CHAPITRE VIL
l'impôt sur le revenu.
Or, qui est-ce qui fonde cette confiance réciproque entre les citoyens , et qui est-ce qui crée ainsi cette incalculable richesse du crédit entre particuliers.^ Deux choses:
La probité.
La sécurité dans le pays.
La probité consiste, dans les affaires, à tenir avec fidélité et avec ponctualité ses engagements ; par conséquent à ne prendre, envers son voisin ou son prêteur, que les engagements qu'on peut tenir. C'est là le rôle de la conscience dans les affaires.
On a dit que rexactitude était la politesse des rois. On peut dire que la ponctualité est la conscience des affaires.
Il y avait autrefois un honneur chevaleresque des gentilshommes qui consistait à ne jamais marchander sa vie contre son devoir. Il y a aujourd'hui un honneur de tous les citoyens, qui consiste à ne jamais marchander sa fortune contre sa signature. Cet honneur, c'est tout simplement l'honnêteté pubUque.
L'honnêteté, c'est le crédit. Plus ce sentiment s'accroîtra dans les masses par l'instruction . par le désir légitime de la considération mutuelle, par l'exercice plus fréquent de ce jugement réciproque que nous portons les uns sur les autres, dans une démocratie qui rapproche tout le monde par le sentiment rehgieux surtout, que la liberté des cultes vivifie et multiplie toujours, plus le crédit entre pariicuhcrs deviendra une ressource immense pour la République.
Chose merveilleuse ! un peuple laborieux est plus riche de sa conscience que de ses écus î
Croissez en conscience, vous croîtrez en richesse î
Tous les systèmes que le communisme et le socialisme vous prêchent depuis dix ans manquent de conscience , car tous ces systèmes menacent les existences acquises, grandes ou petites, de trouble, de
dépossession, d'expropriation, de spoliation, d'arbitraire odieux dans une soi-disant distribution nouvelle de la richesse ou de la propriété. Voilà pourquoi les seuls mots de communisme et de socialisme, la seule énonciation de ces systèmes ou de ces rêves, a ruiné momentanément le crédit de l'Etat et le crédit entre les citoyens.
On a cru voir disparaître la conscience du monde. Le crédit, qui n'est que la conscience, a disparu avec le sentiment de l'honnêteté.
CnAPlTPiE VIII.
La seconde condition du crédit entre particuliers, c'est la sécurité dans le pays.
Vous comprenez que pour avoir confiance dans la solvabiUté de quelqu'un, il faut être sur qu'on ne lui dérobera ni sa vie, ni sa patrie, ni son champ, ni sa maison, ni ses moyens de travail, ni les débouchés de ses produits, ni ses consommateurs.
Or, du moment que l'ordre social est troublé , soit pardes ébranlements, soit par des révolutions politiques, soit par des rassemblements populaires, soit par des écrits incendiaires, soit par des prédications sanguinaires, soit par des doctrines menaçantes pour la famille, la propriété, l'industrie, l'or se cache, comme une dernière ressource contre la barbarie ; personne n'est sûr que son voisin aura, au terme du billet, le moyen de le payer; personne n'est sûr de pouvoir te-
nir soi-même, à réchéance, rengagement contracté. Qu'arrive-t-il? On n'accepte pas cette monnaie de confiance, ce billet; on n'en émet pas soi-même, on se restreint, on liquide; le crédit entre particuliers se crispe et s'évanouit; des milliards de cette monnaie réciproque disparaissent avec le crédit. Un vide immense se fait dans les opérations. Il semble que tout le monde a été décimé dans sa fortune. Le travail s'arrête, le riche souffre, le peuple s'anéantit.
Quel est le remède? Un seul ; le rétablissement graduel de cette sécurité.
L'ordre à tout prix!
L'oidrc, ou la faim et la mort du peuple !
11 n'y a pas de milieu ; — car l'agitation désespérée et non réprimée du peuple ne ferait qu'accroître le désordre et les calamités du peuple.
Au moment où nous sommes, l'ordre sévèrement maintenu est donc la première des conditions de vos finances.
Celui qui fait de l'ordre fait des écus pour le peuple.
Celui qui fomente le désordre est donc l'affameur du peuple.
Cette vérité est heureusement comprise déjà par l'immense majorité des ouvriers et des masses.
Le jour prochain où cette vérité économique sera comprise tout-à-fait par la multitude, la richesse du peuple sera retrouvée.
Ce jour n'est pas loin.
LE CONSEILLER DU PEUPLE. m