‹ Le Conservatoire national de musique et de declamationChapitre 307 sur 473 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Avaul la Révolution , les frais d'entretien de la musique en France s'élevaient à plus de 20 millions; à l'avenir, 5oo,ooo francs suffiront pour entretenir cinquante-six écoles, au nombre desquelles se trouve le Conservatoire de musique, qui doit être considéré comme un lycée musical où l'art, en se reproduisant, doit s'améliorer des fruits du génie et de l'expérience.

Autrefois l'enseignement, dans les écoles dites maîtrises, se bornait, pour la composition, à la seule étude du contrepoint; on s'abstenait de l'étude du genre dramatique; le chant vulgairement connu sous la dénomination de chant de cathédrale était le seul enseigné, et l'on sait combien, dans les églises de France, ce genre de chant était éloigné, tant par la pureté, la grâce et l'onction, de celui pratiqué par celles d'Italie. Dans

ces écoles on enseignait l'orgue et le serpent; quelques-unes admettaient l'élude du basson et du violoncelle, mais rien au delà.

L'enseignement de l'art musical élait donc incomplet sous tous les rapports, et il fallait des études particulières pour former le musicien propre au théâtre , soit compositeur, soit exécutant. Désormais cinquante-six écoles réuniront deux mille six cent cinquante élèves enseignés dans toutes les parties de la musique; si on suppose que sur ce nombre douze cents seulement soient destinés par la nature à devenir musiciens, évaluant la durée de l'éducation de cbacun à six années et opérant par termes moyens, on aura chaque année deux cents élèves formés qui serviront à entretenir l'ait dans la société, qui recruteront les corps de musique militaire, fourniront les moyens d'exécution pour les fêles nationales et alimenteront les théâtres.

On réunira donc le triple avantage: i° d'obtenir une excessive économie dans la dépense d'entretien des établissements d'instruction en ce genre; 20 de créer, avec un système complet d'enseignement, une école de chant qui, par la suite, pourra rivaliser avec celle d'Italie; 3° de nous rendre indépendants des écoles allemandes dans lesquelles, jusqu'à l'époque de la fondation du Conservatoire, on fut obligé de puiser les musiciens d'instruments à vent employés dans les régiments et les spectacles.

Dans l'état actuel de l'art musical en France, le chant est de toutes les parties celle qui réclame le plus de soins pour sa reproduction. Le mode le plus utile à employer est sans contredit celui d'avoir des examinateurs placés sur les principaux points de notre population, afin de reconnaître les voix propres au chant et les indiquer au Conservatoire qui aura les moyens de pourvoir à leur instruction.

Les professeurs des écoles de musique seront ces examinateurs permanents; ils rendront compte régulièrement des produits assez rares de la nature en ce genre; le Conservatoire les recueillera, et c'est alors qu'on pourra espérer de voir cesser cette pénurie d'organes qui , depuis si longtemps, a placé l'école française au rang inférieur.

Tels sont les motifs qui ont déterminé la proposition de l'établissement d'un pensionnat destiné à encourager l'étude du chant ; les élèves doués par la nature des qualités primitives qui constituent un chanteur et qui n'auront que ce bien , trouveront dans cet établissement les moyens de se former au Conservatoire et de subsister pendant le temps nécessaire à leur éducation.

Alors de jeunes artistes indigents seront arrachés aux petits théâtres, où ils sont obligés de sacrifier toutes les dispositions qu'ils peuvent avoir pour se procurer l'existence. Après avoir examiné la question dont il s'agit sous le rapport de l'agrandissement de l'art, il est nécessaire de l'envisager sous les rapports commerciaux ; cette considération est trop importante , dans un Etat dont le commerce et les arts sont la principale force, pour la négliger.

