ET DE PREMIER MAITRE DE CHANT
Paris, ce 26 février 1784.
Monseigneur ,
J'ai communiqué à M' Dauvergne, surintendant de la musique du Roi, le plan de l'établissement de l'École, et le projet où vous étiez de lui en confier la direction; il a fort approuvé le choix des différents maîtres, et m'a prié de vous faire agréer les assurances de sa respectueuse reconnaissance, et a refusé la place, en me disant que son peu de fortune
l'avait mis dans le cas de se retirer neuf mois de l'année à la campagne; et que les appointements attachés à la direction de l'Ecole ne pourraient suffire à l'augmentation de sa dépense à Paris. D'après cela, j'aurai l'honneur. Monseigneur, de vous proposer d'autres arrangements sur cette place qui en pourraient faciliter d'autres agréables à la Reine , et faire en même temps économie pour le roi.
J'ai également vu le Sr Piccini pour la place de premier maître de l'Ecole: quoique les appointements de cette place fussent les plus forts de tous, même que ceux du Directeur, il a refusé, sous le prétexte que cette place exigeait beaucoup d'assiduité, et qu'elle était conséquemment incompatible avec son travail pour l'Opéra et la Comédie italienne et que pour pouvoir s'y livrer sans distraction, il était obligé d'aller tous les ans passer au moins six mois à la campagne: j'avais bien prévu que le S' Piccini, qui par ses ouvrages peut gagner de 1 a à 1 4,ooo livres par an, indépendamment de 10 à 1 2,000 tt que lui donne M' de la Rorde pour le mener à la campagne pour l'éducation de ses enfants, ne sacrifierait pas tous ces avantages pour une place de 3,000**, mais c'est toujours bien fait de la lui avoir proposée: d'après cela, je pense, Monseigneur, qu'il faut laisser cette place en suspens, et voir ce que le Sr Langlé , qui doit être un des premiers maîtres de goût, dont la réputation est faite et qui vous a été recommandé par tout le monde, pensera; je suis d'ailleurs sûr qu'il n'accepterait pas si le S1 Grélry était à l'École.
J'ai rendez-vous demain avec M' Gojard pour terminer les acquisitions: je ferai l'impossible pour m'y rendre
Je suis avec respect, Monseigneur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
De La Fkrté.
Note marginale : M1 Dau vergue refuse la direction do l'École di> Musique. M' Piccini refuse ia place de 1er maître. M. de la Ferlé pense qu'il faul laisser cette place en suspens.
[Arch. nat., O'ôaô.]
XX. LETTRE RELATIVE AUX PRETENTIONS DE PICCINI A LA PLACE DE DIRECTEUR DE L'ECOLE.
Paris, ce ai février 1786.
Monseigneur ,
J'ai l'honneur de vous envoyer la copie de la lettre que j'ai reçue du S* Piccini , qui n'est sûrement pas de sa composition; vous y verrez que c'est la place de directeur qu'il entend, et que de plus, sous un air très-désintéressé, il demande logement pour lui et sa suitte, ce qui ne peut être : i° parce que le local ne le permettrait pas; 20 parce que cela entraînerait beaucoup de fausses dépenses de meubles et autres sans nombre; enfin si l'on donnait à Mr Piccini une place qui eut l'air de primer trop les autres maîtres , je suis convaincu que de tous les gens à talens que l'on a en vue , il n'en est aucun qui voulut accepter place sous un étranger; et c'était aussi ce qui m'avait fait proposer un surintendant de la musique du Roi, comme tenant la première place des gens à talent; comme il faut cependant une réponse au Sr Piccini qui puisse rectifier ses idées, en lui faisant sentir qu'il faut cependant de l'exactitude dans la place qu'on lui propose, j'ai imaginé de lui envoyer l'extrait du plan de l'École concernant les différents maîtres, il verra de quoi û s'agit pour la place qu'on lui destinait; je crois que vous approuverez , Monseigneur, le parti que j'ai pris, ce sera à lui à voir si l'offre qu'on lui faisait peut à ces titres lui convenir; et dans le cas de refus de sa part, je penserais qu'il ne faudrait point insister; au reste, si vous pensiez, Monseigneur, le contraire, ce que j'ai envoyé à Mr Piccini ne pourrait jamais être un obstacle.
Je suis avec respect, Monseigneur, votre très-humble et très-obéissant serviteur. De La Ferté.
