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74 LE CONSELLIER
voir séculier : “ C’est par moi que les rois règnent. Que tout le monde se soumettre aux puissances supérieures, car il ny a point de puissance qui ne vienne de Dieu. Le prince est le ministre de Dieu pour le bien.”
Comme on le voit, ces deux pouvoirs ont une origine commune, 1}s émanent l'un et l'autre de Dieu. Ils ont aussi un même objet, un méme but qui est de conduire la société à sa fin, faire régner la justice, la morale, l'ordre, et faire arriver ainsi les hommes à leur éternelle destinée.
Leur action, comme on le voit, s'exerce sur la société ; or la société se compose d'individus qui eux-mêmes sont composés d'un corps et d'une âme tellement unis qu'ils ne fond qu'un seul être. C’est donc une erreur de dire que la religion doit s'occuper de l’âäme exclusivement, et la politique ou le pouvoir séculier de l'ordre matériel aussi exclusivement. Non, on ne peut faire de l’homme deux être séparés, mais tout au plus distincts.
Les deux pouvoirs ayant la même origine et le même objet, diffèrent cepend:nt dans leurs fonctions, dans leur mode d'action. Le pouvoir religieux agit plus directement sur l’homme moral, sur la conscience ; les moyens qu'il emploie sont le ministère de la parole, les sa-
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crements, les peines spirituelles. Le pouvoir séculier ayant toujours pour but de conduire l'homme à sa destinée, est armé du glaive pour sauvegarder surtout les intérêts temporels de la société. Protéger la vie et la propriété, voilà ses attributions principales ; mais 1l doit encore maintenir l’ordre extérieur, empêcher Ja violation publique des mœurs, procureur en un mot aux citoyens la liberté du bien. Par ce simple énoncé on voit de suite qu'il y a une toule de matières mixtes dans lesquelles les deux ordres sont concernés, où les deux pouvoirs doivent mtervenir, et toute l'absurdité de vouloir exclure l'action indispensable de l’un d'eux. Prenons un exemple dans le pays ; soit, la loi des écoles. Comme l’état accorde annuellement un octroi pour le maintien d'écoles primaires, c’est à lui et non au pouvoir ecclésiastique qu'il appartient de nommer del commissaires pour disposer de cet octroi, pour former des arrondissements, faire bâtir des maisons d'écoles, etc., ete, Mais dira-t-on que le pouvoir ecclésiastique n'a rien à voir dans le genre d’éduca: tion qu’on donne aux enfants, qu’il n’a pas le droit de s’enquérir si les livres qu'on met entre les mains des enfants catholiques ne sont pas impies ou immoraux, si leur vertu est à l'abri des dangers si communs pour l'enfance. Voilà donc un exemple où l'on voit les deux pouvoirs
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se rencontrer sur un terrain commun, et où il importe pour le bien de la société qu'ils s’entendent.
Mais j'entends déjà se formuler une cbjection formidable, les empiètements du povoir spirituel sur le domaine du pouvoir séculier. D'abord vous devez être certain d’une chose qui, ce me semble, devrait vous sauter aux yeux et vous tranquilliser ; c'est que le pouvoir spirituel ou ecclésiastique a assez à faire chez lui, que Ja tâche de garder le dépôt de la foi au milieu du torrent des mauvais phncipes qui débordent aujourd’hui la société et qui ont toujours conspiré pour ravir à l'Eglise ce trésor précieux, lui donne assez de besogne pour qu'il ne soit pas tenté d’ailer s’ingérer dans les affaires de son voisin. Sa réserve passée, d’ailleurs, devrait être une sûre garantie pour l'avenir; car l’histoire est là pour nous dire que de tout temps les tentatives d’envahissement d’un pouvoir par l’autre sont venues du pouvoir séculier qui, sans cesse, a essayé de s’assujétir l'Eglise. Celle-ci au contraire a toujours donné l'exemple de l’obéissance aux lois de l'état et a toujours prêché cette obéissance.
