‹ Le Conservatoire national de musique et de declamationChapitre 105 sur 473 · CCLXXXIV · texte numérisé non relu

CCLXXXIV

CIRCULAIRE RELATIVE Al RECRUTEMENT DES ELEVES POl R LE PENSIONNAT.

Le Conseiller d'r.tal à vie, directeur général de l' Instruction publique, à Messieurs les Préfets des départements,

Monsieur le Préfet, vous avez connaissance du décret impérial du 3 mars 1806 qui fonde à Paris un pensionnat gratuit dans le Conservatoire impérial de musique. L'objet de cette institution est de former à l'étude spéciale de la musique vocale des jeunes gens de l'un et de l'autre sexe, indiqués au Gouvernement comme doués des plus belles dispositions pour le chant et la déclamation lyrique,

En exécution de ce décret, Son Excellence le Ministre de l'intérieur vient d'arrêter un règlement particulier, et je me hâte de vous faire connaître celles des dispositions de ce règlement qui vous intéressent le plus, pour que vous avisiez promptement aux moyens d'en assurer l'exécution.

X. Le conseiller d'État, directeur général de l'Instruction publique, adressera aux préfets des départements la série des conditions prescrites pour être admis au pensionnat du Conservatoire, avec un modèle de tableau dans lequel les préfets lui feront connaître : i°ceux des jeunes gens de leur département qni aspirent à de> places de pensionnaires; a° leur pays et la date piécise de leur naissance; 3° la nature et le degré de leurs connaissances, spécialement dans l'art musical; h" la nature de

leur voix, son étendue dans les sons aigus et dans les songraves; 5° leur taille, le degré de leurs forces physiques et tout ce qui compose leur signalement ; 0° l'état et les facultés de leurs parents.

XI. Si, d'après les renseignements fournis par les préfets au directeur général de l'Instruction publique et renvoyés par lui au directeur du Conservatoire pour avoir l'avis des inspecteurs de l'enseignement, il v a lieu de faire venir aux examens de cet

16'i ~ LE CONSERVATOIRE DE MUSIQUE, 1806.

établissement les sujets indiqués, la proposition motivée en sera soumettra cette ditliculté, avec toutes les circonstances particu-

faite au Ministre de l'intérieur par le directeur général de Pin- lier es, au conseiller d'Etat directeur général de l'Instruction

struction publique. publique, et celui-ci en fera l'objet d'un rapport au Minisire,

XII. Les Irais de voyage des candidats mandés en vertu de la qui décidera s'il y a lieu à payer extraordinairement les frais de

décision ministérielle seront supportés par les parents. Dans le voyage dudit aspirant sur les dépenses imprévues du ministère

cas où la famille d'un des aspirants serait absolument hors ou sur toute autre partie de fonds. d'étal de supporter cette dépense, le préfet du département

En vous envoyant, Monsieur le Préfet, ié modèle de tableau ci-joint, je crois nous mettre suffisamment à même de classer, selon le vœu du Ministre, les renseignements demande's par l'article 11 du règlement. J'ajouterai cependant que ces détails ne sauraient être trop exacts ni trop circonstanciés. Ce ne sont pas seulement les divers degrés d'instruction et de dispositions naturelles qu'il convient d'établir, vos notes doivent faire connaître jusqu'aux moindres nuances qui pourraient distinguer les uns des autres des aspirants d'un mérite à peu près égal.

Je vous invile donc à nommer promplemenl une commission d'artistes musiciens, composée de professeurs ou amateurs les plus distingués de votre département, à l'effet de constater, conformément aux instructions suivantes et aux questions consignées dans l'article 10 du règlement, les avantages acquis et les dispositions naturelles des aspirants, lia Commission vous fera sur cet objet un rapport détaillé qui devra être joint aux présentations (pie vous aurez à me faire dans le courant du mois prochain au plus tard.

Chaque aspirant, de quelque sexe qu'il soit, devra savoir lire et écrire, avoir l'entier usage de ses facultés physiques, une très belle voix et tout ce qui dénote ou promet une bonne organisation musicale (art. 3). Entre deux aspirants d'un mérite égal par rapport au chant, il conviendra de présenter par préférence, ou du moins en première ligne, celui qui réunira à ce mérite une bonne conformation et une représentation avantageuse (art. 3).

Les élèves hommes ne seront admis et vous aurez en conséquence soin de ne les présenter (pie depuis le terme de la mue de la voix jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans. Les élèves femmes ne seront admissibles que depuis l'âge de quatorze ans révolus jusqu'à celui de vingt.

Je vous invite à vouloir bien transmettre copie de la présente circulaire cl du tableau qui y est joint a tous les souspréfets de votre département, afin qu'ils fassent, s'il y a lieu, dans leurs arrondissements respectifs, la même convocation d'artistes et absolument le même travail que vous êtes chargé de faire vous-même, par le règlement de son Excellence, dans le chef-lieu de votre préfecture. Ce sera de la réunion de leurs rapports au vôtre que se composera votre présentation: et il est nécessaire de leur recommander, à cet égard, non seulement de la célérité, mais encore la plus parfaite uniformité de travail.

Le pensionnat dont il s'agit n'aura pas uniquement pour objet de fournir des sujets distingués à la chapelle de S. M. l'Empereur et Roi, aux théâtres de la cour el de la capitale; l'intention du Gouvernement est que tous les théâtres lyriques de l'empire participent aux avantages de cette institution. Tel est l'esprit dans lequel Son Excellence a conçu non seulement les articles réglementaires dont je viens de vous donner connaissance, mais encore son règlement général des théâtres: et je saisis cette occasion de vous informer que quatre classes de déclamation théâtrale, à la tête (lesquelles se trouvent les professeurs les plus distingués', sont maintenant attachées au Conservatoire impérial. Si quelques jeunes gens de votre département vous paraissent avoir d'heureuses dispositions et vous exprimaient , par l'organe de leurs parents, le désir de suivre l'une de ces classes, je vous inviterais à m'en donner avis. Cette circonstance est toutefois séparée de ce qui forme le principal objet de la présente circulaire; et vous voudrez bien en faire le sujet d'une correspondance à pari.

Je vous invite, Monsieur la Préfet, à m'accuser réception de cette lettre et à me mettre promptement à même de placer sous les yeux du Ministre le résultat des dispositions qu'elle renferme.

J'ai l'honneur de vous saluer . Foi rckov .

