‹ Le conservateur de la RestaurationChapitre 1 sur 2 · Le conservateur de la Restauration · texte numérisé non relu

Le conservateur de la Restauration

Qu’il nous soit permis de faire sentir et de rappeler et ce que nous avons fait et ce qui nous reste à faire.

Le Conservateur est venu au milieu de deux époques mémorables, entre deux ères essentiellement opposées; entie le ministère de M. de Villèle et le ministère où Ion ne peut distinguer un ministre; entre la chambre loyaliste de 1827 et la chambre populaire de 1828; entre les derniers efforts d’une restauration expirante et les premiers succès dune révolution en travail.

L’ancien Conservateur était entré dans l’arène avee la crainte delà décadence, le nouveau y est venu avec la crainte de la fin de la monarchie.

Les événemens ont beau se précipiter, un jour n’ajoute guère à un jour. 'Le lendemain se forme de la veille. Les feuilles quotidiennes sont donc dans l’obligation naturelle de vivre l’une aux dépens de l’autre, ou de redire à leurs propres dépens.

Une semaine seule semble faire changement.

Les défauts naturels aux meilleurs journaux le Conservateur, am ne paraît qu’à intervalles, ne saurait les avoir.

Le Conservateur a voulu obtenir des avantages sur les euilles quotidiennes; il a voulu en avoir aussi sur tous les genres de journaux, dans le compte qu’il rend des chambres et dans le choix qu’il fait de ses nouvelles.

La partie historique d’un journal est, au fond, ce qu’il y a de plus important, de plus intéressant et de plus généralement utile. &

C’est peut-être ce qu’il y a de plus délicat et de plus difficile à rédiger.

C’est aussi ce qui est le plus négligé ordinairement.

A ce nouvel égard, le- Conservateur a sur ses nobles émules un avantage évident.

On publie, sous le titre aussi simple que vrai aujourd’hui de progrès de la chambre des députés , tout ce qui se passe , tout ce qui se dit de vraiment remarquable , de caractéristique à la chambre.

Chaque discours est signalé par son trait.

Tout le monde a remarqué, et l’on peut dire désormais que les nouvelles du Conservateur sont neuves : elles sont classées comme leur nature, en nouvelles -royalistes , ecclésiastiques, libérales. Le fait ne va jamais sans sa cause, et sans ses conséquences probables sur la société. On sent aisément tout ce qu'il faut de connaissance des choses et des personnes pour faire des nouvelles de ce genre ; et nous osons dire qu’en général les nouvelles du Conservateur ont fait preuve de cette espèce de mérite.

Le Conservateur est un ouvrage dégage de minuties et de verbiage. Son objet, et nous ne craignons pas de le dire , son résultat est de mettre son lecteur au courant et même à la hauteur des graves circonstances au milieu desquelles nous vivons.

L’ancien Conservateur publiait, d’autres journaux ont publié depuis , des Lettres sur Paris, que plusieurs personnes auraient désire retrouver dans le Conservateur de la Restauration. Nous les en avons exclues : elles avaient le double inconvénient de présenter des faits ou plutôt des paroles de salon ou de cabinet, des faits douteux, c’est à dire des personnalités, et de les présenter diffusément.

. Une chambre , un ministère , ne sauraient loyalement se juger que sur des œuvres ou des paroles publiques.

Si le Conservateur a fait preuve de raison , il a fait aussi preuve d’indépendance et de courage.

Il a dit sur les ministres, il a même dit sur les députés, qui sont bien plus ptiissans que les ministres, des vérités que les journaux quotidiens les plus indépendans, par cela seul qu’ils sont lus tous les jours , n’ont pas toujours osé dire.

Il a obtenu aussi des lecteurs, et surtout des lecteurs bien plus honorables qu’il n’eût osé en attendre; et ceux qui étaient venus avec l’espérance sont revenus avec la satisfaction avant l’époque du réabonnement.

Nous avons reçu un grand nombre de lettres de félicitation dont nous remercions les auteurs. Nous avons reçu quelques plaintes, nous en remercions encore les auteurs.

Quelques personnes auraient désiré que chaque article fût sigTié.

Nous l’avons dit, nous le répétons encore, on ne juge bien qu’un article, on juge assez mal un nom. Les articles qu’on a le plus remarqués dans le Conservateur appartenaient à des écrivains peu connus; et plusieurs articles' jugés diversement venaient pourtant de célèbres écrivains.

La publicité des noms est tout au plus utile dans une entreprise , comme garantie du désintéressement , de la loyauté, de la considération des actionnaires. Sous ce rapport/e Conservateur a eu le bonheur de pouvoir satisfaire ses amis, et de contrarier ses adversaires. Il a laissé se nommer un de ses écrivains les plus habiles, l’un des plus justement célèbres, et certes le plus courageux, (i) C’était dans le fait nommer la plupart des autres; car le talent, la célébrité , la vertu ne s’allient pas et ne se dévouent pas à leurs contraires.

Ce n’est pas tout : il existe, comme chacun sait, un ordre religieux que Fénélon considérait comme le plus sûr rempart d’un état, que Bossuet appelait 'vénérable , que l'Eglise tout entière aujourd’hui protège. (2) Eh bien ! un des membres les plus savans, les plus vertueux de cet ordre que tous les vrais royalistes révèrent , un ecclésiastique qui semble ne s’être séparé de ses frères que pour les aimer et en être aimé mieux, n’a pas craint de choisir le Conservateur pour les défendre et pour s’avouer !

C’est bien là, ce nous semble, aux yeux des vrais royalistes, une grande autorité pour le Conservateur.

Nous avons enfin une autre bonne nouvelle à apprendre à ceux qui aiment les bonnes nouvelles, une dernière garantie à donner à ceux qui ont besoin de garanties. Le Conservateur , en bon père de famille , avait déjà fait des économies. Il s’est trouvé dans le cas de les employer à une œuvre royaliste. Il les y a employées tout entières; c’était les employer à une œuvre pie.

Nous avons reçu des lettres et même d’excellens articles

(]) M. le comte de Salaberry.

(■ l'j M. Dupin le croit illégal, feu Hoffmann le disait monstrueux , révolutionnaire, et même régicide. . . 11 faut opter entre l’Eglise universelle et MM. Hoffmann et Dupin.

de plusieurs de nos souscripteurs; s’il nous a été impossible de les publier textuellement tous, nous en avons du moins profité. L’appel que nous avons fait aux lumières et même à la collaboration de tous les royalistes, nous le renouvelons avec sincérité. Nous ne nous permettrons de leur faire qu’une recommandation , celle de se conformer aux doctrines du Conservateur , et de ne lui adresser que des articles caractérisés et qui rentrent dans les progrès du ministère , des chambres et des tribunaux , ou dans les nouvelles royalistes , ecclésiastiques et libérales.

Le Conservateur , nous osons le dire, ne se montrera pas indigne de la confiance de ses nouveaux abonnés.

A aucune autre époque de la restauration les royalistes n’ont eu plus besoin de fraternité , d’abnégation , de charité réciproques, d’union enfin. Nous combattons plus que jamais pour nos autels et pour nos foyers.

Page 1