‹ Le Conseilde l'instruction publique et le Comité catholique [microforme]Chapitre 3 sur 37 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Un conseil d’Instruction

OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES — LA LOI DES ÉcoLEs SOUS L'UNION DES C'ANADAS — LA LOI MUNICIPALE, L'ORGANISATION SCOLAIRE ET LA PAROISSE — Co- MITÉ CHARGÉ DE S'ENQUÉRIR DU FONCTIONNEMENT DE LA LOI DE 1846 — UN CoNsei D’INSTRUCTION — Le Dr J.-B. MEILLEUR £r M. P.-J.-O. CHAUVEAU — Les Lois DE 1856.

L'Histoire complète de l’Instruction publique dan: la province de Québec n’a pas encore été écrite, Les travaux qui jusqu’à présent ont été publiés sur cet important sujet ne sont pour ainsi dire que des fragments de l'ouvrage à faire, mais constituent pourtant des documents précieux sur lesquels s’appuieront les écrivains de l’avenir pour raconter les débuts de la grande œuvre de l'éducation sur la: terre canadienne, signaler les dif- « ficultés de sa formation qui s’opposaient à sa mise en marche au sein d’un pays encore si jeune et les obstacles qu’elle rencontra sur son chemin durant les trois siècles qui viennent de s’écouler.

Au nombre des ouvrages parus depuis cinquante ans sur cette question, nous mentionnerons spécialement le Mémorial de l'Éducation du Dr J.-B. Meilleur, premier surintendant de l’Instruction publique, livre renfermant des dates et autres renseignements utiles sur nos maisons

d'enseignement, puis l’ouvrage de son premier successeur, M. P.-J.-0. Chauveau: l’Instruction publique au Canada. L'auteur de ce précis historique qu'il avait d'abord écrit pour une grande encyclopédie européenne, y ajouta ensuite des notes très intéressantes sur le régime scolaire de Terr Neuve et des provinces qui forment partie de la confédération du Canada. Puis, nous avons les précieux résultats des patientes recherches faites par l’exrecteur de l’université Laval, M. l'abbé Amédée Gosselin, sur l'instruction depuis l’origine de la colonie jusqu’à la fin de la domination française. En dissipant les ombres qui planaient sur la diffusion de l’Instruction élémentaire dans les campagnes canadiennes à cette époque primitive, cet historien consciencieux a mis en relief les efforts déployés, en dépit des guerres continuelles qu'il fallait soutenir contre les sauvages et les états de la Nouvelle- Angleterre, par notre patriotique clergé et nos admirables communautés religieuses pour le développement intellectuel et l'éducation des enfants du pays.

Nous devons aussi à la plume de M. l'abbé Adélard Desrosiers, principal de l’école normale Jacques-Cartier, un livre rempli de faits importants à connaître sur les tentatives d'établissement, au siècle dernier, de nos écoles normales et sur leur fondation effective. Ces ouvrages ét d’autres encore de même nature que nous pourrions mentionner, par exemple les annales des Ursulines de Québec et des Trois-Rivières et de la Congrégation fondée par la vénérable Marguerite Bourgeois, sont une mine riche en renseignements. Ces travaux sont comine autant de brillants flambeaux qui indiquent la voie à suivre dans l'étude de nos archives nationales.

A notre tour, nous voulons apporter notre humble tribut à la somme des matériaux destinés à édifier l’histoire du mouvement éducateur de notre province. Ce

développement de l'éducation, il est, à tous les degrés, intimement lié à la vie de la race française en Amérique: il est le soutien de l'idiome national, le semeur de principes solidement chrétiens, et il est à désirer que chacun des enfants de la grande famille canadienne apporte sa part de ciment à la consolidation de l'œuvre que Dieu semble avoir manifestement confiée à notre peuple d'accomplir en ce pays.

