PRÉSENTATION DE LA PETITION DES MUSICIENS : DISCUSSION. ADOPTION
Le président annonce une députation du Conseil général de la commune de Paris. Tous les musiciens de la garde nationale le suivent. Baudrais, officier municipal, obtient la parole. 11 annonce à la Convention que le chef de la musique militaire va lui présenter une pétition1 que le Conseil général de la commune a approuvée et qu'il vient appuyer2. Avant qu'il parle, les musiciens exécutent, avec beaucoup d'ensemble et de talent, une marche guerrière qui excite le plus vif enthousiasme.
L'orateur des musiciens3 prend ensuite la parole. Il fait sentir l'utilité d'une maison publique d'instruction pour la
1 Voir n" CLXLX.
* *Les artistes de la musique de la garde nationale parisienne, dont la réunion et le nombre présentent un ensemble de talens unique dans l'Europe, viennent solliciter de votre amour pour tout ce qui peut contribuera la gloire delà République, l'établissement d'un Institut national de musique. L'intérêt public, lié à celui des arts, doit
vous faire sentir toute l'utilité de leur demande. C'est une justice due à leur civisme autant qu'à leur humanité. Ces artistes , depuis dix mois , ont consacré leurs soins et leurs talens à former de jeunes enfans pris parmi les citoyens les plus pauvres de la section. r [Moniteur du ■20 bruinaire-io novembre i-g3, p. aoa.]
' Sarrette. capitaine commandant la musique. ( C. P.)
musique, el il demande à la Convention de ta décréter. Il offre à la patrie un corps de jeunes musiciens qu'il a formes ei
qui donnent déjà les plus hautes espérances. On applaudit à ses vues, et il reçoit la récompense la plus douce et la plus précieuse pour un artiste, les suffrages el les applaudissements de ses concitoyens. Le président1 le félicite au nom île la Convention, sur le succès (le ses travaux
Chénier demande qu'à l'instant la Convention décrète la création d'un Institut national de musique à Paris. « Je n'ai pas besoin, dit-il. de vous rappeler les preuves de ci\isme données par les musiciens de la garde nationale, en différentes circonstances: je ne vous parlerai pas de l'effet heureux que produit la musique sur le caractère national : l'exemple des anciens prouve plus que je ne pourrais dire. Je pense (pie vous sentez toute l'utilité d'un pareil établissement. Je convertis donc en motion la demande du pétitionnaire, et je demande qu'elle soit mise aux voix sur-le-champ2.- La proposition de Chénier est décrétée.
L'orateur reprend : rt Citoyens, il est permis de parler de soi, lorsqu'on a été calomnié. Nous l'avons été par le cidevant état-major de la garde nationale pour avoir coopéré à la l'été donnée aux soldats de Chàteauvieux. surtout pour avoir eu le courage de ne jouer à la parade, même sous le régime constitutionnel de Capet, et malgré les ordres réitérés de La Fayette, que des airs patriotiques. On nous a menacés de L'Abbaye, et nous nous en sommes mocqués. Nous défions toute la République de prouver qu'aucun d'entre nous ait fait un acte incivique3". (On applaudit.)
Ici le corps de musique exécute une hymne patriotique dont les paroles sont de Chénier et la musique de Oossec: elle est fort applaudie1.
Chénier présente la rédaction de sa proposition.
Romme demande qu'on ajoute à la disposition de l'article qui charge le Comité d'instruction publique de présenter le mode d'organisation de l'Institut, celle-ci : -Le Comité examinera la question de savoir s'il seroit ou non utile d'établir de pareils instituts dans tous les départeniens de la République.»
Thuriot combat cette proposition : rll n'est point question de cela. Il existe, dit-il, à Paris, mais à Paris seulement, une réunion d'artistes dont le civisme et les talens sont connus. Ils demandent à être organisés en corps d'institut national; chacun sent l'utilité de cet établissement. Voilà la question, la seule question.»
La rédaction est adoptée en ces termes. ( Voir CLXX. )
| Journal des débals et des décrets, 11° U 16, p. a5l et suiv.]
