CHAPITRE DEUXIEME
La formation du Conseil de l'Instruction publique
La formation du conseil, présidence de sir E.-P. Taché — La libéralité du conseil envers la
minorité protestante llvres de lecture
Fondation par S. A. R. le Prince de Galles
DU PRIX POUR LES ÉCOLES NORMALES — RÈGLE- MENTS POUR LJEXAMEN DES CANDIDATS AU BREVET DE CAPACITÉ RÉSIGNATION DE MEMBRES DU CON- SEIL — Livres de classe — Événements politiques — M. Cherrier, président du conseil. — Devoir du Chrétien — Voyage du surintendant en Europe — Exercices militaires dans les écoles normales — La confédération canadienne. — H. GlARD, SURINTENDANT DE l'InS- TRUCTION PUBLIQUE. '
La récente législation scolaire ne pouvait exercer qu'une influence salutaire dans le pays, et une nouvelle période de progrès intellectuels allait commencer. La province avait salué à Québec, en 1854, la fondation de l'université Laval au sein de laquelle, sous la direction de professeurs expérimentés, la jeunesse pourrait se préparer à l'exercice des professions libérales.
Avec la création du Conseil de l'Instruction publique coïncida l'établissement des écoles normales Laval et
Jacques-Cartier pour les élèves catholiques, et de l'école normale McGill pour les élèves protestants. Simultanément aussi deux associations d'instituteurs catholiques et une association d'instituteurs protestants se formèrent à Québec et à Montréal pour l'avantage des membres du corps enseignant. Les deux premières ne firent que continuer, pour bien dire, les anciennes associations pédagogiques de 1845 et purent bénéficier du zèle des Juneau, des Kérouack, des Valade, des Labonté, des Légaré, des Cazeau, des Toussaint, des Laçasse et autres. A une époque où la province n'était pas encore pourvue de voies ferrées et ne possédait que des moyens fort primitifs de navigation intérieure, ces pionniers de l'enseignement primaire avaient établi, au prix de sacrifices d'argent et d'énergie, les bases de ces organisations de perfectionnement. M. Chauveau voulut compléter cette floraison d'œuvres utiles en fondant le Journal de V Instruction publique et le Journal of éducation, revues qui allaient vulgariser les méthodes pédagogiques et même favoriser le développement du goût littéraire chez les instituteurs.
Les circonstances n'ayant pas permis d'organiser plus tôt le conseil de l'Instruction publique, l'arrêté ministériel le constituant ne fut adopté et signé par le gouverneur général, sir Edmond Head, que le 17 décembre 1859, c'est-à-dire trois ans après l'adoption de la loi qui en autorisait la création. Le nouveau corps se composa de quatorze membres, dix catholiques et quatre protestants, et pour le constituer le gouvernement fit choix des personnes suivantes: le très révérend Francis Fulford évêque anglican de Montréal, de monseigneur Joseph Laroque, coadjuteur de l'évêque catholique de Montréal, de sir Étienne-P. Taché, des honorables Louis-Victor Sicotte, Th.-L. Terrill et T.-J.-J. Loranger, des révérends John Cook, Elzéar Taschereau et Patrick Dowd, de MM.
Christopher Dunkin, M. P.P., Côme-Séraphin Cherrier, Antoine Polette, F.-X. Garneau et Jacques Crémazie, auxquels il faut ajouter le surintendant M. P.-J.-O. Chauveau. M. Louis Giard, secrétaire du département de l'Instruction publique, devint secrétaire-archiviste du Conseil.
Les membres du nouveau conseil se mirent aussitôt à l'œuvre. Le développement de l'instruction réclamait tout d'abord leur attention; le champ très vaste dont ils avaient à s'occuper n'avait été que peu cultivé. Le Dr Meilleur, avec l'instinct et le talent du défricheur, s'était servi au début des lois scolaires telles qu'elles existaient et comme d'utiles instruments pour déblayer le sol. M. Chauveau avait ensuite continué cette tâche laborieuse avec beaucoup de savoir-faire. Mais à présent, le Conseil que l'on venait de constituer, composé d'hommes d'expérience et de haute position sociale, allait travailler comme un facteur nouveau très avisé et très intéressé à l'amélioration de l'enseignement primaire, et le Bas- Canada désormais pourrait marcher d'un pas -plus alerte et plus accéléré dans la voie des réformes nécessaires.