Nous venons traiter en cet ouvrage de la création du Conseil de Instruction publique de la province de Québec et raconter, d’une manière succincte, son histoire, en rappelant les travaux qu'il a accomplis et les efforts persévérants qu'il a déployés pour répandre jusque dans les parties les moins colonisées du pays les bienfaits de l'instruction. Ayant été à même depuis plus de vingt ans de suivre les délibérations de ce Corps auguste et de voir de près le zèle qui l'anime pour servir la cause de l'éducation, notis avons cru qu’il était utile, qu’il était même nécessaire, d'exposer dès maintenant, réun:c4 comme dans un tableau, les mesures auxq'"lles il a eu recours, et de montrer l'influence heureuse qu'il a e:ercée sur le perfectionnement de nos écoles, Par là, croyonsnous, nous mettrons le public à même d'apprécier son zèle et de constater les éminents services qu’il lui 4 rendus.

Cette action bienfaisante est bien celle que l’on peut en général constater dans les Pays qui possèdent des corps semblables. En effet, là où le régime scolaire est parfaitement organisé, les gouvernements tiennent à avoir des conseils spécialement chargés de fixer la règlementation des écr les, de se tenir au courant des réformes pédagogiques et d’activer, par des mesures utiles, les progrès de l'instruction. On peut en effet regarder les hommes instruits et expérimentés que renferment ces conseils et qui, étant rompus souvent au maniement des affaires

publiques, possèdent des vues d'ensemble sur les besoins de leur pays comme les aviseurs les plus compétents et les plus impartiaux des chefs de l’État. Les études qu’ils font des questions scolaires, les délibérations qui rempli.sent leurs assemblées et la prolongation même des années pendant lesquelles ils exercent leurs importantes fonctions, tout leur permet d’avoir des idées de suite, d'éviter les écueils d’essais infructueux et de suggérer des dispositions législatives plus opportunes.

La province de Québec a l’avantage de posséder un conseil de cette sorte dont les membres occupent les plus hautes fonctions dans les hiérarchies ecclésiastique et civile et dont la plupart ont été professeurs dans les collèges et les universités, ou sont encore à la tête d'importantes maisons d'éducation. L’exposé que nous allons faire des règlements et des décisions du conseil et du comité catholique qui en est une partie constituante, ne pourra que démontrer l’importance de ce corps dont l'utilité est d'autant plus évidente qu’il plane au dessus des intérês individuels et du champ de bataille des partis politiques. :

Disons d’abord que pendant plus de quatre-vingts ans après le traité de Paris de 1763, il n’exista dans le Bas-Canada (aujourd’hui province de Québec) aucun conseil de ce genre, non plus qu’aucune organisation effective de l'enseignement primaire. Les quelques lois scolaires qu’adopta le parlement de la colonie sous la constitution de 1791, furent insuffisantes et inefficaces; elle portaient l'empreinte des prétentions de la minorité anglaise du pays à vouloir dominer la population de langue française et à lui imposer le joug de son autorité. L’élan qui aurait pu être donné dans la première moitié du dix-neuvième siècle à la diffusion de l'instruction élémentaire se vit entravé par un esprit étroit, agressif, et par

l’intransigeance irritante de l'oligarchie locale qui concentra entre ses mains le pouvoir. exécutif contre la volonté des représentants du peuple en parlement.

Après l’union du Haut et du Bas Canada, en 1841, les choses parurent prendre une orientation nouvelle. Les collèges que le clergé catholique avait fondés au prix de ses sacrifices ! avaient été autant de foyers de science dont les vifs rayons de lumière, en pénétrant au loin, avaient exercé une influence bienfaisante sur l'esprit des populations rurales et avaient développé en elles des idées de progrès. Le peuple, privé jusque là des avantages d’une bonne organisation scolaire, éprouvait le besoin d’une instruction primaire plus efficace. Nos maisons de haute éducation la désiraient elles-mêmes dans l'espoir de voir venir à elles des élèves mieux préparés à recevoir l’enseignement secondaire.

Le nouveau parlement des Canadas-Unis s’occupa, dès sa formation, d'élaborer une loi destinée à favoriser l'établissement d’un plus grand nombre d'écoles, et toutes les écoles primaires, on les plaça sous la direction générale d’un surintendant de l’Instruction publique et sous le contrôle immédiat de conseils de-district qui devinrent comme autant de bureaux d'éducation.