Autrefois, le commerce français ne retirait que très peu

d'avantages des objets relatifs à la musique; les produits de cette partie de l'industrie nationale étaient nuls pour le fisc. Des artistes étrangers venaient en France exercer la supériorité de leurs talents, ils retournaient dans leur patrie après avoir recui'illi le tribut de notre admiration; les jouissances qu'ils nous apportaient étaient toujours suivies d'une exportation de numéraire. Désormais la balance peut devenir toute à notre avantage; le Conservatoire de musique et les établissements proposés peuvent nous rendre entièrement indépendants; déjà plusieurs de nos artistes, parvenus au dernier degré de perfection , relèvent l'école française de l'état d'avilissement dans lequel elle était tombée. Que sera-ce lorsque, par suite d'un sN^lôine complet d'enseignement, nous pourrons atteindre cette extrême perfection dans toutes les parties de l'art musical; alors quelle source de richesse la musique n'apporteia-t-elle pas à la République pour tous les sacrifices faits à sa reproduction I

Quelques exemples puisés dans les opérations actuelles du commerce vont démontrer combien l'industrie est préparée à seconder les encouragements que pourrait lui donner le Gouvernement et quels avantages il en pourrait résulter.

Avant la Révolution, l'Angleterre nous fournissait des pianos; le prix ordinaire des meilleurs instruments était de 1 2 à 25 guiné es. L'Allemagne nous fournissait la plus grande partie des instruments à vent et à cordes; les cors allemands, instruments bruts , étaient payés 72 francs; on pavait les bons violons du Tyrol 120 francs; la consommation de ces instruments était considérable.

Nos pianos sont maintenant recherchés dans toute l'Europe;

leur prix est monté de 1,000 à 2,ioo francs; le prix de nos

cois, préférables par leur fini à ceux d'Allemagne, est monté

à 3oo francs; nos luthiers fabriquent des violons dont la bonté

a fait monter le prix ordinaire à 600 francs.

Les exemples cités sur ces trois sortes d'instruments s'étendent à la facture de tous les autres, et généralement la fabrication française a, dans le commerce en ce genre, la supériorité sur celle des autres nations; cette vérité est attestée par l'empressement avec lequel ses produits sont recherchés.

Si le commerce des instruments nous appartient exclusivement par l'excellence de notre facture1, celui de la musique gravée nous appartient également; nous ne tirons pas de musique du dehors et nous en exportons beaucoup-; les avantages qui

1 Un article réglementaire du Conservatoire porte que les inslru- • menls donnés comme prix aux élèves seront de facture française; cette disposition tend au perfectionnement de la fabrication, en ce que les artistes qui la dirigent ont pour but principal de procurer à leurs élèves les meilleurs instruments. De là les soins et les recherches qui nécessairement améliorent continuellement la main-d'œuvre.

a La gravure de la musique est parvenue à un degré de perfection inconnu dans les villes de l'Europe où celte partie de l'industrie est exercée. C'est principalement aux soins apportés dans la direction d'un atelier de ce genre établi dans le Conservatoire de musique que cet avantage est dû.

résultent de ces deux branches du commerce et l'impôt direct attaché à l'une d'elles1 suffiraient seuls pour entretenir les établissements d'instruclion proposés.

Depuis quelques années, le Gouvernement a établi au profit

' L'impôt du timbre établi depuis quelques années.

des pauvres une taxe sur les entrées des spectacles, bals et concerts; celte taxe pour la seule ville de Paris produit environ 5oo,ooo francs; l'art qui contribue le plus à procurer de telles ressources au Gouvernement ne peut-il espérer d'obtenir les moyens nécessaires à sa conservation , de laquelle dépendent tous les avantages que les théâtres procurent au commerce national?

DXXAIII. PROJET D-ORGANISATION GÉNÉRALE DE L'ÉCOLE ROYALE ( 1 8 l 7-1 8 1 8 ?).

Article premier. L'Ecole royale de musique , créée en 1786 par notre bien-aimé frère Louis XVI et rétablie depuis sous le nom de Conservatoire, continuera d'être chargée de l'enseignement nécessaire aux élèves qui se destinent à l'exercice de l'art dramatique ou de l'art musical.

Art. 2. Il y aura à cet effet un pensionnat établi pour le chant à l'Ecole royale. Ce pensionnat sera élabli à l'intérieur pour les élèves hommes; les élèves femmes toucheront la pension chez leurs parents, qui devront répondre d'elles. Il y aura également à l'École royale un externat pour les élèves des deux sexes.

