brièvement la marche des opérations qui ont pour but la confection de la pâte, sa mise en couverte, et sa cuisson définitive.
Les matières premières sont préparées séparément soit par lévigation, soit par broyage au moyen de meules. Mêlées en proportion convenable dans de grandes cuves, on les amène à l'état de bouillie claire pour que leur mélange devienne homogène autant que possible. On rend ce mélange plus ferme en l'introduisant dans des sacs en toile que l'on soumet à une légère pression. La pâte, au sortir des sacs, ne pourrait pas être employée : il faut la faire vieillir. On y parvient :
4° En la gardant sous l'eau pendant plus d'un an ;
2° En la faisant piétiner avec les pieds nus et en la transformant en cylindres grossiers, qu'on divise ensuite en petits copeaux appelés tournassures ;
3° En mêlant avec la pâte faite depuis un an les tournassures de pâtes déjà employées.
Ces procédés n'ont d'autre but que de donner plus d'homogénéité à la pâte. Il est inutile de le démontrer pour les deux derniers. Quant au premier, voici comment il concourt à produire ce résultat :
Les pâtes abandonnées pendant longtemps dans l'eau deviennent noires, dégagent de l'hydrogène sulfuré, éprouvent ce que Ton appelle la pourriture. Gela est dû non-seulement à la trèspetite quantité des matières organiques qu'elles renferment , mais encore à la qualité de l'eau qui les recouvre, car on a observé que moins l'eau est pure, plus la pourriture est rapide. Quoi qu'il en soit , la matière organique se détruit par une combustion spontanée ; les traces de sulfates dissous dans l'eau se transforment en sulfures, que l'acide carbonique ambiant décompose en donnant naissance à de l'hydrogène sulfuré. C'est la formation de ce gaz dans l'intérieur de la pâte elle-même que Brongniart considérait comme la cause d'un mouvement uniforme dans toute là masse, mouvement qui équivaut à des mouvements imprimés mécaniquement , et qui même les surpasse parce qu'il agit sur les plus petites parties, et n'eu laisse aucune dans la même place. Par le mot vieille on ne veut pas, en céramie, désigner toujours une pâte préparée depuis longtemps, mais une pâte assez homogène pour se prêter sans inconvénient au façonnage.
On façonne la pâte suivant la forme qu'on veut lui donner : tantôt on emploie le tour, tantôt le moulage par pression ou par coulage ; certaines pièces sont confectionnées par le concours des trois procédés. Dans tous les cas, il faut que les pièces non cuites aient des dimensions plus grandes que celles qu'elles doivent avoir après la cuisson. Le rapport du retrait est, du reste, connu pour chaque pâte.
Les objets en porcelaine sont très-humides lorsqu'ils sortent des mains de l'ouvrier ; on les laisse sécher, pendant quelques jours, dans l'atelier de confection avant de leur faire subir une première demi- cuisson : celle-ci a pour but de les amener à cet état particulier que l'on appelle dégourdi. A cet effet , on les renferme dans des étuis en terre réfractaire qu'on appelle cazetles; on les porte ensuite dans la partie supérieure du four, où elles séjournent pendant tout le temps d'une cuisson. La température à laquelle les pièces se trouvent exposées est assez forte pour expulser complètement l'eau, et pour leur faire prendre une certaine consistance, mais pas assez pour les cuire : aussi , à l'état de dégourdi , la porcelaine est poreuse, très-happante à la langue, i. 29
perméable à l'eau, enfin elle est dans l'état convenable pour être mise en couverte.
En langage céramique, mettre en couverte signifie appliquer à la surface de la porcelaine un enduit fusible et vitrifiable que l'on appelle couverte, ou émail. *
La matière qui sert à émailler ou à glacer la porcelaine est le véritable petuntzé des Chinois, appelé pegmatite par les minéralogistes. C'est du feldspath naturellement mêlé à du quartz en proportions approximativement égales. Ce minerai fond à une température un peu inférieure à celle qui est nécessaire à la cuisson complète de la pâte : si bien que, restant fondu pendant quelque temps, il s'étend également sur la surface de la pièce et y adhère sans la pénétrer ; il forme ainsi avec la pâte un tout solidaire qui , bien que formé de deux matières distinctes superposées, peut se dilater et se contracter sans que sa surface se fendille ou se gerce.