La nomination du Surintendant que le gouvernement allait faire, ne fut pas sans inquiéter les esprits dirigeants du clergé et du monde politique, car la charge que la loi venait de créer comportait de graves responsabilités. De hauts Personnages se montraient favorables au choix de M. Jacques Viger dont le nom est bien connu dans le pays. L’archevêque de Québec, joignant sa recommandation à celle d- l'archevêque de Montréal, adressa une

! Ces collèges, au nombre de huit, étaient ceux de Québec, de Montréal, de Nicolet, de Saint-Hyacinthe, de Sainte-Thérèse, de Chambly, de Sainte- Anne-de-la-Pocatière et de l’Assomption.

communication à l’honorable M. D. Daly, secrétaire de la province, dans laquelle il faisait valoir les aptitudes de M. Viger, ses habitudes d’ordre, son amour du travail, et, par suite, assurait au ministre qu’on ne pouvait confier à un homme plus compétent une fonction d'aussi grande importance. !

Mais sans doute, le Dr J.-B. Meilleur avait en sa faveur de très puissantes influences, car ce fut lui qu’on appela à la position de surintendant de l’Instruction publique.

Les corps municipaux qui se trouvaient alors chargés de diriger de près les affaires scolaires n’avaient pas la même organisation qu'aujourd'hui, et leurs officiers recevaient leur nomination du gouvernement. Celuici, désireux de conserver à l'élément de langue anglaise la prédominence sur l'élément français, n’avait pas hésité à choisir au sein de la minorité anglo-saxonne plus des deux tiers des wardens ou préfets quoique les Canadiens français formassent la grande majorité de la population. Aussi le manque de confiance qu'avait le peuple dans l'esprit de justice des gouvernants, le souvenir des troubles de 1837-38 et de quarante‘ années de luttes parlementaires acerbes influèrent sur le fonctionnement de la loi. Elle eut si peu de succès qu’elle fut remplacée, quatre ans après, par une nouvelle loi qui maintint la taxe imposée par la loi précédente, mais déclara en même temps que les contribuables seraient libres de prélever, par souscription volontaire, l'argent nécessaire au maintien des écoles.

Le nouveau régime scolaire était préférable à l’ancien, mais le principe des contributions volontaires eut dans la pratique un résultat si peu satisfaisant queleSurintendant, le Dr Meilleur, s’attacha à convaincre la législature qu’il

! Lettre du 5 janvier 1842. Archives de l'archevêché de Québec.

convenait de l’abolir pour y substituer celui de la contribution forcée.! La loi, fut en conséquence amendée en 1846 et, pour réparer l'erreur précédemment commise, elle exigea désormais une rétribution mensuelle de tous les enfants âgés de 5 à 14 ans, au lieu d’une contribution des seuls enfants qui fréquentaient les écoles.

À ce propos, M. Étienne Taché disait en chambre: “La cotisation pour les écoles n’est Pas une taxe, mais au contrair: une excellente spéculation, puisque non seulement la somme prélevée dans une localité se dépense dans cette localité, mais elle y attire encore une somme égale.” “Sil y a un objet au monde pour lequel on doit se taxer, disait à son tour M. Cauchon, c’est bien assurément pour l'éducation, et si nous devons risquer une fois notre popularité, c’est sur une question comme celle-là”.

Cette législation dont nous parlons ici est généralement considérée comme le véritable point de départ des progrès de l'instruction publique dans la province. Ce qui rendit cette mesure plus efficace et plus conijiête, ce fut d'adopter comme base de la municipalité scolaire l'organisation municipale proprement dite, laquelle avait pour cadre l’organisation paroissiale. C'était un pas habile dans la bonne direction, car la loi des municipalités de 1845 avait ôté au Bouvernement le pouvoir de nommer le maire et les conseillers municipaux, et chaque paroisse ou chaque canton formait désormais une corporation municipale avec un conseil de sept membres élus par les citoyens.

L’adaptation du système scolaire à celui de la paroisse canonique et civile fut de la part des hommes d'état de cette époque l’acte d’une haute politique administrative et d’un patriotisme éclairé. Les chefs bas-canadiens

* Mémorial de l'Éducation. Édit de 1876, p. 191.