Les membres du conseil eurent leur première réunion le 10 janvier 1860 et nommèrent sir E.-P. Taché comme leur président. Après avoir décidé de s'assembler quatre fois l'an, ils procédèrent à la formation de trois comités. Le premier reçut instruction de préparer, conformément à la loi scolaire de 1856, un règlement pour fixer le mode de procéder dans les assemblées du conseil ; le deuxième comité fut chargé de faire des règlements relatifs au choix des livres de classe, et le troisième eut pour mission d'établir des règlements concernant la régie et le cours d'études des écoles normales, la classification et la discipline des écoles publiques, la formation de bureaux d'examinateurs et la tenue d'un registre renfermant les noms des insti-
tuteurs, avec indication de la classe des diplômes qu'ils avaient obtenus. 1
La loi de 1859 avait stipulé que les commissions d'examen pour l'obtention des diplômes pourraient se partager en deux divisions distinctes, l'une pour les candidats catholiques et l'autre pour les candidats protestants. Le conseil, animé de dispositions bienveillantes à l'égard de la minorité religieuse de la province, ayant constaté qu'il serait difficile de trouver, sur divers sujets, des manuels qui puissent être en usage également dans les écoles catholiques et les écoles protestantes, recommanda au gouvernement d'amender la loi pour permettre d'approuver certains livres de classe par un vote de tout le conseil, et certains autres livres par le vote des membres protestants ou par le vote des membres catholiques seulement . et séparément. 2
Cette proposition, remarquable par sa libéralité, témoignait de vues très hautes et pouvait sinon dissiper totalement, du moins atténuer les préjugés regrettables qu'une partie notable du Haut Canada entretenait à l'égard de sa province sœur. Pendant les années qui venaient de s'écouler, on avait assisté à des luttes acharnées entre les partis politiques; le chef des c eargrits M. Brown, homme habile et d'un exclusivisme tenace, avait agité la question brûlante de la représentation parlementaire proportionnelle à la population, et pour mieux parvenir à son but et diminuer l'influence du Bas-Canada, il avait exploité les sentiments de race et de religion au point d'ébranler dans ses fondements le pacte d'union de 1841. Les polémiques violentes s'étaient étendues, avec la rapidité des feux de prairie, d'une extrémité à l'autre de la
1 Statut 19, Vict. Chap. 14 et statut 22 Vict. Chap. 52.
2 Registres du conseil de l'Instruction publique, Vol. I, p. 19.
région ont arienne et avaient imprimé des traces si profondes qu'on retrouve encore, après cinquante ans, des vestiges nombreux du fanatisme religieux et national de cette époque chez ceux qui allèrent habiter le Manitoba et les immenses plaines de l'ouest canadien.
Ce fut au temps de ces luttes regrettables qu'une assemblée d'hommes sages du Bas-Canada adoptait, à l'unanimité de ses membres, la proposition que nous avons citée. Cette juste déférence de la majorité catholique vis-à-vis la minorité protestante était de saine politique, car au Canada deux grandes races étant appelées à vivre et à se développer à l'ombre du même drapeau et dans un même sentiment de loyauté à la couronne d'Angleterre, les circonstances exigent une tolérance réciproque, et il importe que chaque groupe de population, tout en travaillant au bien commun, se meuve librement et suivant ses traditions dans la large sphère des intérêts religieux et nationaux. Dans le domaine éducationnel particulièrement, il faut que les volontés du père de famille soient respectées; autrement, et si l'on s'inspire de fausses notions sur les droits respectifs de la famille et de l'autorité civile, de graves injustices peuvent naître et se perpétuer envers les minorités et créer un grand malaise dans la nation. Une nation en effet ne saurait s'écarter sans danger des principes qui sont la base de la puissance paternelle, ni impunément violer les droits que le père possède sur son enfant en vertu de la loi naturelle.
A sa session de février 1860, le conseil de l'Instruction publique autorisa le surintendant à faire préparer une série de livres de lecture en langue française et une autre en langue anglaise. Déterminé dès lors, comme il l'est encore aujourd'hui, à n'approuver autant que possible, que des livres de classe imprimés au pays, il refusa d'inscrire sur la liste d'approbation les Metropolitan
readers présentés par la maison Sadlier, parce que ces ouvrages avaient été publiés à l'étranger. En outre, les éditeurs reçurent instruction d'insérer dans leurs manuels des épisodes empruntés à l'histoire du Canada de préférence à des récits tirés de celle des Etats-Unis.