On applique la couverte de la manière suivante : on pulvérise la pegmatite après l'avoir étonnée ' , puis on la suspend dans de l'eau dont on a augmenté la densité par l'addition d'un peu de vinaigre, et dans laquelle on plonge pour un instant la pièce dégourdie. Si les dimensions des pièces à mettre en couverte sont considérables, on a recours à des artifices, qui varient suivant les formes et qu'il serait trop long de décrire. Dans tous les cas, la durée de l'immersion des petites pièces est, pour ainsi dire, instantanée ; pour les grandes, elle ne dépasse pas 25 secondes.
Au sortir du bain, la pièce se trouve entourée d'un liquide tenant en suspension la pegmatite divisée : l'eau est absorbée promptement , et la surface reste enduite d'une couche de matière vitrescible ayant la même épaisseur sur tous les points. Si , pour des motifs d'ornementation, on est obligé de faire des réserves, on recouvre d'un mélange de suif et de cire fondus les parties qu'on veut ne pas émailler, puis on passe à l'immersion. Si l'on veut que, dans certaines parties de la surface, la glaçure soit moins épaisse, on les imbibe d'eau avant de plonger la pièce ; ou bien encore, en supposant la pièce déjà mise en couverte, on brosse les parties qui doivent être moins émaillées.
Quelquefois les pièces sont cuites avant d'être recouvertes de
4. Étonner signifie jeter dans l'eau froide un minéral chauffé jusqu'à l'incandescence. C'est une opération que Ton fait subir aux minéraux trop durs pour être pulvérisés directement. Le changement rapide de température qu'éprouvent les pierres lorsqu'on les étonne, détermine un fendillement général, qui facilite la pulvérisation de la masse entière. C'est ainsi que l'on procède pour pulvériser le quarts , le feldspath et une foule de matières minérales d'une grande dureté.
QUINZ1EHK LEÇON. 507
glaçure : dans ce cas, l'immersion n'est plus praticable parce que la pâte a perdu sa porosité. On applique alors la couverte soit au pinceau, soit par arrosement.
Les pièces mises en couverte sont renfermées de nouveau dans les cazettes et placées dans le four où elles doivent être définitivement cuites. Cette opération s'appelle encastage; elle doit être faite avec beaucoup de précaution, sous peine d'avoir des produits défectueux.
Les fours à porcelaine sont des cylindres verticaux dits fours à alandiers, parce qu'à leur base et sur leur pourtour sont accolés plusieurs foyers à flamme renversée, nommés alandiers. Il y a des fours à deux ou trois étages : c'est dans un de ces derniers que, depuis 484*2, on cuit la porcelaine dure à Sèvres.
Les deux étages inférieurs seulement ont à leur base des alandiers disposés circulairement ; l'étage supérieur est chauffé par la chaleur perdue, et sert à amener la porcelaine à l'état de dégourdi ; il n'est pas voûté, se prolonge en se rétrécissant, et se termine en forme de cheminée. Ces trois étages communiquent entre eux par des carneaux.
Telle est la disposition générale d'un four à porcelaine ; mais elle peut être quelque peu modifiée, suivant qu'on chauffe au bois ou à la houille.
On chauffe d'abord l'étage inférieur : la flamme des alandiers se renverse en vertu du tirage, pénètre dans la chambre voûtée, se fait jour entre les cazettes empilées, et passe par les carneaux de la voûte dans l'étage supérieur. Lorsque la cuisson est terminée, on ferme les alandiers et l'on commence le feu dans l'étage audessus, qui , se trouvant déjà chaud, atteint son maximum de température avec une dépense moindre de combustible.