La Fontaine, Taché, Morin, D.-B. Papineau qui présenta le projet de loi, eurent une conception nette de l’heureuse influence politique que pouvait avoir une telle législation sur le peuple pour lui inspirer confiance en lui-même et l’intéresser directement à la gestion des affaires publiques. Une trop grande ingérence de l’État en toute chose est toujours à redouter, car son omuipotence, en affaiblissant l'initiative privée et en habituant les citoyens à compter sur l’aide du gouvernement plutôt que sur leurs propres forces, ne peut donner à une nation, en voie de formation, cette hardiesse d’allure dont elle a besoin pour progresser et s'établir solidement. Aussi, ceux qui jadis dirigeaient chez nous le combat en parlement, s’efforçant d'obtenir pour notre peuple les libertés politiques dont jouissait la Grande-Bretagne, et prévoyant le triomphe prochain de leurs idées, voulurent préparer l'électorat au plein exercice du gouvernement responsable. Depuis la mise en force de la constitution de 1791 jusqu’à l'insurrection de 1837, nos hommes publics s'étaient formés, il est vrai, à la vie parlementaire, mais l'opposition systémai'que et malveillante du gouvernement provincial aux vœux de la majorité et la violence des luttes avaiert empêché les Canadiens français de s’assimiler assez complètement l'esprit gouvernemental qui distingue le peuple anglosaxon. Il importait donc, dans le calme relatif de la mise en pratique de la nouvelle constitution de 1841, de préparer les esprits à tirer le meilleur parti possible des événements politiques, et rien ne semblait pouvoir mieux assurer l’homc:‘néité du peuple et son éducation publique que le déeloppement et l’affermissement de l’organisation paroissiale dont il jouissait déjà, et qu’il suffisait de fortifier pour en faire un rempart qui défierait les épreuves et les secousses de l’avenir.

C’est que, pour le Canadien français, la paroisse est à la fois le centre de la vie catholique et de la vie nationale. Comme le disait un de nos écrivains: “Partout où il va, le Canadien français porte en lui sa paroisse. Il n’est pas catholique isolé pour son compte personnel, il est catholique socialement, il lui faut la société religieuse dont il vit comme dans sa famille”. En vertu du principe même de son organisation, la paroisse possède une trilogie de pouvoirs qui ont une connexité telle qu’ils forment un tout parfait. Le corps des marguilliers, administrateurs conjointement avec le curé des biens d'église, les conseillers municipaux, administrateurs des affaires civiles de la paroisse et les commissaires d’école préposés à la gestion des biens scolaires, telles sont les trois sources vivifiantes de la puissance paroissiale. Ces corporations avec des attributions différentes et parfaitement définies contribuent à l’unité locale; les personnes qui en forment partie sont les citoyens d’une même circonscription territoriale, participant ensemble au bon gouvernement des affaires publiques qui les touchent de près, également intéressés à ce que tout assure leur succès. Ce groupement des intérêts au triple point de vue canonique, municipal et scolaire réunit done comme en un faisceau les volontés pour les faire converger vers un but commun: par là même, il devient une force sociale étonnante, et, en donnant au paysan canadien certaines notions de droit ecclésiastique et de droit rural, quelque rudimentaires qu’elles soient, il crée des traditions particulières qui développent l'unité nationale. Combien donc n’a-t-on pas eu raison de greffer notre r,gime scolaire sur l'arbre paroissial, afin de lui assurer une sève plus abondante et une croissance plus vigoureuse. La loi de 1846 fut inspirée par l'espoir que cela contribuerait à une diffusion plus générale de l'instruction primaire. Le gouvernement