Note marginale : R/. le 27 en approuvant la réponse de Mr de la Ferté à Mr Piccini, et lui mandant de s'en tenir là sans le presser davantage sur la place qu'on lui a offerte.
[Arch. nat., 0'6a6.]
XXI. LETTRE DU BARON DE BRETEUIL APPROUVANT LA REPONSE FAITE A PICCINI.
Versailles, 27 février 178/1.
J'ai reçu copie de la lettre de Piccinni et de la réponse que vous avez faite, qui est parfaitement bien; il faut en
rester là vis-à-\is de cet artiste et ne pas le presser davantage sur la place qu'on lui a offerte. Je ne regretterai point du tout qu'il ne l'accepte pas, parce que connaissant comme je le sais l'avidité" italienne, il y trouverait sans cesse de nouveaux motifs d'augmenter ses demandes. Celles qu'A fait dans ce moment sont hors de mesure, vu la quantité de logement qu'il lui faudrait pour lui et toute sa suite. H ne sera peut-être pas si difficile de remplir les vues de l'établissement en faisant choix d'un sujet habile pris dans le nombre de ceux dont la réputation est la mieux établie
[Arch. nat., O1 63A.] \XII. ANNONCE DE LA CRKVTIOft DE L'ECOLE ROYALE, PAR LA COBRESPOSDASCE LITTÉRAIRE.
Depuis la révolution opérée en France dans la musique, c'est-à-dire depuis que les Gluck, les Piccini, les Sacchini nous en ont créé une, on ne cessait de désirer un établissement semblable à ceux qui existent à Naples, à Venise, sous le nom de Conservatoires. L'on disait et l'on ne cessait de répéter que ce n'était presque rien faire encore pour l'art que de fixer en Fiance, par les traitements les plus avantageux, les plus grands maîtres dont s'honore l'Italie, et les encourager à enrichir notre scène lyrique de leurs compositions, si l'on n'établissait pas des écoles où ces maîtres pussent apprendre à de jeunes élèves à les exécuter d'après l'excellence de leur méthode et les vrais principes d'un art né, comme presque tous les autres, sous l'heureux ciel de leur pays. L'on pensait encore avec raison que le moyen le plus sûr de faire fleurir en France un art dont les jouissances presque neuves pour nous semblent l'emporter dans ce moment sur nos autres goûts, c'était de créer une chaire où les principes de cet art enchanteur fussent professés publiquement, et d établir en même temps des maîtres de composition qui apprissent l'application de ces principes aux jeunes élèves qui annonceraient d'heureuses dispositions
M. le B°° de Breleuil, qui a remplacé M. Amelot dans l'administration de l'Opéra qui lient au département de Paris, a senti qu'en encourageant et en perfectionnant les deux parties constitutives d un opéra, la musique et la poésie, la France parviendrait bientôt, par ses ouvrages lyriques, à la même supériorité que lui ont valu les chefs-d'œuvre des Corneille, des Molière, des Racine, des Voltaire. Ce ministre a fait rendre en conséquence par le Roi an arrêt qui ordonne l'établissement d'une chafre et d'une école de musique. Les élèves fixés jusqu'à présent au nombre de quinze, y seront reçus à l'âge de 1 2 ans, et instruits au moins pendant cinq ans consécutifs. Le Roi leur accorde 600 livres de traitement par année. On leur montrera le solfège, l'art du chant, l'accompagnement et la composition. Ils auront en outre des maîtres de déclamation, de danse et d'armes, pour leur donner de bonne heure l'habitude de ces grâces nobles et faciles que nos plus grands acteurs n'acquièrent ordinairement que par un long usage de la scène.
M. l'abbé Roussier, profond musicien, qui a écrit plusieurs ouvrages excellents sur les principes et les règles de l'art, aura la chaire de professeur: M. Piccini est à la tète de l'école où l'on formera les jeunes sujets. Il aura sous lui MM. Richer, Guichard et Langlé, qui ont presque soumis à l'analyse l'art de porter la voix et d'en diriger les sons de la manière la plus avantageuse à l'expression du chant et de la parole. Mole, delà Comédie française, est chargé d'y donner des leçons de déclamation.
[Correspondance littéraire de Grimm et Diderot (éd. Fume, t. XII, p. 48).]
xxi11. les professeirs demandent la construction d'une petite salle de spectacle
pour les études et exercices de l'école.