On inspecte la marche du feu et de la cuisson par des visières et des montres.
Les visières sont des ouvertures réservées dans diverses parties du four ; elles sont fermées par des tampons en terre cuite, dont le manche est percé d'un canal fermé extérieurement par une plaque de verre. C'est à travers cette plaque qu'il est aisé de voir l'état d'incandescence du four.
Vis-à-vis des visières se trouvent des tessons en porcelaine semblable à celle que l'on cuit ; ils sont supportés debout par de pe* tites mottes de terre réfractai re. On les appelle montres, ou pyroscopes, parce qu'ils servent à indiquer la marche du feu et le degré de la cuisson. A cet effet , on ouvre de temps en temps les visières, et, à l'aide d'une longue tringle en fer, on en retire une montre : à l'aspect de la glaçure, on juge du point de la cuisson
générale. Lorsqu'on croit celle-ci assez complète, on couvre, c'est-à-dire on cesse de faire du feu et Ton bouche les alandiers pour empêcher l'entrée de l'air froid. Dès que le four sera refroidi et qu'on pourra y entrer sans être incommodé, on l'ouvre et Ton défourne.
La porcelaine parfaitement cuite doit avoir sa surface bien glacée et bien unie, sans points saillants , sans ondulations , ni picotage ; elle doit être d'un blanc de lait , égal de ton et sans tache. Ses moulures ne doivent pas être empâtées par la couverte ; elle doit être imperméable aux liquides et prcsqu à l'air ; sa translucidité sera laiteuse , elle résistera sans se briser , à des changements brusques de température ; son émail sera assez dur pour résister sans se dépolir, aux efforts des instruments de fer et d'acier ; enfin, sa cassure doit être à demi vitreuse.
Je vous ai dit qu'en Angleterre on ne fabrique que de la porcelaine tendre. Mais cette fabrication est postérieure à celle de la porcelaine tendre française, qui précéda elle-même l'introduction de la porcelaine dure que nous venons de décrire. Les deux espèces de porcelaine tendre, quoique semblables par quelques caractères physiques, diffèrent entre elles sous le rapport de leur composition : aussi applique-t-on la désignation de naturelle à la porcelaine anglaise, tandis que l'on appelle artificielle la porcelaine tendre française ( ancien Sèvres ). •
Jetez les yeux sur le tableau suivant, et vous vous expliquerez ces deux dénominations.
Composition de la porcelaine tendre anglaise l.
Kaolin argileui lavé * 11
Argile plastique 19
Quartz 21
Os calcinés ( phosphate de chaux ).. 49
ÏÔÔ
Composition de l'ancienne porcelaine tendre française.
Nitre fondu 22,
Sel gris 7,2
Alun 3,6
Soude d'Alicante.. . . 3,6
Gypse 3,6
Sable Fontainebleau. 60,
Fritte com-
Sosée e...
Craie.
Marne calcaire d'Argenteuil 8
Couverte.
Sable calciné de Fontainebleau 27
Silex calciné 11
Litharge ( oxyde de plomb ) 33
Carbonate de soude..... 9
Terre à cristal 20,5 Carbonate de potasse 15
1. Cette composition n'est qu'un exemple. Elle Tarie suivant frs habitudes de la fabrique.
Courerte.
Feldspath 42,8
Minium ( oxyde de plomb ) 10,
Quartz 8,
Borax non calciné 18,7
Vous voyez que la. porcelaine tendre anglaise est composée de matériaux céramiques, et constitue une pâte à deux éléments; l'un plastique x l'autre dégraissant. La porcelaine tendre de Sèvres n'est qu'un verre ( silicate alcalin ) , dont la transparence est affaiblie par l'addition d'une quantité assez forte de chaux argileuse. Aussi la pâte anglaise est plastique et se façonne aisément : l'ancienne pâte française ne Tétait aucunement , et exigeait, pour être façonnée , un travail pénible et souvent pernicieux ; circonstance qui en détermina plus tard l'abandon.