1 MM. Monvel, Dug.izon . Fleury, Dazincourt, Talma el Lafon.

LE CONSERVATOIRE DE MUSIQUE, 1808. 1f>:>

CCLXXW. DISPOSITIONS CÉXÉlUI.ES l)K L'ORGANISATION DO CONSERVATOIRE (jANVIEB I 8o8j.

Le Conservatoire esl établi pour la conservation et la reproduction de la musique <J;ms toutes ses parties, el de la déclamation dramatique et oratoire. Il comprend deux écoles spéciales. Tune de musique , l'autre de déclamation. Le Conservatoire possède une bibliothèque publique.

Ses membres se réunissent à des époques déterminées pour s'occuper de questions relatives à l'art: c'est dans ces réunions que sont formés les ouvrages élémentaires et que les rapports sur les objets renvoyés à l'examen du Conservatoire par le Ministère suit discutés. Los fonctions administratives et la surveillance générale de l'établissement sont exercées par le directeur.

Le directeur et les inspecteurs forment un Comité de direction et de surveillance de l'enseignement; outre toutes les parties de l'art musical enseignées dans l'école, il y a une classe de déclamation applicable à la scène lyrique.

Environ 3tio élèves des deux sexes, pris, autant que possible, en nombre égal dans chaque département de l'Empire, sont instruits dans cette école, leurs études sont dirigées vers ces points principaux : entretenir ia musique dans la société, former des artistes pour les armées et pour les théâtres.

Les élèves du Conservatoire paraissent dans les classes qui leur sont assignées de deux jours l'un, ils y assistent à des leçons dont la durée est de deux heures et demie, leur présence est constatée chaque jour par un appel. Les élèves qui sont inexacts à prendre leurs leçons sont repris d'après les dispositions prescrites par le règlement. Les classes des élèves des deux sexes sont séparées, il n'existe de réunion que lorsque le service l'exige, et alors ces réunions n'ont lieu qu'en présence des parents. Deux membres du Conservatoire composent un bureau de surveillance pour le maintien de la police pendant la durée des classes; il adresse chaque jour au directeur un rapport circonstancié de la présence des professeurs etdesélè\es aux divers services qu'ils ont à remplir. Il n'y a que les maladies légalement constatées qui dispensent un professeur de la tenue de sa classe, le compte de ses leçons est ouvert, et les classes qu'il manque doivent être rendues par lui. les jours non assignés au service ordinaire.

Tableau de renseignement.

Composition : Cossec, Méhul, Cherubini, 12 élèves. Harmonie : Catel, 1 répétiteur; Berlon, 1 répétiteur; 3o élèves. Chant : Garât. Richer, Gérard. 35 élèves. Chant déclamé : Guichard. i5 élèves. Préparation au chant : Roland, Butignot, Despéramons , adjoints aux professeurs; 22 élèves. Solfège : Gober t, 1 répétiteur: Widerkehr, 1 répétiteur; Veillard, 1 répétiteur; Rogat , 1 répétiteur: Méon, 1 répétiteur; Eler, 1 répétiteur; Easquel, 1 répétiteur; Adam, 1 répétiteur: i54 élèves. Piano : Boyeldieu. remplacé temporairement par Pradère, 1 répétiteur; Jadin , 1 répétiteur; 54 élèves. Violon : Baillot, remplacé temporairement par Habeneck aîné, adjoint, 1 répétiteur: Grasset. 1 répétiteur: 48 élèves. Violoncelle : Levasseur, 1 répétiteur: Baudiot, 1 répétiteur: 12 élèves. Flûte : Wunderlich. 1 répétiteur: i5 élèves. Hautbois : Sallantin, 1 répétiteur; 6 élèves. Clarinette :X. Lefèvre, 1 répétiteur: Duvernoy. 1 répétiteur: 20 élèves. Cor: Frédéric: 1 répétiteur: Domnich, 1 répétiteur; 20 élèves. Basson : Ozi, 1 répétiteur; Delcambre, 1 répétiteur: 12 élèves. En tout 33 professeurs, 5 adjoints aux professeurs et 26 élèves répétiteurs donnant 467 leçons à 33o élèves actuellement dans les classes de l'école (sur ces 33o élèves on compte 1 13 femmes).

L'institution des répétiteurs choisis parmi les élèves les plus distingués dans toutes les branches d'études a atteint le but qu'on s'était proposé, celui déformer une bonne pépinière de professeurs.

Environ 1,600 musiciens hommes et femmes ont été formés depuis douze ans dans le Conservatoire. L'Institut a couronné trois de ses élèves, et les a jugés dignes d être entretenus aux frais du Gouvernement à l'Académie impériale de France à Borne. Plus de 600 de ses élèves ont été appelés à divers services, les plus distingués sont dans la chapelle de S. M. l'Empereur, dans les principaux théâtres de Paris et dans ceux des départements; les divers corps de musique militaire dans l'armée française sont pour la plupart recrutés par des élèves du Conservatoire; enfin plusieurs d'entre eux ont trouvé des engagements avantageux dans les cours étrangères. Le Conservatoire fournit, en outre, aux villes où

Ififi LE CONSERVATOIRE DE Ml SI QI E, 1808.

le goùl (le la musique est répandu, des jeunes artistes des deux sexes qui vont \ contracter des engagements, pendant l'hiver, pour exécuter des concerts dont les résultats sont consacrés à secourir les indigents: le terme de ces engagements expiré, les élèves reviennent dans l'école continuer leurs éludes.

Pensionnat eréé par le décret impérial du 3 mars 1806.

Les vœux du Conservatoire portés aux pieds de S. M. Impériale ont été accueillis avec une extrême bonté. Depuis longtemps cet établissement sollicitait l'institution d'un pensionnat pour l'éducation des élèves spécialement drstinés à L'art du ebant. S. M. en accédant à cette demande utile a fonflé l'école française. Le décret du 3 mars 1806 a mis le Conservatoire à même d'atteindre le but le plus nécessaire de son organisation, celui de fournir des sujets dont quelques parties des théâtres sont dépourvues : il est vrai que cette disette plus marquée en hommes qu'eu femmes est le résultat de causes qu'il n'a pas été au pouvoir de l'établissement de prévenir. Entravé jusqu'à présent par le plus invincible des obstacles, la pénurie des voix, le Conservatoire par des succès, quoique difficilement obtenus, a prouvé ce qu'il pent désormais produire. Os obstacles, qui ne peuvent être encore entièrement détruits, ont été constatés par la dilliculté de recruter des voix pour le pensionnat, lorsqu'en conséquence du décret du 3 mars les préfets de l'Empire ont reçu du ministre de l'intérieur, l'initiative d'un appel aux examens préparatoires en faveur des sujets doués de moyens pour prétendre aux pensions. Dans chaque département les aspirants se présentent devant une commission d'artistes ou d'amateurs réunis par le préfet : des renseignements répondant aux questions prescrites par le Ministre donnent en résultat un procès-verbal d'examen préparatoire d'après lequel le Conservatoire propose au Ministre l'appel à l'examen définitif des sujets qui semblent réunir les meilleures qualités. Ces examens préparatoires auront lieu chaque année dans les départements; par ce mode, peu de présentations faites jusqu'à présent par les préfets ont été infructueuses, elles ont donné de bons résultats ou des espérances.