LaFontaine l’amenda en 1849. Cependant des obstacles L se dressèrent en face de la nouvelle organisation et des | esprits rétrogrades cherchèrent à soulever le peuple des campagnes contre le prélèvement des taxes qu’elle imposait. Comme il existait des lacunes dans la législation, le parement jugea opportun de nommer un comité composé de neuf députés pour s’enquérir du fonctionnement de la loi, se renseigner sur l’état de l’instruction et rechercher les causes qui empêchaient ou diminuaient l'efficacité des petites écoles. L'assemblée législative, dans sa séance du 22 février 1853, choisit pour faire partie de cette commission d’enquête le procureur général M. Drummond et MM. L.-V. Sicotte, Badgley, | G.-É. Cartier, Polette, Ls Lacoste, Sanbourn, Chapais | et Christie (de Gaspé). Le comité appela à sa présidence M. Sicotte, député de Saint-Hyacinthe. Puis, dans le | but de se procurer les renseignements dont il avait besoin | pour se rendre compte de la situation et correspondre aux | désirs du parlement, il adressa aux membres du clergé,

aux secrétaires des municipalités scolaires et à plusieurs | citoyens de marque une série de questions sur les faits

qu’il semblait nécessaire de bien connaître pour se former | une opinion sérieuse. La commission compulsa les rap-

ports des inspecteurs d’écoles et constata, après une étude

attentive, que le régime scolaire ne fonctionnait pas de

manière à donner aux enfants une instruction assez étendue. Les instituteurs et les institutrices autorisés | à enseigner étaient en nombre trop restreint, beaucoup

d’ailleurs manquaient des qualités pédagogiques requises;

le fait que les quatre-cinquièmes des écoles n'étaient Ls point pourvues de cartes géographiques, montre bien à quel point l’orgahisation matérielle laissait à désirer. En outre, les méthodes d’enseignement étaient trop souvent défectueuses et l'inspection des écoles était incom-

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plète. Ce fut après avoir consulté plus de quatre cents personnes, que le comité constata la situation que nous venons d’exposer de façon assez générale.

Parmi les expressions d'opinion qui existent sur la manière dont fonctionnait ce commencement de système scolaire, nous mentionnerons un long mémoire rédigé par M. Jacques Crémazie, avocat de Québec. Après avoir été commissaire d’école de cette ville, secrétaire de la Société d'éducation du district de Québec et membre du bureau des examinateurs des candidats au brevet de capacité, il s'était done trouvé en mesure d'étudier les défauts du régime existant et d’avoir des lumières sur les remèdes propres à guérir le mal. Ce mémoire, consciencieusement fait, parle d’abord du manque de qualifications des titulaires des écoles. La loi de 1846 avait donné aux instituteurs un délai de dix ans, réduit ensuite à huit ans, pour leur permettre, après examen, d'obtenir leur diplôme. Appuyé sur le rapport du Surintendant de l’Instruction publique. M. Crémazie constata que, sur 1991 écoles existant en 1851, 1519 étaient confiées à des personnes qui n'avaient pas subi l'examen requis, et il reproche au législateur de n’avoir pas pourvu, dès l’origine, à la fondation d'écoles normales, afin que ceux qui se destinaient à l’enseignement pussent apprendre la théorie et la pratique de cet art difficile de l’enseignement. La modicité du traitement que recevaient les maîtres et les maîtresses appela l'attention de l’auteur du mémoire et il recommanda de fixer un minimum de salaire, afin de ne pas laisser les titulaires de l’enseignement à la merci de commissaires ignorants ou trop parcimonieux. Ces salaires variaient alors entre $100, $80, $60, 848 et même $32 par année. En outre, il jugea inefficace la manière de faire le choix des livres de classe dont il blâma l’exces-

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give variété. “On ne peut s’imaginer, disait-il, la bigarrure, la confusion qui règne à cet égard”.

Le mémoire indique en outre, comme un des grands défauts de la loi, l’absence de tout contrôle réel sur les écoles. En vertu de la loi et en pratique, les commissaires étaient les seuls juges du mode d’enseignement, du cours d’études, du choix des livres et les arbitres suprêmes de l'instruction de l’enfance. Ni le Surintendant, ni les inspecteurs, ni le gouvernement n’avaient le pouvoir d’intervenir en ces matières.

