C. IDÉES JETTEES AU HAZARD SLR L'ETABLISSEMENT DE L'ECOLE [PAR MOLE
Fixer quels jours seront données les leçons au théâtre des Menus. Celles de Mole pour l'Opéra sont le niardy et le saniedy. Mole proposerait pour lui le jeudy , il prierait le papa Préviile de choisir le sien dans les quatre autres jours , savoir le lundy ou le mercredy ou le vendredy ou le dimanche. Le jour de Préville choisi, il faut en donner un des trois autres à M. Parizot ou plutôt que M. Parizot, maître de son temps, prenne un ou deux après-midy dans la semaine. Chose à fixer d'accord avec lui.
11 faudra prier M. de la Ferté d'ordonner au maître de langue française de l'Opéra de recevoir et d'enseigner les élèves de la Comédie-Française; de même au maître de danse pour faire marcher et enseigner la révérence aux élèves du Théâtre-Français; de même à l'ami Donadieu pour mettre hommes et femmes sous les armes.
M. Parizot enseignera particulièrenient les principes de la poésie française et la prosodie. M. Parizot aura la complaisance de perpétuer en l'absence des maîtres les conseils qu'ds amont donnés sur l'objet du talent.
Déffense à Boyer de laisser passer dans le salon du théâtre ni les pères , ni les mères , ni amis , ni étrangers.
Pour que les élèves ne soient pas trop souvent interrompus , le seid professeur dont ce sera le jour aura le droit de pailer aux élèves : l'autre , s'il lui plaît de s'y trouver, ne pourra faire part de ses observations que tous bas au professeur en activité ce jour-là, qui, à sa volonté, transmettra ou non la réflexion dont son camarade lui aura fait part.
Du moment où les élèves qui sont maintenant entre les mains de M. Préviile et ceux qid sont entre celles de M. Mole auront paru et auront été agréés à l'Ecole, ils cesseront d'appartenir à l'un ou à l'autre; ds seront élèves de l'Ecole, ils recevront et se soumettront également et avec reconnoissance aux conseds de l'un et de l'autre.
Il sera indiqué un jour au théâtre des Menus, en présence de Monseigneur le maréchal de Duras, de M. de la Ferté, de M. desEntelles, des sieurs Prévdle, Mole, Parizot, du sr Deshayes, du sr Donadieu, du maître de langue, pour présenter les élèves aux supérieurs , les inscrire en leur présence , recevoir des supérieurs les ordres relatifs à la police de l'Ecole, leur lire la formule de leur engagement, le leur faire signer et partir de ce jour pour mettre l'Ecole en activité. Les sivpérieurs seront supliés d'obtenir du Ministre un titre respectable qui ôte à jamais le pouvoir aux élèves •lu roy de proffiter des talens qu'ils auront reçus à son École pour les porter sur aucun théâtre public , soit forain . soit des boulevards, soit dans la banlieue, entendant Sa Majesté n'établir cette École que pour ses théâtres royaux, les villes de son séjour et la province.
11 sera libre à qui voudra de faire des élèves, mais les supérieurs s'engagent unanimement à ne point donner d'ordres de débuts pour quelque considération que ce soit , que les élèves de diverses personnes , soit comédiens françois ou autres , n'aient passé au moins douze jours de leçons à l'École en présence des sieurs Préville ou Mole et les élèves , soit de l'École, soit d'autres maîtres, n'auront point d'ordre de début ainsi que nos supérieurs veulent bien le promettre autenliquement pour l'honneur même de leur établissement que sur l'attestation des deux professeurs qu'ils sont en état de débuter.
1 Pour les précédent?, voir les Anciennes Ecole» de déclamation dramatique , par Constant Pierre. (Le Ménestrel, 6 oct. 1895, p. 3i3 et suiv., et 1 br. in-8°. Tresse et Stock, 1895 [Bibl. nat., Yf a38].)
Pour obvier aux complaisances personnelles de ckacuu des deux professeurs, il sera indispensable que l'attestation pour obtenir l'ordre de début soit signée des deux.
Les pensionnaires de la Comédie feront le premier fonds de l'Ecole et seront tenus d'y venir jusqu'à leur réception ou leur renvoi.
Les sieurs Préville et Mole s'eugageut également à donner les secours de leurs conseils aux acteurs ou actrices chanlans qui leur seront envoies par les supérieurs pour le théâtre italien en leur fournissant deux violons, une basse et un accompagnateur de forte-piano , ainsi qu'il se pratique aux leçons de chant pour l'Opéra.