Les examens du Conservatoire s'effectuent actuellement. La discipline du pensionnai est établie par un règlement dont l'exécution observée strictement laissera aux élèves toute la liberté désirable en les assujettissant à la règle de la maison; les bases principales de cette régie seront toujours de conserver la santé et les moyens des pensionnaires en dirigeant constamment leurs études vers le but de l'institution. Le maintien de celte discipline est confié à un membre du Conservatoire, habile professeur de chant.

Sur les 18 places fondées par le décret du 3 mars, fi élèves femmes donnant de grandes espérances sont déjà nommées, U élèves hommes ont mérité la même laveur, 9 ténors, élèves externes du Conservatoire, bons musiciens, en font partie; ils sont du département de la Seine, les deux autres sont du département de POise; ils sont doués de belles voix de basse-taille, mais ils n'ont encore aucune notion de musique.

ÉCOLE DE DÉCLAMATION

L'école de déclamation, établie dans le Conservatoire par le décret impérial du 3 mars i8o6,eslespécialment destinée ii former des sujets pour la tragédie et la comédie: ses classes sont aussi ouvertes aux élèves qui se destinent au barreau. MM. Monvel, Dugazon, Dazincourt et Lafond, professeurs, MM. Talma et Eleury sont membres honoraires: ces six artistes composent avec le directeur du Conservatoire un comité chargé de la direction et de la surveillance de l'enseignement.

Il y avait déjà dans le Conservatoire une classe de déclamation applicable à la scène lyrique, elle esl tenue alternativement par les professeurs.

Chacune des classes de l'école es! ordinairement composée de 12 élèves hommes et femmes, néanmoins le 1 ombre total des étudiants peut être porté à Go. Des dispositions conservatrices règlent les débuis des ('-lèves el préviennent les abus qui pourraient tendre à faire paraître trop tôt les élèves sur la scène et conséquemment à paralyser les succès que le Gouvernement a droit d'attendre de l'organisation qu'il a ordonnée pour l'utilité des théâlres publics.

Parle décret du 22 août 1807, une classe de danse a été ajoutée au cadre de l'école. M. Despréaux y enseigne la position du corps, sa marche el ses développements suivant les divers caractères dramatiques. Les élèves des deux écoles de musique et de déclamation, arrivés au moment de préparer leurs débuta, sont admis dans celle classe.

Exercices publics.

Les élèves instruits isolément dans chaque partie sont réunis dans des éludes dVnseinlile pour dire les morceaux des grands maîtres: le résultat de ces études amène les élèves à l'exécution des exercices publics qui sont suivis avec intérél par les amateurs de bons concerls; les élèves qui s'y foui entendre avec distinction sonl sûrs de recevoir bientôt des propositions d'engagements pour les théâtres de Paris . des départements ou pour l'étranger.

On n'est admis qu'en payanl dans ces exercices, le produit qui en résulte après l'acquit des dépenses est ainsi distribué : un quart est versé dans une caisse de secours autorisée par le Minisire au profit des veines et des orphelins des professeurs, le reste est partagé en jetons de présence entre les élèves qui ont concouru à l'exécution.

L'établissement du théâtre ordonné par S. M. donnera au Conservatoire la facilité de faire à l'avenir des exercices dramatiques qui seront le résultat des études dans la tragédie, la comédie, l'opéra sérieux et l'opéra comique

Ouvrages élémentaires.

D.puis douze années le Conservatoire s'occupe avec succès de la rédaction d'un corps d'ouvrages élémentaires indispensable pour l'enseignement de l'art: ces ouvrages rédigés par les habiles professeurs de chaque genre d'après les bases arrêtées sont ensuite discutés et approuvés par la réunion des membres de l'établissement; celte collection qui s'achève est remarquable par la simplicité et la certitude des théories qu'elle renferme, l'expérience a prouvé que ses principes amenaient à une meilleure pratique el plus rapidement que les méthodes incomplètes dont on se servait autrefois. S. M. a daigné agréer l'hommage de ce produit capital du zèle et des talents des professeurs de son Conservatoire de musique. Les ouvrages déjà publiés sonl : Principes élémentaires , i", •>,", 3e, 4e, 5e livres de solfège, Traité d'harmonie, Méthodes de chant, piano, violon, violoncelle, flûle. clarinette, cor premier et second, cor mixlc. basson.

Bibliothèque.

Pour l'utilité publique el particulièrement pour celle des différentes institutions réunies dans le Conservatoire impérial une bibliothèque était nécessaire: depuis quinze ans l'établissement s'occupe de sa formation: de nombreux ouvrages, trophées de la valeur des armées françaises, y sont déposés. Un monument de celle nature n'avait jamais existé en Europe.

Cette bibliothèque est divisée en deux sections: l'une, entièrement relative à l'art musical, comprend dans un nombre d'environ g,ooo volumes beaucoup de manuscrits précieux, et des copies des meilleures productions des grands maîtres de toutes les écoles: les ouvrages élémentaires, ceux traitant de l'art font partie de celte belle collection, susceptible d'être encore considérablement augmentée.

La seconde division relative à l'art dramatique comprend environ 5, ooo volumes, tant en ouvrages de littérature qu'en poèmes tragiques, comiques et lyriques; elle renferme même des manuscrits des anciens mystères el des pièces composées dans l'enfance de l'art. Elle a besoin d'être complétée; on s'occupera de ce soin.

La richesse de la bibliothèque de l'établissement est l'un des moyens les plus efficaces pour l'instruction des élèves et leur avancement rapide; quoi de plus propre, en effet, pour atteindre ce but que de pouvoir comparer les créations des plus grands génies dans les diverses écoles, et n'est-ce pas jusqu'à l'époque de la fondation du Conservatoire, autant à l'absence de cette ressource qu'au manque d'enseignement raisonné, qu'on pourrait attribuer l'extrême retard des progrès de la nation française dans l'art musical, car, à peu d'exceptions près, pouvait-on citer son école?