Dans le but de perfectionner notre système d’éducation, M. Crémazie proposa la nomination d’un ministre, ou d’un commissaire de l’Instruction publique qui aurait le pouvoir de régler le mode d’enseignement, de choisir les livres classiques et de faire les règlements nécessaires pour la bonne tenue des écoles. . Il fit de plus les suggestions suivantes: la nomination dans chaque district judiciaire d’un surintendant dont le devoir serait de connaître et de résoudre sans appel les difficultés scolaires; la visite annuelle des écoles ; l'établissement dans chaque district de bureaux chargés de rendre compte de la formation pédagogique des instituteurs et des institutrices et de leur octroyer des permis d’enseigner; la fondation de deux écoles normales, l’une à Québec et l’autre à Montéal, la publication d’un journal de pédagogie, et la fixa-

on d’un minimum de traitement pour les membres du corps professionnel. :

Dans le rapport qu’il présenta à l'assemblée législative, le comité d’enquête proposa en premier lieu la formation d’un conseil d'Instruction. Il *e fit dans les termes suivants: “Un des inspecteurs devrait être nommé,

! Appendice T. T. A. des journaux de l'assemblée législative, session de 1852-53 Vol. XI, No 5.

dans chaque district judiciaire, président du bureau des examinateurs de tel district. Ces présidents formeraient avec le surintendant un conseil d'instruction dont les devoirs seraient de préparer annuellement des relevés de l’Instruction, de faciliter le fonctionnement de la loi, de préparer les modifications qui deviendraient nécessaires, de décider finalement de toutes les contestations et difficultés qui lui seraient soumises par les autorités locales, entre elles et les inspecteurs. Ce conseil devrait se réunir quatre fois au moins l’année pour examiner les rapports des inspecteurs et autorités locales et délibérer sur les intérêts de l'instruction de manière à faire disparaître sans délai les obstacles au fonctionnement de la loi.” Après cela le comité recommandait l’uniformité dans les livres, l'allocation de montants plus considérables en faveur de l'instruction primaire et la création immédiate à Québec et à Montréal d'écoles normales, car, disait-il, “il est impossible d'espérer des résultats satisfaisants d’aucun système d'instruction primaire, si les personnes qui sont appelées à donner l'instruction sont des incapables et des ignorants. C’est la première chose à faire comme la plus indispensable.”

L'enquête faite par le comité signala donc au pouvoir législatif ce qui, : son avis, constituait les points faibles de notre enseignement primaire. Et, comme l’écrivait le Dr Meilleur r : parlant de la loi de 1846: “La loi actuelle pouvait convenir dans le principe; mais aujourd’hui il faut des modifications pour donner au système tout le développement dont il est susceptible pour le mettre au niveau des progrès qui ont été faits et pour donner à l'enseignement ce haut caractère d'utilité et de perfection vers lequel doit tendre tout système d'instruction nationale”.

Deux ans s'étaient À peine écoulés depuis le rapport de 1853, lorsque le Dr Meilleur résigna sa charge de Surintendant. Sa carrière de chef du système éducationnel fut féconde. Appelé à ce poste de confiance à une époque où notre régime scolaire, comme il l'a écrit luimême, était comme une institution politique soumise à l'influence alternative des partis et à l'arbitraire du gouvernement, il eut à vaincre de très sérieux obstacles.

Se regardant comme chargé d'établir un organisme nouveau et de faire accepter par la population une réglementation à laquelle elle n’était pas habituée, le Dr Meilleur eut besoin de beaucoup de courage et d'énergie pour exécuter une pareille tâche. Durant ses douze années de surintendance, la législature adopta la loi de 1846 qui, dans ses grandes lignes, est restée, comme nous l'avons dit, la base de notre système d'instruction publique. Travailleur infatigable, esprit désintéressé, ce patriote sincère a done rempli sa tâche avec un dévouement dont le pays ne saurait méconnaître la haute portée.

Son successeur fut l'honorable M. P.-J.-0. Chauveau * l’un des membres les plus en vue de la députation nationale et possédant à la fois une réputation de littérateur et d’orateur distingué. Prévoyant qu'il continuerait et développerait, avec une compétence incontestée, l’œuvre de son prédécesseur, le peuple accueillit sa nomination de surintendant avec beaucoup de faveur.

M. Chauveau se sentit chez lui à la tête du département de l’Instruction Lablique et fit preuve du plus grand zèle dans l'exercice de ses nouvelles fonctions. Dans un important mémoire daté du 25 février 1856, il fit comme le tableau des réformes proposées par le comité d'enquête de l’Assemblée législative et par le Dr Meilleur. Et, pour l'application à la pratique de ces propositions aussi bien que de celles qu’il avait lui-nême suggérées,

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il indiqua les manières de faire qu'il croyait le plus nécessaire d'adopter.