Art. 3. Chacun des élèves sera tenu de passer un engagement pour le cours entier des études qu'il devra suivre à l'École royale et pour les deux années qui suivront conformément aux dispositions des articles 33, 34 et 35 de la présente ordonnance.

TITRE II. — De l'administration de l'Ecole royale.

Art. à. La direction de l'École royale sera confiée à un directeur nommé par le Ministre secrétaire d'État au Département de notre maison.

Art. 5. Le directeur exerce une surveillance générale sur tout l'établissement de l'école. Il préside et convoque les comités, commissions ou jurys de l'École royale. Il propose au Ministre secrétaire d'État de notre maison les admissions ou radiations d'élèves. Il prononce les radiations pour fait de police dans l'école; les suppressions de traitements ou d'allocation qui ne passent pas la durée d'un mois. Il accepte ou modifie les propositions qui lui sont faites par les comités d'enseignement sur les répertoires des exercices, le choix des élèves destinés à y concourir, la distribution des rôles ou morceaux de musique, l'époque des répétitions et exercices et généralement ce qui concerne le service de l'école.

Art. 6. Le directeur est exclusivement chargé du soin et de la garde de la bibliothèque, du soin et de la garde des archives. A cet effet, il y aura un gardien placé sous ses ordres.

Art. 7. Le directeur rend au Ministre de notre maison, par semestre et par année, un compte moral de la situation de l'établissement; il rédige ce compte de concert avec les membres du comité d'administration pris parmi les professeurs de composition. Le compte doit renfermer un aperçu sur les modifications ou améliorations apportées ou à apporter, sur le degré d'espé-

rance que donnent les trois meilleurs élèves de chaque classe et sur le parti que l'on peut en tirer.

Art. 8. Trois professeurs, dont deux de composition et un de déclamation, seront nécessairement, chacun pour leur partie, inspecteurs de l'enseignement sous la surveillance du directeur. Ils recueillent, pour préparer ce compte, les notes et rapports des autres professeurs et seront tenus d'en faire mention.

Art. 9. Deux fois par an, un mois avant la rédaction de ce compte, il y aura une assemblée générale des professeurs pour connaître la situation morale de l'établissement.

TITRE 111. — Chapitre premier. — De l'enseignement général.

Art. 10. L'enseignement de l'École royale sera confié désormais aux 33 professeurs, répartis de la manière suivante : composition, 3; harmonie, 1; accompagnement , 1; chant, h; solfège, h; déclamation, 4; langue et histoire, 1; maintien du corps, 1 ; escrime, 1 ; études des rôles, 1 ; orgue, 1 ; piano, 2 ; violon, s; violoncelle, 2; flûte, 1; hautbois, 1; clarinette, 1; basson, 1 ; cor, 1 ; et à 18 professeurs de seconde classe, savoir: chant, 5; solfège, 6; piano, 2; violon, 2 ou 3 ; violoncelle, 1 ; déclamation, 2.

Art. 11. II pourra y avoir aussi dans les classes de déclamation, de chant ou de solfège des répétiteurs pris parmi les élèves qui seront le plus près du terme de leurs études. Ces répétiteurs seront désignés par le professeur, présentés par le directeur et autorisés par le Ministre de notre maison; leurs fonctions ne pourront s'étendre au delà du temps qui leur restera à passer dans le cours des études de l'école.

Art. 12. En aucun cas, le traitement des professeurs de seconde classe ne pourra s'élever à plus des deux tiers du traitement des professeurs de première et le traitement des répétiteurs à plus du quart.

Art. 13. Les professeurs de musique vocale ou instrumentale seront nécessairement pris parmi les arlistes qui auront acquis le plus de célébrité dans l'art qu'ils exercent. Des professeurs de déclamation, deux pourront être pris parmi les acteurs, deux pourront l'être parmi les hommes de lettres qui se sont le plus spécialement occupés du théâtre.

Art. là. La durée pour chaque élève du cours entier de musique instrumentale sera de six années au moins. La durée de chaque cours de déclamation sera de même pour l'élève au moins de cinq années. Tout élève qui voudrait, avant l'expiration

PROJETS DE REORGANISATION. 1817-1818.

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