Parla bienveillante protection de S. M., ce monument sera incessamment ouvert au public et servira à exciter l'émulation des artistes, en offrant à leurs méditations les modèles de leur art.

l'Aat des constructions ordonnées par le décret impérial du 3 mars 1806.

Les travaux ordonnés par S. M. s'exécutent avec activité.

Les localités destinées à loger les élèves pensionnaires ont été disposées; cette partie de l'établissement doit être incessamment terminée. Elle l'enfermera toutes les pièces nécessaires au service du pensionnat: des salles d'études indépen-

fiantes des classes du Conservatoire y sont réunies. Les distributions ont été coiçues de manière à faciliter le maintien de l'ordre et de la salubrité.

Les principales constructions de la bibliothèque sont élevées, elles vont être couvertes; ce monument sera simple, mais digne de la munificence impériale qui l'a ordonné: destiné à renfermer une collection précieuse, son principal luxe consistera dans un grand nombre de productions des plus célèbres artistes de l'Europe. L'arcbitecture et la peinture pourront contribuer à orner cette galerie spécialement consacrée à l'étude: mais la première, déjà soumise à toutes les dispositions qui doivent rendre ce lieu plus approprié à sa destination, n'aura qu'une noble simplicité et une grande pureté de style à apporter dans son décor; la seconde, dans des emblèmes ou des compositions analogues au caractère du monument, en traçant les fastes de l'art et les liant à ceux du siècle mémorable qui commence, échauffera l'enthousiasme des âmes ardentes accoutumées à l'éloquente expression des productions du génie. Ce monument, unique en Europe, élevé au sein de la nouvelle métropole du monde, doit porter l'empreinte de la grandeur du Gouvernement qui le fait ériger et attester l'insigne protection qu'il accorde aux beaux-arts.

Le complément des établissements indispensables au Conservatoire impérial est encore à faire : c'est l'arrangement de la salle ordonné par le décret du 3 mars pour l'exécution des exercices dramatiques el lyriques. Une heureuse disposition dans les localités a fait choisir l'ancien emplacement de la salle des Menus-Plaisirs pour établir celle de l'école; par ce choix, toutes les distributions dépendantes de la bibliothèque sont utilisées par le théâtre: les vestibules et escaliers seront communs à ces deux points principaux de l'établissement, destinés plus qu'aucune autre partie de l'école à réunir un public nombreux. La nécessité d'une circulation commode étant une donnée impéralive, elle s'est trouvée naturellement remplie par la réunion du bâtiment de la salle de? exercices à celui qui renferme la bibliothèque.

Influence du Conservatoire impérial profitable au commerce.

Le Ministre renvoie au Conservatoire l'examen des inventions et perfectionnements qui lui sont soumis dans la partie des instruments de musique; des commissions spéciales d'artistes ayant des connaissances positives discutent, modifient ou approuvent les améliorations. Ce mode, en éclairant le zèle des facteurs, excite leur invention et concourt à fixer dans notre industrie une branche de commerce que nous avons acquise à l'étranger.

Les efforts de nos facteurs ont été remarquables à la dernière exposition de l'industrie nationale. Jusqu'en 1789, les Anglais nous fournissaient des pianos aux prix de 3oo à 600 francs; ceux des fabriques françaises, recherchés maintenant en Europe, se vendent de 600 à A.ooo francs et plus.

L'Allemagne nous fournissait la plus grande partie des instruments à vent et à cordes; le prix des violons que l'on faisait venir du Tyrol allait jusqu'à i5o francs. Nous n'en tirons plus el les violons de Paris sont demandés au prix de 3oo et Goo francs; la fabrique de Mirecourt a aussi perfectionné son patron sans s'écarter des prix modérés.

Nos instruments à vent sont d'une supériorité qui ne permet aucune espèce de comparaison avec ceux fabriqués dans les autres parties de l'Europe, et quoique trois fois plus chers ils sont les seuls recherchés dans le commerce. Les harpes ont été perfectionnées et ont atteint le haut prix et le débit des autres instruments de Paris. Le Conservatoire a consacré l'application du cristal aux instruments à vent en approuvant et mettant en usage la flûte du sieur Laurent : cette matière a moins d'inconvénients que le bois; elle est plus sonore et a donné l'avantage capital de la fixité du ton. Le perfectionnement du mécanisme du cor est maintenant à l'examen.

Les avantages qui viennent d'être cités sont dus en grande partie aux dispositions réglementaires qui prescrivent que les instruments donnés en prix aux élèves du Conservatoire doivent être de facture française.

Des améliorations depuis longtemps désirées dans l'impression de la musique ont été obtenues par les soins du Conservatoire dans les éditions de ses ouvrages élémentaires pour lesquelles le poinçon a été substitué au burin avec succès. On ne grave point la musique dans le midi de l'Europe, notre impression est préférable à celle des peuples du Nord; ce commerce, comme celui des instruments, est donc actuellement dans nos mains.

[Mémoire pour le compte rendu du Ministre à l'Empereur sur son Département.]

CCLXXXVl. — DÉCRET CONCÉDANT AU CONSERVATOIRE LEMI'I. ICBMB.NT NÉCESSAIRE A LA CONSTRl CT10N D'UN THÉÂTRE,

Napoléon, empereur des Français, etc.

Article premier. Tout le local connu sous la dénomination de Menas-Plaisirs scia rendu au Ministre de l'intérieur. Il servira de dépôt pour les objets nécessaires à l'exécution des létes publiques et à l'exposition des produits de l'industrie. Notre Ministre de l'intérieur pourra mettre aussi à la disposition des quatre grands théâtres, lorsqu'il le jugera convenable, les ateliers pour la peinture des décorations qui y sont établis.

Art. 2. Notre Ministre de l'intérieur accordera au Conservatoire de musique, outre remplacement qu'il occupe déjà dans les Menus-Plaisirs , le local qui lui sera nécessaire pour la construction d'un tbéàtre et l'exécution des autres édifices

qni, par suite, seront jugés utiles à rétablissement

[ Arcli. nat., F" 1 io5.]