Cette même année 1860 fut marquée par un événement extraordinaire et destiné à faire époque dans l'histoire de notre jeune pays. Nous voulons dire la visite de son Altesse Royale le Prince de Galles, héritier du trône d'Angleterre. Ce fut pendant ce séjour dans notre pays que le Prince daigna placer une somme de 200 £, entre les mains du gouverneur général du Canada, pour qu'elle fût distribuée en prix dans les écoles normales de notre province. Le conseil accepta avec reconnaissance le don généreux de son Altesse et résolut de consacrer l'intérêt annuel de cet argent à la fondation d'un prix qui serait connu sous le nom de "Prix du Prince de Galles".
Comme il n'existait alors que trois écoles normales, ce prix devait consister, pour chacune d'elles, dans le tiers de la rente annuelle du capital et être accordé à l'élève qui avait subi, en des conditions déterminées, le meilleur examen pour l'obtention d'un diplôme d'école modèle. De plus le Surintendant fut autorisé à faire préparer des médailles en bronze qui serviraient comme de certificats de l'attribution du prix et seraient conservées à ce titre par les heureux lauréats. Il les fit frapper en France à la Monnaie de Paris. Sur l'envers de cette médaille on voit l'effigie du Prince, et sur le revers l'inscription suivante:
E douar dus Albertus princeps Cambriae provinciam canadensem fausta praesentia honoratam perlustrans in una quoque normali schola praemium in singulas annos.
Munifice instituit.
A.D. MDCCCLX In schola
in Mu et cons
Pour donner effet à l'intention que Ton avait, le gouvernement plaça la somme de 200 £ à la Banque du Peuple qui était considérée comme une institution financière très sûre et bien administrée. Malheureusement, la banque faillit en 1895, et sa chute causa la perte de la somme d'argent donnée par le Prince de Galles pour l'encouragement des écoles de pédagogie du pays. Depuis ce revers, les élèves des écoles normales n'ont plus reçu à titre de récompense l'intérêt du capital disparu, mais il leur resta la satisfaction de voir le plus méritant d'entre eux recevoir, à chaque collation annuelle des diplômes, la médaille frappée à l'effigie du Prince de Galles qui, le moment venu, occupa si glorieusement le trône d'Angleterre sous le nom d'Edouard VII. l
En vertu de la loi de 1859, le Conseil pouvait non seulement permettre l'octroi de diplômes valables dans toute la province, mais même autoriser les bureaux d'examinateurs à accorder des diplômes qui n'avaient de valeur que dans un seul comté ou dans quelques comtés. C'est ainsi qu'en 1862 on établit à Waterloo, dans le comté de Shefford, un bureau avec pouvoir de donner des diplômes ayant force et effet uniquement dans les trois comtés de Shefford, de Brome et de Missisquoi.
Et pour ce qui est de l'examen des aspirants au brevet de capacité, le conseil adopta un règlement de grande
1 La réserve de ces médailles étant épuisée, le surintendant en a fait frapper de nouvelles en 1911 pour perpétuer le souvenir du don de son Altesse Royale.
importance auquel fut annexé un long document renfermant sur les différentes matières de classe une série de questions qui remplissent cent cinq pages du registre infolio des procès-verbaux du conseil. 1 Ce questionnaire imprimé pour l'avantage des candidats, resta en usage jusqu'à la suppression, en 1899, des divers bureaux d'examinateurs et à la création d'un bureau unique destiné à les remplacer.
Des modifications ne tardèrent pas à s'effectuer dans la composition du Conseil. Quatre de ses membres, MM. L. Terrill, A. Polette, F.-X. Garneau et l'évêque Fulford résignèrent leurs fonctions et furent remplacés par sir Alex. Tillock Galt, de Sherbrooke, Louis Léon Lesieur Desaulniers, médecin d'Yamachiche, Cyrille de Lagrave, avocat de Québec, et le révérend William-T. Leach, de Montréal. Deux autres des membres du conseil, sir E.-P. Taché et l'honorable M. Sicotte, qui occupaient tous deux une situation considérable en parlement, devaient jouer un rôle de premier ordre dans les changements politiques que l'on vit bientôt s'opérer. En effet, en 1862, eurent lieu la chute du ministère Cartier-Mc- Donald et l'entrée dans l'administration Sandfield- McDonald de M. Sicotte comme chef de la section bascanadienne du cabinet. L'année suivante, M. Sicotte descendit les degrés du pouvoir pour faire place à M. Antoine-Aimé Dorion, et le ministère McDonald-Dorion disparut à son tour en 1864. Après une vaine tentative de M. Furguson Blair pour former un nouveau cabinet, sir E.-P. Taché devint premier ministre et, avec le concours de M. John McDonald, réussit là où M. Blair avait échoué. Ainsi, en trois ans, on avait vu quatre ministères différents et deux élections générales.