Ces divers travaux donnèrent naissance aux deux projets de loi que présenta en parlement M. George- Étienne Cartier, secrétaire de la province dans le cabinet Taché-MeDonald. L'un de ces projets avait pour but d’amender la loi des écoles communes et de pourvoir à l'avancement de l'instruction élémentaire; l’autre, de créer des écoles normales et d'encourager l'instruction supérieure, C’est en vertu de la première de ces législations que fut créé pour le Bas-Canada, un conseil de l’Instruction publique.

Les discussions qui avaient eu lieu depuis plusieurs années au sujet de la question d'éducation et les deux lois que le parlement venait d'adopter indiquaient bien la préoccupation qu’avaient les esprits dirigeants de doter le pays de bonnes écoles et de satisfaire à cet égard l'opinion publique. Du reste, chez le clergé et dans l'élément laïque en général existait toujours le désir de donner à notre régime scolaire une orientation propre à préserver la foi de la nation et à la prémunir contre l’invasion des principes antireligieux, car, en Europe, l’esprit révolutionnaire était toujours actif et ardent ; depuis trois quarts de siècle, il taillait en brèche les idées chrétiennes, la Franc-maçonnerie employait toute son astuce, son habileté et ses moyens occultes pour discréditer et détruire à la fois le sentiment catholique. Cette agitation. aveit sa répercussion au Canada: les doctrines de Voltaire possédaient au sein de la population canadienne-française quelques adeptes agressifs et frondeurs, et, jusque dans le domaine de la politique, des adversaires acharnés de notre nationalité et de notre religion s’efforçaient de soulever contre elles l’élé.sent anglais et protestant. C’est ainsi que, dans cette même année 1856, M. George Brown,

l'ennemi du Bas-Canada, dont le cri quotidien dans le journal Le Globe était: “No Popery, no french domination”, avait proposé de priver les catholiques du Haut- Canada de leurs écoles séparées, Un de ses alliés politiques du Bas-Canada, M. Papin, tribun audacieux, crut devoir profiter de cette proposition injuste et dan- 8ereuse pour intervenir dans le débat et faire prévaloir ses opinions en matière d'éducation. Dans le discours qu’il prononça en cette occasion, il soutint que, dans un pays habité comme le Canada par des populations de religions différentes, l'instruction donnée aux enfants ne saurait être religieuse, mais qu'elle devait être neutre et que toutes les écoles devaient être mixtes, c’est-à-dire gratuites et donc supportées par le gouvernement. S'appuyant sur cette affirmation de principes, il proposa “qu'il serait désirable d'établir dans toute la province un “système général et uniforme d'éducation élementaire “gratuite et maintenue aux frais de l’État, et que les “écoles ainsi établies, soient ouvertes indistinctement à “tous les enfants en âge de les fréquenter sans qu'aucun “d'eux soit exposé par la nature de l’enseignement qui y ‘ser. donné à voir ses croyances ou opinions religieuses “violentées ou froissées en aucune manière !

Les membres du gouvernement et leurs amis combattirent la Proposition Papin qui ne rallia que 19 députés parmi lesquels nous lisons les noms de MM. A.-A. Dorion, Ch. Daoust, Jobin et, naturellement, celui de M. Papin lui-même. Cette tentative condamnable de vouloir transformer les écoles catholiques et françaises en foyers d’indifférence religieuse dénotait chez ses auteurs une absence regrettable de sens chrétien. Elle était l’un des incidents et l’un des résultats de la lutte acerbe engagée

! Journaux de l'assemblée législative Canada 1856. Vol. 14, p 436.

depuis plusieurs années, contre le clergé du Bas-Canada par quelques esprits fourvoyés dont les principes malsains pouvaient conduire à l'oubli des traditions ancestrales et même à l’apostasie,

Ce vote sur l'amendement Papin eut l'effet de détourner des chefs du parti libéral de cette époque, la sym- Pathie et la confiance de beaucoup de catholiques,

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