CCLXXXVII. INAUGURATION DK LA NOUVELLE SALLE DE CONCERTS, DESCRIPTION; ~j JUILLET 1 8 1 1 .

L'inauguration de la nouvelle salle des exercices avait attiré, comme tout ce qui est nouveau à Paris, une grande affluence de spectateurs. La salle était déjà remplie à 1 heure et demie; le concert annonce1 pour 9 heures précises a commencé à 3 heures un quart. En attendant l'ouverture du concert, les spectateurs louaient et critiquaient tour à tour la nouvelle salle. Le vestibule, ou salle d'entrée, obtient tous les suffrages parce qu'elle est simple, ornée des statues des Muses, et disposée à l'antique, quoique le plafond soil trop bas. A la suite de celte première salle est un bel escalier pour les premières loges.

Les escaliers latéraux qui mènent aux autres rangs de loges sont étroits. La galerie qui est sur le devant des premières loges est trop resserrée : le local a commandé l'architecte. Il y a partout des colonnes; c'est la mode depuis que M. Ledoux en a mis aux barrières de Paris. \,'orcltestre est placé dans le fond, comme les acteurs le sont au théâtre, quoique dans tous les théâtres les orchestres se trouvent dans le milieu, enlre les acteurs et les spectateurs. Le parquet est la partie la plus considérable, mais il n'a qu'une entrée, de manière qu'une fois placés les spectateurs ne peuvent plus sortir. Dans toutes les salles, il y a des portes latérales de dégagement d'entrée; mais une salle de concert était une nouveauté à Paris : il faut se soumettre à des essais. Quant à Y amphithéâtre , qui est placé au comble, dans un mauvais enfoncement, on peut dire, sans faire calembour, (pie les spectateurs, qui sont condamnés à ne rien voir, sans doute parce que. dans un concert, il ne faut qu'entendre, sont là au comble de la chaleur et du méphilisme. Point de circulation d'air; cet amphithéâtre ressemble à un four, à peu près comme le parquet avec son ouverture. Quant à la lumière, qui passe à travers d'un vitrage composé de verres dépolis et qui reflète sur des décors blancs, verdâtres et violets, elle rend le visage des spectateurs pâle et jaune, ce qui flatte 1res peu, sans doute, les dames. La lumière est placée dans le milieu de la salle, de manière que l'orchestre, pour qui la lumière est de premier besoin, n'a qu'un jour de rellet, et se trouve placé dans le lieu le plus sombre. Mais ces petits défauts peuvent être facilement corrigés après ces premiers essais des effets du son. des effets de lumière et du placement des spectateurs. Le talent connu de l'architecte est un sûr garant que la salle sera perfectionnée.

Venons à la musique, qui est l'objet principal.. . .

[Le Courrier de l'Europe, n" i43i du 9 juillet 181 1.]

H était difficile de trouver une salle de concert moins propre à la musique que le sourd et étouffant local dans lequel les exercices des élèves avaient lieu depuis leur origine. La munificence du Gouvernement vient de pourvoir aux frais de construction d'une nouvelle salle, dont la nécessité devenait plus urgente chaque année. M. Delannoi, architecte célèbre, en a tracé le plan, dirigé les travaux, et, quoiqu'il y ait encore plusieurs inconvénient à reprochera celte nouvelle salle, on ne peut s'empêcher de convenir qu'il n'ait tiré un parti très avantageux des données difficiles du local et du peu d'étendue du terrain qu'il avait à sa disposition.

Le corps de logis destiné à recevoir la bibliothèque se trouve placé enlre deux cours. L'architecte a profilé de et ovan-

C0MSKRVATO1I1E. '-1 î

tage pour ouvrir .un péristyle sous lequel les voilures entrent à couvert: ce péristyle , qui ofl're une des meilleures et ries plus commodes distributions en ce genre, donne entrée au vestibule, au foyer commun, à la bibliothèque et à la salle des exercices. Ce vestibide est d'une riche simplicité; on y voit les statues des Muses, moulées sur les antiques que possède le Musée Napoléon. La seule Uranie en est exclue, vu qu'au Conservatoire on n'apprend p is à lire dans les astres; mais les huit autre* doctes pucelles y sont rangées symétriquement : Euterpe et Polymnie sont à la porte, et Melpomène et Thalie dans réloignemenl.

Un bel escalier à deux rampes conduit à la salle des exercices et à la galerie destinée à recevoir la bibliothèque. Il est orné d'un bas-relief d'une grande dimension, qui représente modestement Minerve distribuant des couronnes aux diverses parties d'enseignement ouvertes au Conservatoire; cette composition n'est point encore terminée: elle est de M. Lemot , membre de l'Institut, auquel on doit le magnifique fronton de la colonnade du Louvre.

Des faces latérales doivent recevoir deux grands tableaux: celui déjà exposé, dû au pinceau suave et expressif de VI. Serangeli, a été donné au Conservatoire par S. M. l'Empereur: il représenta Orphée aux enfers. Le palier du grand escalier conduit à un petit foyer sur le chemin duquel est placé le buste de l'Empereur en marbre statuaire.

Le plan de la salle est un parallélogramme, ce qui, en général, est la disposition la moins favorable pour une salle de concert; il a été reconnu de tout temps que celles d'une forme circulaire réunissaient beaucoup plus d'avantages pour les effets de l'acoustique.

Des colonnes légères supportent une voûte terminé ■ par un vitrage d'où s' échappent les rayons de lumière qui éclairent la salle. Les reflets de jour qui en proviennent sont quelquefois d'une vivacité à aveugler les spectateurs et souvent d'un effet sombre dont l'orchestre a principalement à souffrir. Ces colonnes supportent un rang de premières et secondes loges dont les tentures sont vertes, et le fond des parties d'architecture gris de lin clair, sur lequel tous les ornements se détachent en blanc mal. Les dames se plaignent extrêmement du désavantage avec lequel leur beauté se trouve comprise dans ces loges. Un joui- trop éclatant trahit aux yeux des speciateurs les petits mystères de toilette qui ont présidé à la fraîcheur de leurs attraits; un soleil brûlant darde à plomb sur elles, la chaleur de ses rayons est désagréable de plus d'une manière et le reflet de la coulem des loges achève de les désespérer en répandant sur leur visage certaine demi-teinte verdàtre tirant sur le jaune, peu propre à les embellir.

Au cintre du fond de la salle est pratiquée une espèce de boite méphitique, décorée du nom $ amphithéâtre, mais qu i n'est réellement qu'un véritable four dont l'infection et l'incommodité font cruellement acheter le plaisir d'entendre de la musique. Le Conservatoire ayant fait distribuer, soit gratis, soit pour de l'argent, beaucoup plus de billets que le parquet n'en pouvait contenir, beaucoup d'amateurs ont été réduits à se nicher dans cette espèce de colombier, dont le séjour était d'autant plus insupportabl ! (pie le concert n'a commencé qu'à 3 heures et quart.