Pour ce qui regarde le pays, il est facile pour vous de juger de la vérité de notre assertion. L'Eglise at-elle jamais tenté d’usurper quelques
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unes des fonctions du pouvoir séculier * lui a-telle jamais résisté # a-t-elle jamais préché l’insubordination ? Or, quand elle se montre si Jalouse de respecter les droits du pouvoir séculier, celui-ci devrait-1l la payer de retour en lui laissant le bre exercice de ses attributions,
Mais dira-t-on encore, le pouvoir ecclésiastique en s’arrogeant le droit de régner sur les consciences, se donne une influence 1llimitée. Comme, selon ses prétentions, 1l a le droit d'intervenir partout ou la religion ou la morale sont concernées, et qu'il ne se trouve guères de questions quin aient leur cote religieux ou moral, 11 suit de la qu'il sarroge presqu'a lui seul le gouvernement de la societé, ne laissant au pouvoir séculier qu'un cercle d'action tres limité. Puis il s’éleve une autre diffcuité , quand les deux pouvoir se rencontrent sur un méme terrain et que l’un nie la légitimité des prétentions de l’autre, l’accuse de sortir des limites de ses attnbutions, qui prononcera entre eux ? quisera leur juge? Quand à la première de ces objections, Je vous réponé que si l'Église a une si large part dans le gouvernement de la société, ce n’est pas sa faute, ce n'est pas elle qui se l'est faite, mais bien Dieu, or :! ne faut pas s'aviser de défaire ce qu'il a fait. À la seconde, je répond. que l'Eglise qui a reçu de son divin
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fondateur la promesse d’être toujours éclairée et guidée par lui, doit connaître jusqu'où s’étendent ses pouvoirs. Que si certains de ses membres, par un zèle plus exagéré que prudent, s’'arrogeaint quelques droits qui fussent du ressort du pouvoir séculier, l'Eglise est là pour décider la question et quand elle a parlé, la cause est finie. Car à moins de renier la foi, de cesser d’être catholique, on ne saurait soutenir que l’Église ignore les limites de ses attributions.
Nous savons qu'une certaine caste n'aime pas trop cette doctrine, n’aime pas trop le pouvoir ecclésiastique, qui est pour elle un obstacle insurmontable, Quand une certaine classe d'hommes est dominée par l'ambition et la cupidité, quand elle brûle du désir de voir le peuple sous ses pieds, elle n’aime pas à voir à ses côtés un pouvoir qui se maintient toujours, qui s’est toujours montré le défenseur du petit peuple, un pouvoir avec lequel on ne peuttransiger en aucune manière quand il s’agit d’immoler la justice ; elle n’aime pas à l'entendre lui dire: “ cela n’est pas permis ;”” Elle n’aime pas à l'entendre enseigner que tout n’est pas permis au pouvoir séculier qui lui aussi doit reœner d’après les lois éternelles de la justice et de la morale. Ce pouvoir devient pour elle
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une chose importune ; aussi essale-t-elle avec toute l’ardeur dont elle est capable de le museler ; aussi voyons nous les ennemis du peuple se déclarer contre lui, le traïter de vieille institution, qui pouvait convenir aux âges obscurs, mais qui n’est plus de mise dans le siècle ou nous vivons. Et pourtant ce pouvoir, pour le bien des sociétés ne promet pas, malgré la tempête, d’être englouti de sitôt.
Mais du moins n'at-on pas la liberté de penser en politique, n’est-on pas libre d’entretenir telle opinion qui nous revient ? Qu’aucun pouvoir humain ne puisse atteindre votre pensée, ne puisse vous empêcher d'entretenir telle ou telle opinion plus ou moins erronée, plus ou moins préjudiciable à la société, c’est une vérité incontestable. Tant que votre pensée ne sort pas de votre cerveau, vous n'avez rien à craindre du pouvoir séculier, qui n’a de contrôle que sur les actes extérieurs. Mais le puuvoir religieux, qui s'empare de l’âme, qui pénètre dans la conscience, a incontestablement le droit de vous dire : telle opinion est contraire à La morale ou dogme, 1l faut l’abandonner; en vain objecterez-vous que votre pensée ne s'exerce que dans le domaine de la politique. Dans tout ce qui ne touche pas à la foi, aux intérêts de la religion, au salut des
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âmes, dans ce qui regarde purement l'ordre matétriel, le pouvoir ecclésiastique ne doit pas vous inquiéter, vous pouvez adopter telle opinion qu'il vous plaira ; mais dès que vous franchissez les limites de cet ordre, que votre intelligence s'exerce dans l’ordre moral, vos pensées mêmes sont soumises au jugement de l'Eglise.
Que si, par liberté de pensée, vous entendez la faculté de dire ou d'écrire tout ce que vous pensez dans ce que vous prétendez être l’ordre politique, votre prétention n’est pas légitime. Il y a des opinions qui tendent à miner les bases de la société, qui sont opposées à la morale ; parce qu'il plait à un individu, qui publie ses idées funestes et dangereuses, de dire qu'il ne prétend faire que de la politique, fautil que le pouvoir religieux, gardien-né de la morale et des principes d'ordre, ferme la bouche et laisse faire ? Au contraire, non seulement il peut, mais encore il doit parler, 1l doit signale: le danger qui menace.
Dans le cas où quelqu'un proclame des doctrines subversives de l’ordre social, des idées incendiaires qui pourraient porter le peuple à la violence, fomenter les révolutions, le pouvoir séculier même peut intervenir pour empêcher la circulation de telles idées, et alors ce n’est pas
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la liberté qu'il restreint, c'est la licence qu'il réprime, Il ne fait que remplir un de ses plus essentiels devoirs, protéger la vie et la propriété des citoyens.
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