1 Séance du 13 novembre 1861.
Ces troubles politiques agitaient beaucoup l'électo-
rat et devenaient même inquiétants. La constitution des Canadas-unis semblait subir une épreuve décisive d'où dépendait son maintien, et, de fait, cette crise était bien réelle. Dans les sphères gouvernementales, on avait l'intuition que l'avenir du pays et la permanence de son autonomie réclamaient de profondes modifications constitutionnelles. La guerre civile qui avait sévi dans la république américaine entre les états du nord et ceux du sud ne pouvait pas être étrangère non plus au mouvement de concentration des forces coloniales que désira effectuer l'Angleterre pour conserver l'intégrité de ses possessions dans l'Amérique du Nord.
Cette succession de revers politiques et ces changements subits de gouvernements portèrent sir E.-P. Taché et ses collègues à entrer en pourparlers avec les chefs libéraux du Haut-Canada pour examiner avec eux la gravité de la situation et les moyens à prendre pour écarter les dangers qui pouvaient résulter de l'instabilité des administrateurs et de la violence des luttes que dirigeaient les chefs de parti.
Ces tentatives de rapprochement qui s'inspiraient d'intentions aussi patriotiques produisirent naturellement entre les groupes politiques une détente qui, finalement, amena, cette même année, l'importante réunion à Québec des délégués des colonies anglaises de l'Amérique du Nord. L'objet de cette assemblée, c'était d'étudier la question de la concentration des divers parlements de ces colonies sous un gouvernement unique. Comme on le sait, les débats et les conclusions de ces grandes assises aboutirent, trois ans après, à la confédération des provinces anglaises du continent Nord- Américain.
Malgré ses multiples occupations comme chef du gouvernement, malgré toute l'attention qu'il donnait à la
• solution du grand problème politique, dont nous venons de parler, sir E.-P. Taché présida, le 9 mai 1865, les délibérations du conseil de l'Instruction publique, mais ce fut la dernière fois, car cet homme éminent mourut peu de temps après. A la réunion du conseil, le 12 octobre de cette même année, sa mort fut consignée au procèsverbal dans les termes suivants: "Les membres de ce conseil ont appris avec une vive douleur la mort de sir Etienne-Pascal Taché, premier ministre et leur président, et ils désirent insérer dans leurs archives l'expression du respect et de l'affection qu'ils lui portaient, ainsi que des regrets que leur fait éprouver la perte de leur zélé président qui, malgré ses autres devoirs publics, a encore présidé à la dernière séance de ce conseil et n'a cessé de s'intéresser aux progrès de l'Instruction publique et d'y travailler avec ardeur."
A l'unanimité des voix, M. Corne Séraphin Cherrier remplaça M. Taché à la présidence du conseil.
Il s'éleva en ce temps une intéressante question au sujet des livres de classe. Le conseil avait inscrit sur la liste des livres approuvés, comme livre de lecture, l'ouvrage bien connu intitulé: Le Devoir du Chrétien. On sait que d'après la loi scolaire, le curé ou le prêtre desservant de l'église paroissiale catholique a le droit de faire le choix des livres destinés à l'instruction religieuse et à la morale, pour l'usage des élèves appartenant à sa croyance religieuse, et que le comité protestant possède les mêmes attributs ou pouvoirs en ce qui concerne les élèves protestants. Or, M. J. H. Graham croyant voir dans l'approbation donnée au Devoir du Chrétien une infraction à la loi de l'Instruction publique, porta plainte au gouverneur général en prétendant que cette loi défendait au Conseil d'admettre l'usage d'aucun livre traitant de morale et de religion. La plainte de M. Graham
fut transmise par le gouvernement au Conseil de l'Instruction publique qui la rejeta, en s'appuyant sur des considérations imprégnées d'un grand sens chrétien. Il ne s'agissait, il est vrai, que d'un livre en particulier, mais le conseil profita de l'occasion offerte par M. Graham pour affirmer le principe qu'un livre de lecture ou même d'histoire et de géographie doit contenir "un enseignement * 'général et pratique des connaissances nécessaires à l'hom- "me, à quelque croyance religieuse qu'il appartienne pour "bien remplir ses devoirs envers Dieu et envers la société." 1
1 Voici la résolution du conseil adoptée sur proposition du juge L.-V. Sicotte appuyé par M. J. Crémazie: "Tout en admettant que l'intention de la loi est de laisser aux ministres des divers cultes le choix des livres traitant spécialement et exclusivement de religion et de morale, ce conseil n'a point compris et ne comprend pas que tout livre approuvé par le conseil ne doive rien contenir qui ait rapport à la religion ou à la morale ce qui de fait serait impossible, et regrettable si la chose était possible.