Ce concert étant une espèce de fêle solennelle pour l'établissement. l'Administration avait eu soin de réunir et représenter dans un même cadre les artistes des divers théâtres qui ont reçu des leçons de chant au Conservatoire, dans leur adolescence. M"" Caliaull, Vuarnier. MM. Ponchard, Cœuriot et autres élèves vraiment du Conservatoire, ont disparu pour l'aire place à M"'" Rranchu. Duret, Hiinm, ainsi qu'à MM. Nourrit, Eloy, Dérivis. A. (i.

[Les Tablettes de Polymnie. \

l ne bibliothèque manquait au Couse, valoire impérial; la salle de ses exercices était insuffisante pour développer les moyens des élèves et satisfaire aux désirs des amateurs éclairés, qui ne pouvaient y être admis qu'en très petit nombre. Un décret de la munificence impériale a ordonné ces utiles constructions. La disposition des localités plaçait le corps de logis destiné à recevoir la bibliothèque entre deux cours: l'architecte a profité de cet avantage pour ouvrir un péristyle sous lequel les voilure? entrent à couvert: ce péristyle donne entrée au vestibule , ou lover, commun à la bibliothèque et à la salle des exercices: le vestibule, d'une extrême simplicité, est seulement orné par huit figures des muses, moulées sur les antiques que possède le Musée Napoléon.

Un bel escalier à deux rampes conduit à la salle et à la galerie destinée à recevoir la bibliothèque: il est orné d'un basrelief dune grande dimension, représentant Minerve distribuant des couronnes aux diverses parties d'études enseignées dans le Conservatoire. Cette composition, qui n'est point encore terminée, est de M. Lemot . . . Les faces latérales doivent recevoir deux grands tableaux; l'un, représentant Orphée aux enfers, est de M. Serangeli. Ce tableau est placé. . .

La porte de l;i Balle des exercices, pratiquée s'ir le premier | >;i l î 01- <!u grand escalier, donne entrée dans un salon qui précède la loge principale. Ce salon esl éclairé du haut; il est orné d'une décoration simple et de l>on goût; en face de la cheminée s'élève, sur un socle de marbre, le buste de S. M. l'Empereur. . •

Le plat) de la salle est un parallélogramme terminé en face du théâtre par une partie circulaire au centre de laquelle se trouve la loge principale. Des colonnes légères supportent une voûte élégamment décorée et percée d'un jour qui éclaire la salle de théâtre. Ces colonnes s'élèvent sous un soubassement comprenant les loges du rez-de-chaussée; elles supportent le rang des premières et celui des secondes loges ; un balcon règne au pourtour de la salle, au-dessus des premières loges; la hauteur d'appui de ce balcon est ornée de thyrses et de lestons de pampres, qui reçoivent alternativement des masques comiques et tragiques et des instruments de musique.

L'are doubleau de l'avant-scène, porté par quatre colonnes, est décoré de cinq compartiments, dans lesquels sont peints, au centre, Apollon , Thalie et Melpomène; Amphion , figurant la musique héroïque, et Pan . caractérisant la musique pastorale, sont placés dans les rayons latéraux.

Le ton principal des tentures est vert; les fonds de toutes les parties de l'architecture sont gris de lin clair, sur lesquels tous les ornements se détachent en blanc mal, les appuis des premières et secondes loges sont ornés de draperies vertes, avec broderies et franges violettes; la prolongation de l'appui du balcon, au-dessous des premières d'avant-scène, esl remplie par deux bas-reliefs représentant l'un Orphée, l'autre Eschyle, couronnés par deux génies.

Le manteau d' avant-scène , portant au centre les armoiries impériales, sépare la salle du théâtre, dont la décoration pour le concert répète la partie circulaire qui lui fait face.

On doit des éloges à M. Delannoy, architecte, non-seulement pour le bon goût de la décoration de celte salle, dans laquelle on reconnaît un sentiment très exact des convenances, mais aussi pour le parti heureux que cet artiste a su tirer du peu d'étendue et des données gênantes (pie présentait le local. Tous les dégagements en sont bien étudiés et l'entrée principale est l'une des meilleures dispositions de ce genre, appropriées à un lieu destiné à recevoir un public nombreux.

| Le Joui nul de Paris . 8 juillet 1 8 1 1 , p. i 3/17. |

CCLXXXVIII. HOMMAGE DBS MEMBRES Dl CONSERVATOIRE \ L'ARCHITECTE DELANNOY.

Les Commissaires membres du Conservatoire à M. Delannoy , architecte du Conservatoire.

Monsieur, voire zèle et votre bienveillante activité avaient depuis longtemps commandé la reconnaissance des membres du Conservatoire, la dernière occasion dans laquelle vous avez bien voulu prodiguer vos soins pour seconder les efforts de l'établissement dans l'exercice des arts utiles, eul mis, s'il eût été possible, le comble à la gratitude des artistes auxquels vous avez bien voulu vous réunir.

Regrettant de manquer de moyens suffisants pour vous exprimer les sentiments que, par votre dévouement au Conservatoire, vous avez inspiré à chacun de ses membres, ils vous prient de vouloir bien agréer le seul témoignage qu'ils puissent vous en offrir.

Veuillez accueillir, avec les sentiments qui doivent unir les enfants d'Apollon, l'hommage de noire médaille que nous avons l'honneur de vous faire au nom de rétablissement; elle porte l'empreinte d'un monument qui doit orner un jour celui que vos talents promettent au Conservatoire.

Le jour où les richesses de l'art musical seront offertes au public, dans un asile orné par vous, celles de l'architecture, de la peinture et de la sculpture, sera un jour de fête pour le Conservatoire: mais ce qui l'augmentera pour chacun de nous, ce sera le tribut de gloire que vous recueillerez alors pour l'érection de ce temple du père des Beaux-Arts.

Nous avons l'honneur d'être, avec les plus profonds sentiments d'estime el de considération, votre dévoué serviteur.

Domnich, (îossEC, Sarrette, Plant\de, Bailloï, Ciierurini, Mehll, Grasskt.

I Vrvh. nat., <>3 id5a.J aa.