Monsieur,
Nous avons l'honneur de vous observer que nous étant transporté dans le bâtiment destiné aux écoles de musique, nous avons remarqué :
i° Que les classes du chant se trouvant trop rapprochées les unes des autres, ne pouront manquer de se nuire; 2° que celles du clavecin et de la composition se trouvant aussi enveloppées au centre de celles du chant, éprouveront beaucoup de contrariété: 3° que l'école de la déclamation devrait se faire dans ce même bâtiment, attendu que le théâtre de
l'hôtel des Menus ne sera pas tenable l'hyver autant pour les élèves que pour les maîtres et les accompagnateurs, quil en résulterait incessamment des rhumes fréquents qui nuiroient non seulement aux exercices de l'École, mais encore au service de l'Opéra ; h° que l'éloigneraent qu'il y a de ce théâtre aux écoles peut amener beaucoup d'incouvéniens en ce qu'il fournira aux élèves les moyens de s'éparpiller et se répandre de côté et d'autre; c'est ce qui résulte de notre position actuelle et ce qui fait notre tourment; 5° que ce théâtre étant dans le cas de nous être souvent enlevé pour les répétitions de la cour, tant de chant que de comédie et de danse, surtout pour celles de Fontainebleau qui durent deux mois, nous serons à tous momens repoussés les uns sur les autres, d'où il résultera les plus grands obstacles du côté de nos exercices et des progrès des élèves, que dans ce cas quelques classes seront obligées de s'interrompre pour faire place à d'autres.
En conséquence de toutes ces remarques, nous croyons, Monsieur, qu'il est de notre devoir de vous adresser nos représentations à l'effet d'obtenir l'aggraudissement de cette maison, pour qu'il puisse y être construite une petite salle de spectacle qui nous garantisse de tous les accidens dont est icy mention. Cette opération fournirait encore indépendamment d'un théâtre, quelques pièces de plus pour nos différentes classes et pareroit à tous ces inconvéniens.
Si vous tenez d'ailleurs, Monsieur, à faire donner aux écoles des concerts et des petits spectacles lyriques représentés par les élèves pour lesquels vous établirés des prix à l'effet d'exciter leur émulation, nous croyons indispensable que ces exercices et surtout leurs nombreuses répétitions, soient faites dans le bâtiment même de l'école plutôt que sur le théâtre de l'hôtel des Menus, attendu que cela sera moins publique, que toute notre jeunesse se trouvera rassemblée, que l'on sauvera par là toute division, tout dérangement et tout accident, qu'on laissera libre le théâtre actuel pour les répétitions de la Cour et que nos exercices enfin n'éprouveront aucune contrariété.
Nous osons espérer, Monsieur, que vous voudrez, etc. . .
Langlé, Gobeut. Rodolphe, de Saint-Amans, Gcichard, Pillot, Méon, de Lasuze, Rigel, Guénin, Gosskc.
[Bibl. du Conservatoire, mss. 16397.]
XXIV. NOTICE SUR LES MOYENS DE RESTEINDRE LES CHARGES DU ROI POUR L'ENTRETIEN DE L'OPERA;
PROPOSITION D'ATTRIBUER A L'ECOLE DE CHANT LE PRIVILEGE DE LA GRAVURE DE MUSIQUE (EXTRAIT).
2" Comme il vient d'être établi une nouvelle École de chant qui devenait indispensable pour le soutien de l'Opéra, en formant des sujets qui puissent remplacer à la satisfaction du public non seulement les anciens, mais même pour en avoir toujours de prêts pour ne plus se laisser faire la loi par ceux qui , se croyant absolument nécessaires, faute d'autres, forment des demandes extraordinaires et ruineuses pour l'Opéra, il serait nécessaire que le Roy voulut bien accorder à ladite École le privilège exclusif de la gravure de tous les ouvrages de musique , lequel faisant le bien des auteurs pareroit à beaucoup d'inconvénients et d'abus ainsi qu'on le démontrera dans un mémoire particulier. Ce privilège procureroit un fonds suffisant non-seulement pour monter ladite École plus en grand, mais encore pour payer la majeure partie des dépenses extraordinaires de l'Opéra , telles que les pensions qui ue seront plus alors à la charge de Sa Majesté.
[Arcli. nat., Ol6'A).]
XXV. EXTRAIT D'UNE LETTRE DU BARON DE BRETEUIL RELATIVE AU PRIVILEGE DE LA GRAVURE DE MUSIQUE