‹ Le Conservateur littéraire. Edition critique publiéeChapitre 23 sur 115 · INTRODUCTION. XXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXVII

Mais, à cet égard, révénement le plus considérable, le plus riche de conséquences surtout, est l'entrée en scène d'A. Soumet. Parmi lesprotecteurs toulousains de Victor, celui-ci est un personnage d'importance : bientôt, il sera un demi-Dieu. En août 1820, le Conservateur littéraire qui avait déjà rendu hommage à son talent* annonce comme un événement solennel son arrivée à Paris : « M. A. Soumet, de l'Académie des Jeux Floraux, vient d'arriver à Paris. Cet enfant d'Isaure, qui occupe un rang si distingué parmi nos jeunes poètes, rapporte dans la capitale des ouvrages longtemps médités dans la patrie des troubadours. On sait qu'il travaille à une épopée sur Jeanne d'Arc et que l'une de ses tragédies {Cléopâtre) est reçue au Théâtre-Français. Comme M. de Lamartine, il est l'auteur d'un Oreste et d'un Saiil... »

Déjà en relations avec le père d'Emile et Antoni Deschamps, Soumet prit rang aussitôt parmi les intimes réu-

cier, qui commence en juillet une série d'adaptations et de traductions en prose.

I. Dans le t. I, 7* livraison, Abel Hugo avertit Lebrun des Charmettes, auteur d'une Orléanide, qu'il « trouvera une concurrence redoutable dans le talent de M. Soumet, jeune poète qui, au milieu de nos discordes politiques, semble s'être réfugié dans le temple de la fondatrice des arts, pour y célébrer plus à loisir la libératrice de la patrie ». — Déjà, en 1808, lors d'un premier voyage à Paris, Soumet avait fait grande impression. Dans une lettre de la comtesse d'Hautpoul (20 février iSoS) : « J"ai vu quelquefois chez moi et chez M"* de Latour d'Auvergne un jeune homme de Castelnaudary, nommé Alexandre Soumet, qui a bien le germe du talent et qui m'a lu de fort bons vers qui m'ont causé un vrai plaisir, et un dithyrambe plein de verve et d'élégance. Je trouve à ses vers toute la chaleur de ses ving-t ans et non pas le désordre de cet âge. S'il suit de bons modèles et si ses talents ne l'enivrent pas et qu'on ne le gât2 p&s avant qu'il soitmùr, je pense qu'il ira fort loin dans la carrière littéraire. Peu d'hommes de vingt ans auraient fait ses vers. » (Inédit.)

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nis autour de l'aimable vieillard, — petit cénacle dont bien des poètes garderont un souvenir ému *. On peut supposer avec assez de vraisemblance qu'il servit d'intermédiaire entre ces jeunes écrivains et les frères Hugo. Du moins est-ce le moment précis où les deux groupes se rapprochent. Victor va trouver là les éléments de sa future armée : ceux qui le suivront à la Muse française , — et certains aussi, comme Latouche, qui se dégageront assez rudement.

Dans une lettre à J. de Rességuier, Soumet fait connaître ses impressions des premiers jours : « J'ai retrouvé ici votre souvenir; vous faites presque partie de notre cercle poétique; l'éloge de Clémence Isaure a révélé partout le troubadour et vous avez gardé pour vous plus d'une fleur de sa corbeille. J'ai entende des vers ravissants d'un jeune homme, M. de Vigny; c'est une élégie intitulée La Somnambule... Le jeune Hugo vous adresse mille expressions de sa reconnaissance; je lui ai promis de vous les faire parvenir. Cet enfant a une tête bien remarquable, une véritable étude de Lavater-. »> Le 20 décembre, à Alexandre Guiraud : « Tous nos amij te disent mille choses. Je suis allé l'autre jour passer la soirée chez l'oncle, où je les ai tous rencontrés"... »

Dès lors, l'école est virtuellement constituée et le Conservateur littéraire devient son premier organe officiel. Là est l'intérêt du tome IIL Victor et Abel Hugo y conservent leur situation éminente; leur contribution est plus importante que jamais; mais de précieux concours

1. Lui-même fera dans le Conszrvatcnr (t. III, 28* livraison) l'éloge du père Deschamps : « Restée jeune à quatrevingts ans, son âme, comme trempée au feu des Muses, semble puiser une vie nouvelle dans l'admiration que lui inspirent les chefs-d'œuvre de la poésie antique et moderne... »

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