CCLXXXIX. SI II L'ORGANISATION 1)1 CONSERVATOIRE ET SES RÉSULTATS ; l8l'J.

Le Conservatoire poursuit ses divers travaux avec une infatigable activité: il met dans leur direction, dans leur liaison entr'eux, et dans leur ensemble, cet esprit de métbode, cette rectitude de principes et cette suite d'idées qui seuls peuvent faire atteindre les grands établissements d'instruction au but d'utilité qui leur est indiqué. Ses progrès, son accroissement, les nouveaux plans d'étude qu'il embrasse, les résultats qu'il a déjà obtenus, ceux qu'on doit espérer, prouvent assez ce que peuvent la constance, l'unité de vues, et l'amour éclairé des Arts, dans un temps où toutes les idées qui peuvent concourir à la splendeur du règne, à la gloire de la nation, à l'éclat de ses solennités, à la pompe de ses spectacles, n'ont besoin que d'être indiquées, pour être améliorées, agrandies, exécutées.

On connaît assez l'origine de ce grand et bel établissement auquel rien n'est aujourd'hui comparable en Europe : une réunion d'artistes militaires, qu'un zèle patriotique avait formée, est devenue un corps qui, dès son institution, a dû l'éclat qu'A a jeté aux noms des maîtres célèbres qui allaient y diriger l'enseignement: tout était à créer, à fonder, à obtenir; tout a été conçu, accordé, établi; les premières années le Conservatoire, qui n'avait encore que de faibles moyens, a été heureusement servi par le hasard; des sujets d'une haute espérance entraient ou allaient entrer dans la carrière; le Conservatoire y guida leurs pas, et notre grande scène lyrique, alors menacée d'une prompte décadence, vit paraître à temps les Roland, les Nourrit, les Derivis et surtout l'inappréciable héritière de M"" Saint-Huberty, M°" Branchu: une autre scène s'enrichit du talent le plus précieux et le plus brillant, de M"" Duret-Saint-Aubin, qui n'a pour la beauté de l'organe et l'étonnante perfection de l'exécution aucune concurrence à redouter.

La chapelle impériale, le théâtre de la Cour, tous nos orchestres, tous les corps de musique employés au service public ont trouvé, au sortir des cours d'études, des sujets d'une telle force, que ceux-ci n'ont eu besoin, en se consacrant à l'emploi qui leur était destiné , que de dissimuler cette force même , et de ne pas porter dans une exécution secondaire la prétention d'un talent fait pour briller seul; et cependant en peuplant ainsi la capitale, la Fiance, et beaucoup de pays étrangers, de symphonistes habiles, l'orchestre du Conservatoire se maintenait en possession du titre du premier orchestre connu, pour l'ensemble, la vigueur, la bonne tradition, l'intelligence du style des maîtres, le discernement de la couleur propre à chaque morceau, qualités qui ne se peuvent acquérir que lorsque les partitions sont tenues, à l'étude générale, par des maîtres tels que les Méhul et les Cherubini.

Déjeunes compositeurs sont aussi sortis de l'Ecole du Conservatoire; ceux qui ont eu le grand prix vont, comme on sait, à Rome, chercher sur la terre classique de l'art, des inspirations heureuses, et se nourrir de l'étude des anciens modèles aux lieux mêmes qui les ont produits. L'un de ces jeunes adeptes cpii donnait les plus grandes espérances, a été enlevé par une mort précoce: depuis, aucun nouveau sujet ne s'est annoncé avec éclat : mais personne ne s'est attendu sans doute à voir sortir chaque année de l'école du Conservatoire un homme de génie; le privilège serait trop beau, il serait au-dessus même des besoins de l'art, qui. dans aucun temps et dans aucun pays, ne se serait enrichi à une mine aussi féconde.

Dans ses Essais, production si achevée, Crétry nomme les maîtres qui ont suivi la carrière deCluck, et qui ont été plus vigoureux que lui, parce que, dit-il, c'est au printemps de leur âge qu'ils ont continué ce que Gluck avait trouvé après cinquante ans d'expérience : Que viendra-t-il après eux, dit l'auteur de Sylvain? nie vois en idée un être charmant qui, doué d'un instinct mélodieux, la tête, et l'âme surtout, remplies d'idées musicales, n'osant enfreindre les règles dramatiques qui sont aujourd'hui connues de tous les musiciens, joindra au plus beau naturel une partie des richesses harmoniques de nos jeunes athlètes; je tends déjà les bras vers cet être tant désiré. ...» Si cet être nous est donné tel que Grélry l'espère et le demande, il est possible de croire que, deviné par le Conservatoire, instruit à cet école, formé à Rome, à Naples, il reviendra à Paris charmer ses maîtres et ses rivaux; mais cet être précieux, ce n'est pas au Conservatoire qu'il le faut demander, c'est à la nature; et elle en est avare.

Former des musiciens, des chanteurs, des symphonistes, était assurément une vaste et difficile attribution : on a pensé que cette attribution pouvait se lier à d'autres, et que celles-ci compléteraient sans embarras, sans opposition, avec des ressorts homogènes et des moyens analogues, le système de l'enseignement pour tout ce qui concerne et l'art musical et l'art scénique, c'est-à-dire la composition et la déclamation, le chant et l'instrument; partout ailleurs ce projet eût paru chimérique, la munificence du Gouvernement n'a pas trouvé qu'il fût difficile de le réaliser : toutes

les parties d'enseignement nécessaires ont été déterminées; les meilleurs professeurs choisis, un double pensionnai ouvert: une salle plus vaste et plus commode a été disposée pour les doubles exercices et ces exercices viennent de commencer: le public s'y est porté avec un très vif empressement

| Moniteur, i S 1 o . p, ->'.U . 373.]

CGXG. — DÉCRET SIR LV SURVEILLANCE, L'ORGANISATION, [/ADMINISTRATION. LA COMPTABILITÉ. LA POUCE ET LA DISCIPLINE 01 THEATRE FRANÇAIS; CRÉATION DE CLASSES DE DÉCLAMATION AL CONSERVATOIRE.

Au quartier impérial de Moscou, le iS octobre 1812.

NAPOLEON, Empereur des Français. Roi d'Italie. Protecteur de la Confédération du Rbin. etc.. sur le rapport de notre Ministre de l'intérieur, notre Conseil d'Etat entendu, nous avons décrété et décrétons ce qui suit :

TITRE VIII. — Des élèves di Thbatm-Fbisçais.

S 1". — Nombre, nomination, instruction et entretien des Elèves,

LWX1X. 11 y aura, à notre Conservatoire impérial, div-lmil élèves pour notre Théâtre-Français, neuf de chaque sexe.