' Latoy (P.-A.), avocat, administrateur du département, député dp la Marne. ( C P. I
- Chénier : "On sail combien jusqu'à présent la musique nationale s'est distinguée dans la Révolution; on sail quelle a été l'influence de la musique sur les patriotes, à Paris, dans les départements, aux frontières. Je demande donc qu'on décrète le principe qu'il y aura un Institut national de musique à Paris , et (pie la Convention charge le Comité d'instruction publique des moyens d'exécution.-. (On applaudit). [Moniteur, ibid.]
3 Lu des musiciens : rLes citoyens qui vous ont parlé avant moi. vous ont dit (pie la musique de la garde nationale était un établissement unique en Europe : ils ne vous ont rien exagéré. Nous vous inviterons à venir le jour de repos de la troisième décade, entendre parmi nous une exécution de musique. Vous entendrez 2 '4 solos d'instruments à vent; vous entendrez les élèves que nous avons formés depuis 10 mois. Nous défions la République de dire qu'un seul musicien ait fait un acte incivique depuis la Révolution. Nous fûmes persécutés par l'état-major de la garde nationale , parce que nous avions assisté à la fête de Chàteauvieux ; nous fumes obligés de prendre des habits de couleur pour y aller. En montant la garde au château des Tuileries, on nous demandait des airs qui satisfissent l'aristocratie royale; un jour, La Fayette, se promenant avec le ci-devant roi. nous
engagea à jouer l'air Où peut-on être mieux. Les musiciens s'\ refusèrent el jouèrent l'air Ça ira. {On applaudit.) Nous allons vous exécuter l'hymne composé par Chénier et mis en musique par le Tyrtée de la Révolution , le citoyen Gossec, qui nous accompagne." ( O/i applaudit.)
La musique exécute cet hymne, aux applaudissements des députés et des spectateurs.
Le même orateur : «Nos élèves demandent aussi à être entendus. Nos despotes, qui ne savaient pas tirer parti du génie français, allaient chercher des artistes chez les Allemands. 11 faut, sous le règne de la liberté, que ce soit parmi les Français qu'on les trouve.» (On applaudit.)
Les élèves de la musique exécutent une symphonie et l'air Ça ira! ( Les applaudissements recommencent.) [ Moniteur du 20 brumaire an 11 . p. 302.]
1 . . . Les artistes ont ensuite exécuté divers morceaux, entre autres {'Hymne à la Liberté, paroles de Chénier, musique de Gossec; les jeunes élèves qu'ils ont pris dans chaque section . pour les instruire gratuitement, ont joué à leur tour l'air chéri de la Révolution. (Applaudissements redoubles.) [Journal de la Voulu nue. 19 brumaire, n" îfio.]
COXSEHVATOIHE.
clxix. petition pour la création d'un institut national de musique, lue par sarrette
a la barre dk la convention; l8 brumaire an ii— 8 novembre 1798.
Gommi m: dk Paris.
• mrde nationale. — Conps de musique.
Le octodi 2 e de brumaire, Tan second île la République française. Le corps de musique de lu garde nationale parisienne à la Convention nationale. Représentants di Pei pu:.
Le corps de musique de la garde nationale parisienne, formé par la réunion des premiers artistes de l'Europe, dans le genre des instruments à vent, sollicite rétablissement d'un Institut national de musique, dans lequel, sous les auspices de la République, ces mêmes artistes puissent accroître et perpétuer les connaissances que l'étude leur a fait acquérir.
L'intéresl public, intimement lié à celui des arts, réclame impérativement, en leur faveur, la protection nationale.
Il doit s'annéantir enfin, cet engourdissement honteux, dans lequel ils furent plongés, par la lutte impuissante et sacrilège du despotisme contre la liberté.
Elle est victorieuse! son triomphe doit être, dans nos fastes , L'époque assurée de la Rennaissance des beaux-arts, dont elle est l'essence.
L'uu d'eux cpii. dans les combats, soutient et anime par ses accents l'énergie des deffenseurs de l'égalité, la musique, ornera ce triomphe et dans le calme bienfaisant de la paix, en célébrera le souvenir.
L'âme des Français, rendue à sa grandeur première, ne doit plus être amolie par des sons efféminés dans des salions ou dans fies temples consacrés par l'Imposture.
La divinité de la République est la liberté, sou temple est l'univers : c'est sous la voûte céleste que doit se célébrer son culte. Nos places publiques seront désormais nos salles de concert.
