‹ Le Conservateur littéraire. Edition critique publiéeChapitre 75 sur 115 · LE MARQUIS DE POMENARS · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE POMENARS

Comédie en un acte et en prose.

Aujourd'hui, si l'on n'est plus assez dupe pour lire les écrivains du siècle de Louis XIV, du moins lit-on les journaux. Aussi, grâces aux gazettes, nous pouvons espérer que tout le monde connaît 5 le passage des lettres de iVl"" de Sévigné, sur lequel est fondée la comédie nouvelle. Nous n'analyserons donc pas cette pièce. Nous ne discuterons pas le mérite ou les défauts d'un plan qui n'est rien par lui-même; mais nous blâmerons l'auteur d'avoir

lo mis sur la scène une anecdote qui, si elle n'était voilée avec art^ aurait révolté la délicatesse du goût français et des mœurs nationales. Il faut laisser au Compère Mathieu les plaisanteries sur les malheureux morts, morte philosophorum. On rira difficile-

i5 ment d'un homme qui joue, pour ainsi dire, avec la corde de son gibet; et que cet homme soit marquis ou roturier, séducteur aimable ou scélérat débauché, ravisseur ou voleur, il n'en sera pas moins un triste personnage de comédie. D'ailleurs,

20 à qui peut-on | s'intéresser dans la pièce nouvelle? [114] Sévigné et Pomenars sont deux libertins, M"* d' Angerval est une coquette, Saint-Clair un niais, Méridec un pédant; et, en vérité, les seules émotions

3' LIVRAISON. — SPECTACLES. l5l

qu'on partage sont celles de ce pauvre Germain,

■2b qui craint de voir son maître pendu. Ne voilà-t-il pas une sensation bien théâtrale? On ne saurait trop le répéter dans ce siècle : le théâtre est l'école des mœurs. Il ne manque au Légataire, pour être un chef-d'œuvre, que d'oftrir un but moral; et, de

3o bonne foi, si la gaieté franche et vive, la verve intarissable, le dialogue vrai et naturel de Regnard ne peuvent dissiper l'impression pénible que fait éprouver le fond vicieux de sa pièce, hésitera-t-on dans le jugement que l'on doit porter sur le xMar-

35 quis de T*otnenars, dont certaines scènes agréablement écrites et quelques traits fins ou naturels ne peuvent faire pardonner le sujet défectueux et inconvenant.

Nous avons dit : nous ne prendrons pas sur nous

40 de nommer l'auteur, qui a mieux fait. Ce serait une indiscrétion et peut-être une maladresse; nous n'avons été que justes lorsqu'il aurait fallu au moins être galants; et c'est ici surtout que le lecteur serait en droit de nous dire, avec l'homme

45 universel :

Qui n'est que juste est dur.

H. [Victor Hugo.]

Les Comédiens, comédie en 5 actes et en vers, viennent d'obtenir, au second Théâtre, un succès mérité sous le rapport du style. Nous reparlerons de cette pièce, qui est de M. C. Delavigne, auteur des Vêpres siciliennes.

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