Considérant au contraire que tous les livres de lecture gradués et même d'histoire et de géographie qui ont quelque valeur ont une tendance morale et religieuse, par la résolution du quinze février mil huit cent soixante, laquelle a été approuvée par son Excellence le gouverneur général en conseil par ordre en date du 24 mars de la même année, le conseil a établi trois diverses catégories de livres : 1° ceux qui sont approuvés sur la recommandation des membres catholiques du comité des livres; 2° ceux qui sont approuvés sur la recommandation des membres protestants de ce même comité: 3° enfin ceux qui sont approuvés sur la recommandation de tout le comité; l'objet de cette division étant de mettre les commissaires d'écoles, les instituteurs et les parents au fait de la tendance religieuse des livres approuvés.
Que ce n'est aucunement l'intention du conseil d'exclure par l'approbation donnée aux livres des deux premières catégories, ceux ayant spécialement rapport à la religion et à la morale, qui pourraient avoir été ou pourraient être introduits dans les écoles par les ministres des divers cultes pour l'usage des élèves de leurs cultes respectifs et encore bien moins d'imposer le livre dont on se plaint spécialement aux élèves de croyances protestantes: 4° Que ce livre est depuis très longtemps en usage comme livre de lecture dans presque toutes les écoles catholiques du Bas-Canada, qu'il n'a été approuvé que comme faisant partie des livres de la première catégorie ci-dessus indiquée et bien qu'il renferme plusieurs chapitres sur des matières de dogme et de morale traitées au point de vue catholique il contient un enseignement général et pratique des
Au cours de ses délibérations, le conseil exprima l'opinion que dans l'intérêt de notre régime scolaire il serait désirable que le surintendant visitât prochainement l'Europe afin d'étudier les systèmes d'instruction et les méthodes suivies dans les pays d'outre-mer, et de les comparer avec les nôtres. Le gouvernement ayant donné son assentiment au vœu du conseil, M. Chauveau traversa l'océan et parcourut l'Irlande, l'Ecosse, l'Angleterre, l'Italie, la Belgique et une partie de l'Allemagne. Outre les jouissances intellectuelles qu'éprouva, au cours de son voyage, le distingué surintendant dont on sait les talents remarquables comme orateur et comme écrivain, il eut l'avantage de connaître des éducateurs de grande renommée, de visiter nombre de musées et de bibliothèques et de recueillir d'utiles renseignements. C'est même à ce voyage d'études que nous devons le livre si intéressant Y Instruction publique au Canada que publia M. Chauveau, en 1876. 1
Nous ferons ici l'observation que les gouvernements font œuvre utile lorsqu'ils favorisent l'envoi à l'étranger
connaissances nécessaires à l'homme à quelque croyance religieuse qu'il appartienne pour bien remplir ses devoirs envers Dieu et envers la société. 5° Résolu que l'honorable Surintendant de l'Éducation soit prié de transmettre à l'honorable Secrétaire provincial les résolutions ci-dessus comme exprimant l'opinion de ce conseil sur la plainte qui lui a été renvoyée.
1 Lors de son passage à Berlin en 1867, M. Chauveau avait fait au Dr K. A. Schmid, personnage de réputation européenne et avec lequel il était depuis assez longtemps en correspondance, la promesse d'écrire l'article: Canada pour la prochaine édition du grand ouvrage allemand. "L'Encyclopédie de l'Instruction publique." Le travail de M. Chauveau occupe soixante pages de cette encyclopédie qui compte dix volumes grand in-8. Le manuscrit de l'article Canada, rédigé en français, naturellement fut traduit en allemand et un savant professeur de l'université Laval, entendu en cette langue, assura à M. Chauveau que la traduction de son article était on ne peut plus fidèle. (L' Instruction publique au Canada. Avant propos, p. VII).
des hauts fonctionnaires de l'administration civile pour les mettre en mesure d'examiner de près l'organisation et le fonctionnement des services publics en divers pays. Grâce à leurs aptitudes, à leurs connaissances spéciales et à l'expérience que déjà ils possèdent, ces fonctionnaires ont toute la compétence voulue pour observer, comparer, se bien renseigner et faire ensuite profiter leur pays du fruit de leurs études.
