‹ Le Conseiller du peuple (volume 2)Chapitre 95 sur 103 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

Mais l'Assemblée nationale législative doit-ellev être en session et en délibération permanente, une^ fois le pouvoir exécutif constitué? Je n'hésite pas. à, répondre non.

INon^ car l'Assemblée législative éa permanence de délibération, est un signe d'urgence, de crise, et de contention, qui donne aux temps calmes l'apparence et l'agitation des temps extraordinaires et des jours d'alarmes. Cette permanence, c'est le drapeau de la patrie en danger. La nation ne se rassure pas en présence de ce signe de défiance.

Non, car l'Assemblée législative , en permanence de délibération, tend les fibres de l'opinion, use les ressorts du gouvernement et s'use elle-même. L'intermittence du travail et du repos n'est pas seulement une loi politique , elle est une loi de la nature qui s'applique aux corps politiques aussi bien qu'aux individus. Le travail rend le repos indispensable, et le repos dispose de nouveau au travail. La lassitude prend au corps délibérant comme aux hommes; il ne faut pas l'attendre , car elle énerve l'intelligence et la volonté. Une assemblée qui délibère toujours finit par bavarder au Heu de disouter, et par languir au lieu d'agir.

Non, car les discussions d'une assemblée en per-

manence ou ennuient ou passionnent le pays ; si elles ennuient le pays, il prend en dégoût sa représentation; si elles le passionnent, il prend en fureur ses opinions.

Les discussions politiques donnent une fièvre souvent utile à l'esprit public; mais si cette fièvre est continue, elle surexcite jusqu'au délire et jusqu'aux agitations séditieuses le peuple. Quel est l'homme qui subirait impunément des accès de fièvre répétés tous les vingt-quatre heures, pendant la durée de sa vie? Une nation n'est pas autre chose qu'un homme multiplié par quarante millions d'hommes semblables à lui. Un mauvais régime la tuerait aussi infailliblement qu'un mauvais régime tuerait un malade soumis à cette surexcitation continue des facultés humaines.

Non, enfin, car les ministres doivent assister aux sessions, aux commissions, aux séances du corps législatif, répondre à ses interpellations , prendre la parole dans ses discussions. Or, il est physiquement et moralement impossible que huit ou dix ministres assujettis à cette assiduité, à ce devoir, à cette tribune, à cette parole continue, puissent en même temps assister au conseil des ministres, aux conférences avec le président, et administrer et préparer les affaires de la nation.

Si le ministre est consciencieux et capable, ce régime le tuera en un an ; s'il est négligent et incapable, ce régime tuera son administration.

Il est donc de toute nécessité que la représenta-

tion nationale, même sous la République, participe à .cette loi universelle d'intermittence du travail et du repos, et que les sessions ne durent qu'une partie de l'année. Elle fera plus et elle agitera moins.

La loi électorale doit lui donner la faculté et même l'obligation de se proroger au moins quatre ou cinq •mois par année, sauf les cas d'urgence dont elle sera elle-même juge, et sauf la permanence muette d'une commission représentative, chargée d'assister à sa place au gouvernement, et de la convoquer s'il y a crise.

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