Comme il est de nécessité première et indispensable qu'il y ait entre les deux professeurs rapport de talens , de vues , amitié, confraternité , union, concorde, égards, et que sans l'une de ces qualités cet établissement tomberait de luimême et deviendrait une source de désordre et de tracasseries, les supérieurs sont supliés instamment de statuer irrévocablement que dans le cas delà mort d'un d'eux, du sieur Préville ou Mole, le choix de l'adjoint à succéder appartiendra absolument au survivant, faisant observer aux supérieurs combien il serait pénible et fâcheux pour l'un d'eux qu'après avoir formé cet essentiel établissement avec union, amitié, égards et instinct uniforme de talens, le survivant fût obligé de se retirer ou fût découragé par l'adjonction forcée d'un associé dont l'humeur, les procédés et les vues de talens ue pourraient pas lui convenir. Ainsi, il est d'un intérêt essentiel au soutien même de cet établissement qu'il lui soil laissé le pouvoir de proposer aux supérieurs une ou plusieurs personnes, pour que son adjoint le seconde avec autant d'amitié , que de zèle et de reconnoissance.
Le cher papa Préville est prié de mettre sur le papier la formule de l'engagement à faire signer par les élèves; il est instruit par l'expérience, il saura mieux que moi prévoir les dangers et y remédier.
Au lieu de donner les entrées aux élèves, ce qui pouroit devenir trop nombreux, ne vaudroit-il pas mieux établir qu'il sera accordé aux professeurs des billets d'une forme absolument différente, sur quoi serait écrit en gros caractère élevé et signé Préville et Mole , dont nous ferions un objet de récompense et d'encouragement que ne distribuerons fidèlement qu'aux élèves, savoir : aux acteurs tragiques pour les jours de tragédie et aux acteurs comiques les jours de comédie?
Comme il y aura plus de sujets qu'il n'eu faut dans chaque genre probablement , nous donnerons plusieurs pièces à étudier; s'il j a, je suppose, deux grandes coquettes, on donnera à l'une celle du Misanthrope, à l'autre M"" Orgon dans Tartuffe, à une soubrette celle des Folies, à l'autre Cleanlhis, et quand l'une aura bien répété la coquette du Misanthrope et l'autre M"" Orgon , quand une soubrette aura joué celle des Folies et l'autre Cleanthis , on les fera troquer de rôle dans les mêmes pièces; bon pour l'émulation.
La première loi de l'Ecole doit être le silence de ceux qui écoutent. Celui ou celle qui rira ou parlera bas pendant qu'un sujet répète doit nécessairement l'inquiéter ou blesser son amour-propre. Je crois de toute importance de prévenir les jalousies et surtout les mauvais propos, soit aux écoles, soit au spectacle. Souvenons-nous qu'autrefois nous n'avions pas de détracteurs plus amers et plus bruians que les élèves et les acteurs de province à qui nous donnions des entrées. Au surplus, l'aménité et la grande honnêteté des maîtres entre eux pourront être d'un exemple utile à cet égard.
Ce qui me parait le plus diffiede à faire statuer d'une manière stable et permanente, c'est la défense aux élèves devenus libres à la fin de leur engagement de jouer sur aucun théâtre forain, c'est la promesse de n'accorder d'ordre de début que sur l'attestation des maîtres, c'est le droit accordé au survivant de se choisir lui-même son second, sans quoi l'Ecole ne subsistera pas après la défection de l'un de nous deux ou deviendra une pétaudière horrible.
11 faucha que les élèves soient infiniment exacts aux heures données par nous, surtout les jours où il y aura des pièces entières jouées, afin qu'il n'y manque aucun des acteurs.
Un des offices de M. Parizot doit être de donner les répliques; cependant , je croirais d'une assez bonne politique de les faire donner par les élèves hommes ou femmes , selon le personnage , ne fut-ce que pour les accoutumer à bien lire , ce qui annonce à peu près le premier instinct.
Je suppose qu'on n'aura pas toujours des pièces sues à leur faire jouer, alors il faudra leur faire répéter des scènes. Que diriez-vous alors de fixer le temps pendant lequel on en entendra un? Si on leur donne une demi-heure à chacun, ce serait cinq par matinées en supposant deux heures et demie d'école les autres écouteront et on les prendra selon l'ordre où ils seront inscrits sur le tableau des élèves.
On les inscrira de cette manière sur le tableau, vous nommerés le premier ou la première, moi le second ou la seconde; vous le ou la troisième, ainsi du reste, et par la suite, ce sera à mesure qu'ils se présenteront.
[Mss. aulofjr. Arc!), de In Comédie-Française.]