Un règlement rendit obligatoire deux fois par semaine l'exercice militaire dans les écoles normales de la province. Les élèves-maîtres, chargés à tour de rôle d'exercer au maniement des armes les étudiants de l'école annexe, avaient à subir eux-mêmes l'examen sur cette matière comme sur les autres branches du programme d'études avant de recevoir leur diplôme d'instituteur; il fallait même avoir réussi dans cette épreuve comme dans les autres pour se voir attribuer le prix fondé par son Altesse Royale le Prince de Galles. Le conseil exprima le désir que, pour faciliter l'exécution de ce règlement, le département fédéral de la milice procurât à ses frais à chaque école normale les accoutrements nécessaires et surtout l'instructeur qu'il faudrait. l
Au printemps de 1867, le conseil ne put, faute de quorum, tenir une assemblée ordinaire, mais lorsqu'il se réunit au mois d'octobre suivant, un grand événement politique s'était accompli. La constitution de 1841 avait cessé d'exister; l'union du Haut et du Bas Canada était dissoute et ces deux provinces, avec celles de la Nouvelle- Ecosse et du Nouveau-Brunswick, formaient, depuis le 1er juillet, une confédération sous le nom de La Puissance du Canada.
Ce changement politique modifia considérablement la composition du Conseil. L'un de ses membres, sir
1 Séance de novembre 1866.
Narcisse-Fortunat Belleau, avait accepté, à l'inauguration du nouveau régime, la haute position de lieutenantgouverneur de la province de Québec, et le surintendant, M. Chauveau, avait été appelé, comme premier ministre, à former la nouvelle administration provinciale.
Le chef du cabinet prit le portefeuille de secrétaire de la province et, en même temps, le titre de ministre de l'Instruction publique. Il remplaça au conseil sir N.-F. Belleau qui avait cessé d'en faire partie. Le secrétaire M. Louis Giard, devint Surintendant et M. Henry Hopper Miles fut nommé secrétaire-archiviste.
Le titre de ministre de l'Instruction publique que M. Chauveau avait assumé par un simple arrêté ministériel et par conséquent d'une manière irrégulière, fut légalisé par une loi adoptée à la première session de la législature. l Le titulaire de la nouvelle charge devenait membre du conseil exécutif et pouvait remplir les fonctions jusque-là exercées par le surintendant de l'Éducation, ou celles que le lieutenant-gouverneur en conseil jugeait opportun de lui attribuer. En outre, la loi déterminait que lorsqu'il ne serait pas expédient de nommer un ministre de l'Instruction publique, le gouvernement aurait le pouvoir de le remplacer par un Surintendant ou de conférer ses fonctions à l'un des ministres de la couronne.
L'entrée de M. Chauveau dans l'arène politique et les nombreuses préoccupations de sa charge nouvelle l'empêchèrent de rédiger le rapport spécial qu'il se proposait d'écrire sur son voyage d'Europe. Cependant, dans son rapport annuel de 1866, il donna là-dessus d'utiles renseignements; il signala en particulier l'attention que donnaient les peuples européens au développe-
x Cette loi fut sanctionnée le 24 février 1868.
ment de l'éducation professionnelle, les efforts qu'ils s'imposaient pour remédier aux inconvénients d'une éducation classique très généreusement prodiguée en introduisant dans les lycées ou les athénées des cours scientifiques séparés et en établissant nombre d'institutions spéciales destinées à préparer les jeunes gens au commerce et à l'industrie. 1
Relativement à notre régime scolaire, M. Chauveau fait la remarque suivante: "La comparaison de notre système dans son ensemble avec ceux des divers pays à la diffusion générale des connaissances dans toutes les classes de la société, montre que les obstacles que j'ai signalés dans mon rapport précédent existent à divers degrés dans les autres pays, et les questions que l'on y discute ne diffèrent guère de celles qui se discutent parmi nous."
De 1867 à 1869, le Conseil n'eut à s'occuper que d'affaires de routine. Toutefois, un comtié fut nommé en 1868 pour conférer avec le gouvernement au sujet de certaines modifications qu'il paraissait désirable de faire à la loi de l'instruction publique.
1 On entend, dit* M. Chauveau, par éducation professionnelle le contraire de ce que beaucoup de personnes comprendraient: c'est l'éducation qui prépare spécialement aux carrières ordinaires de la vie, par distinction de l'éducation classique qui prépare aux professions libérales.