XC. Ils seront désignés par notre Ministre de l'intérieur : ils seront âgés au moins de quinze ans.

\CI. Ils seront traités au Conservatoire comme les autres pensionnaires qui y sont admis pour le chant et la tragédie lyrique.

XCII. Ils pourront suivre les classes de musique; mais ils seront plus spécialement appliqués à Tari de la déclamation, ej suivront exactement les cours des professeurs, selon le genre auquel ils seront, destinés.

XCII l. A cet effet, indépendamment des professeurs, il y aura, pour l'art dramatique, deux répétiteurs d'un genre différent, lesquels feront répéter et travailler les élèves, chaque jour, dans les intervalles dos classes, ù des heures qui seront fixées.

XC1V. Il y aura, en outre, un professeur de grammaire, d'histoire et de mythologie appliquée à l'art dramatique, lequel enseignera spécialement les élèves destinés au Théâtre-Français.

XCV. Los élèves seront examinés tous les ans par les professeurs et le directeur du Conservatoire; et il sera rendu compte du résultat à notre Ministre de l'intérieur et au surintendant des théâtres.

CX^ I. Les élèves qui ne donneraient pas d'espérances ne continueront pas leurs cours, et ils seront remplacés.

XC\ IL Ceux qui ae seraient pas encore capables de débuter sur notre Théâtre-Français, pourront, avec la permission du surintendant, s'engager pour un temps au théâtre de l'Odcon . ou dans les troupes des départements.

XCHII. Ceux qui seront jugés capables de débuter pourront recevoir du surintendant un ordre de début, et être, selon leur-moyens, mis à l'essai au moins pondant un an, et ensuite admi-commo sociétaires, comme il est dit article 67.

8 2. — Des dépenses pour les élèves de l'art dramatique.

XC1X. La dépense pour chacun des élèves est fixée à onze cents francs; le traitement pour chacun des répétiteurs, à deux mille francs; le traitement du professeur, à trois mille francs.

C. En conséquence, notre Ministre de l'intérieur disposera . sur le fonds des dépenses imprévues de son ministère, d'une somme de vingt-six mille huit cents francs en sus de celle allouer pour notre Conservatoire impérial de musique.

CI. Nos Ministres de l'intérieur, de la police, des finances, du Trésor et le surintendant de nos spectacles, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret, qui sera inséré a» Bulletin des lois.

Signé: NAPOLÉON.

\B11ll. i(ÎQ. iW série, n" 8077.)

CCXCT. RETARDS DANS LE PAYEMENT DES TRAITEMENTS; l6 MARS 1 8 1 h .

Sarretle ait Ministre de l'intérieur.

Le trésor impérial n'ayant délivré aucun à-compte sur les traitements de décembre, non-seulement les professeurs souffrent beaucoup de ce relard, mais j'ai sous les yeux le péuible spectacle de l'état de dénument des employés cpii. n'ayant que de très faibles traitements, ont moins la possibilité de supporter de si longs délais

[ Arch. nat.. F' ta'ili.

17'i LE CONSERVATOIRE DE MUSIQUE, 1814,

CC\CII. ORDONNANCE ROTA LE RETABLISSANT LES ATTRIBUTIONS DES GENTILSHOMMES DE LA CHAMBRE; 28 MAI l8t'l.

A compter île ce jour, les premiers gentilshommes de notre chambre jouiront, ainsi qu'ils en jouissaient, des attributions et honneur de leur charge en qualité d'ordonnateurs exclusifs du Théâtre-Français, de l'Ope'ra-Comique, ainsi que de l'hôtel des Menus Plaisirs du Roi, etc.

CCXCELT. NOTE RELATIVE AU MAINTIEN DU CONSERVATOIRE DANS LES ATTRIBUTIONS

DU MINISTRE DE L'INTERIEUR; l5 JUIN 1 8 1 k .

Note pour Son Excellence.

Le Ministre a déclaré à M. de Neuville que les grands théâtres passaient dans les attributions du Ministère de la maison du Roi. Mais la question relative au Conservatoire ne parait point encore èlre décidée. Cet établissement est une véritable école spéciale qui doit être assimilée aux écoles de peinture, sculpture, architecture. Elle a rendu des services à l'ait, et elle est susceptible d'en rendre de plus grands encore.

Les membres qui la composent sont tous des artistes distingués. H ne semblerait pas devoir ètie mis en doute que le Conservatoire fut conservé. Cependant, M. de la Ferlé et d'autres personnes, anciennement attachées aux Menus, inquiètent le directeur et sèment le trouble dans les classes, et tendent à désorganiser la maison.

R est instant qu'une décision soit prise. H est à souhaiter que l'établissement soit maintenu. H pourra marcher avec une somme annuelle de 100,000 francs. H ne peut èlre enlevé au Ministère de l'intérieur, des attributions duquel il fait effectivement partie, comme école spéciale et comme établissement d'art.

Son Excellence est priée de faire connaître si son intention n'est pas de soumettre à ce sujet un rapport à Sa Majesté?

CCXCIV. SARRETTE EST INVITE \ NE TENIR COMPTE QUE DES ORDRES EMANES DU MINISTRE DE L'INTERIEUR ;

16 JUIN 181 h.

Le Ministre secrétaire d' Etat de l'intérieur à M. Sarrette, directeur du Conservatoire royal de musique.

Monsieur, je sais que des personnes tout à fait étrangères au ConseiTatoire royal de musique et de déclamation et qui n'ont aucun titre pour s'y présenter cherchent cependant à s'introduire dans cet établissement et parlent déjà même d'en modifier l'organisation.

Je ne doute pas que vous ne sachiez quelle doit être votre conduite eu cette circonstance. Je me fie à votre caractère pour remplir vos devoirs et soutenir les droits de l'établissement qui vous est confié.

Le Conservatoire a été créé, institué et organisé sur les rapports du Ministre de l'Intérieur. Tout ce qui concerne cet établissement a constamment été réglé par les Ministres de ce Département. Les fonds alloués pour son service ont toujours été compris au budget du Ministère de l'intérieur. L'établissement ressortit encore à ce Ministère, jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné.

Je n'ai pas besoin de tous inviter à prendre vos mesures en conséquence et à ne plus souffrir qu'aucun acte soit fait en ce qui concerne le Conservatoire, si ce n'est sur des ordres régulièrement notifiés par moi.

Vous me rendriez compte des injonctions qui pourraient vous être faites dans un sens contraire à celui de la présente.

Je suis. Monsieur, votre très-humble et obéissant serviteur.

L'abbé de Montesquiou.

[Arch. du Conservatoire.]

Page 1