Le corps de musique de la garde nationale se présente sous deux aspects priucipaux d'utilité : Institut national, et exécution dans les fêtes publiques. Sous le rapport de l'instruction, le résultai obtenu depuis dix mois, dans l'essai de l'Ecole de musique, formée sous les auspices de la municipalité, indique sufisamment ce qu'un établissement de ce p-enre. développé par de plus puissants moyens, peut devenir.
C'est dans le sein de cet Institut national, (pie se formeront les artistes si nécessaires à l'exécution des fêtes nationales: placés au centre de la République, trois à quatre cents musiciens, distribués dans les fêtes qui y sont célébrées, y imprimeront le caractère et l'énergie. Ils se répandront successivement dans tous les points de la République; les départements, comme le point central, auront aussi leurs moyens d'exécution pour solemuiser les époques mémorables de notre régénération. \lors la nation formera plus facilement les corps de musique qui animent aux combats nos pbalanges républicaines.
Formé de soi-même au milieu des orages de ia Révolution et régi par les principes sacrés de la Liberté et de l'Egalité, le corps de musique de la garde nationale remplissant avec zèle ses devoirs civiques, a néanmoins su cultiver son art et se rendre digne d'obtenir de la confiance nationale, une place dans l'instruction publique.
Au nom du corps de musique de la garde nationale parisienne ' :
Gossf.c. maître de musique du corps; Sarrette, commandant.
| Renvoyé au Comité d'Instruction publique le 18 brumaire l'an 11 de la République française.]
[ Instruction publique. 18 brumaire. Remise le 1 ■>. ou i3 au carton.]
[Arcb. nat., F" 1007, 11° 1275.]
Le texte de l'adresse à ta Convention que nous avons reproduit dans D. Sarrette et les origine» du Conservatoire, p. 4o, d'après ta copie conservée aux Archives nationales (D. XXXVIII a, XXI), n'est pas entièrement conforme à celui de l'original ci-dessus; en plusieurs endroits il présente des différences assez sensibles ; C. P. 1.
' I,a copie précitée comprend cinq autres alinéas ( C. P. ).
GLXX. -■ DÉCRET INST1T1 LNT L'INSTITUT NATIONAL DIS MUSIQUE; lH BRUMAIRE \N II-rV NOVEMBRE 1 /Q-L
La Convention nationale décrète :
Article 1". Il sera formé dans la commune de Paris un Institut national de musique.
Art. 2. Le Comité d'Instruction publique présentera à la Convention un projet de décret sur l'organisation de cet
établissement.
[Procès-verbaux de lu Convention , t. XNW, p. 87; Collection îles loin (imp. du Louvre), t. \V1, p. 4a«,
ihiil. (imp. Baudoin), t. XXXVI, p. 161 ; un feuillet in-'i". Arch. nat., AD vin 3i ; Journal île* débat*
et îles décrets, n° ,'nt).]
CLXXI. LE CONSEIL GÉNÉRAL DE LA COMMUNE DE PARIS ACCORDE UN BONNET ROUGE AUX MUSICIENS
DE LA GARDE NATIONALE; SÉANCE DU l8 BRUMAIRE AN II— 8 NOVEMBRE 1 y Ç) 3 .
Les citoyens artistes musiciens de la force armée de Paris viennent demander que le Conseil leur donne à chacun un bonnet rouge. Un membre rappelle au Conseil le civisme soutenu des citoyens artistes, et particulièrement à la fête de CbàteauvieiiN , où ds ont manqué de perdre la vie; il appuie leur demande, et le Conseil, désirant rendre la justice au patriotisme de ces artistes, arrête qu'un bonnet rouge leur sera donné par la ville de Paris.
[Compte rendu des Nouvelle» politique», p. îaôô.]
Sur la demande des citoyens composant le corps de musique de la force armée parisienne, le Conseil général arrête qu'il leur sera donné à chacun un bonnet rouge, en témoignage du patriotisme qu'ils ont toujours montré.
[Compte rendu de la séance : Moniteur, n° 5o, du 20 brumaire an 11 (10 novembre 1793 ), p. 201.]
CLXXII. LES MUSICIENS SOLLICITENT UNE AUDIENCE DU COMITÉ D'INSTRUCTION PUBLIQUE;