La porcelaine tendre anglaise tient presque également et de la porcelaine dure et de la faïence fine : elle se distingue de la première , parce qu'elle est fusible et que sa glaçure est plombifère ; de la seconde, parce qu'elle est transparente , et que son émail est plus dur. On l'appelle tendre , ainsi que l'ancienne porcelaine de Sèvres, parce qu'elle ne résiste pas à une température aussi élevée que la porcelaine dure; en effet, la chaleur qui amène la porcelaine dure à l'état de dégourdi , suffît pour cuire la porcelaine tendre. En outre , son vernis se laisse rayer par l'acier , et fond facilement. C'est probablement à cette dernière circonstance qu'est dû l'éclat de ses peintures. On conçoit, en effet, que des couleurs vitrifiables , posées sur une espèce de cristal , s'y glacent et s'y assimilent mieux que sur du feldspath qui ne se ramollit qu'à une température très-élevée , et ne contracte avec les couleurs qu'une simple adhérence. Il est certain que les peintures sur porcelaine tendre sont très-brillantes ; mais à part cette particularité, une pareille poterie ne rendra jamais autant de services que la porcelaine dure. Une pâte qui , tout en prenant les formes les plus déliées , brave les plus hautes températures , l'emportera toujours, pour l'usage, sur une pâte aisément fusible et dont le couvert est facilement attaquable.
Les grès*cérames ne diffèrent de la porcelaine que parce qu'ils ne sont pas translucides : mais ils sont comme elle, demi-vitrifiés, durs et presque imperméables. Malheureusement, ils ne résistent pas aux changements brusques de température ; sans cela , on pourrait appeler le grès-cérame la porcelaine du pauvre.
On en distingue de deux sortes : les communs et les fins. La pâte des premiers se compose d'argile plastique non lavée et dégraissée ou amaigrie par du sable quartzeux ; elle est trèsliante et se façonne aisément par moulage ou sur le tour. Les pots à beurre, les bouteilles , les tourilles se font par ce dernier moyen ; on moule les bonbonnes les cornues et les tubes.
Le grès-cérame ne peut être cuit qu'à une température presque aussi élevée que celle à laquelle on cuit la porcelaine. Les fours
ont la forme d'un demi-cylindre couché à sole horizontale ou inclinée. La dessiccation des pièces qui sortent des mains de l'ouvrier se fait à l'air libre , sans qu'il soit nécessaire d'employer d'autre précaution que celle de les mettre à l'abri de la pluie. Vencastaye , lorsqu'on le pratique , est exécuté comme celui de la porcelaine, à cela près que les casettes sont de la même matière que le grès-cérame lui-même.
Cette poterie étant considérée comme imperméable, et ne servant pas comme objet de luxe , on ne la met pas d'ordinaire en couverte. Néanmoins , lorsque la température du four est à son maximum , on a l'habitude de jeter dans ce four, à p'usieurs reprises, une certaine quantité de sel marin humide. Cette substance se volatilise , sa vapeur se décompose en présence de l'eau et au contact des parois argileuses de la poterie ; il se dégage du gaz chlorhydrique , et la surface des pièces se recouvre d'un silicate de soude : ce composé se combine avec le silicate d'alumine (argile) de la pâte, et forme un double silicate alcalin fusible, qui est la cause de cette espèce de lustre propre aux grès ordinaires.
Quelquefois, les grès communs ne sont pas lustrés, mais ils sont recouverts d'une véritable glaçure qu'on leur applique , par aspersion , par immersion ou par saupoudrage. Dans tous les cas, la couverte est ordinairement formée de scories de forge , ou de laves volcaniques fusibles et même d'ocre jaune.
Les grès-cérames fins diffèrent essentiellement, par la composition de leur pâte, et par celle de leur glaçure. En effet, la pâte de cette poterie renferme toujours un fondant feldspathique. Bien que sa composition varie suivant les localités , néanmoins , d'après M. Brongniart , elle se réduit aux principes suivants :