EXPÉRIMENTATION PERSONNELLE
Nous avons cultivé le sperme de six individus, cmq présentant encore des signes de blennorragie chronique, le sixième ayant eu une urétrite légère.
A défaut du milieu de FERRARI, nous avons ensemencé, sur
1° un tube de gélose sanglante ;
2° un tube du milieu de LUMIÈRE et CHEVROTIER, aimablement mis à notre disposition par l'administration des. laboratoires LUMIÈRE.
30 un tube de bouillon ordinaire.
Les prélèvements ont été faits dans des flacons stériles, avec toutes les précautions nécessaires; le sperme était aussitôt : réparti dans les tubes, et mis à l’étude à 379 moins d’une heure après.
Voici les observations, très concises :
IL.-M... 28 ans. Deux blennorragies aiguës en 1914 et 1917. Orchi: épididymite à droite en septembre 1917, sans réinoculation. Nouvelle blennorragie aiguë en novémbre 1917 : orchi-épididymite gauche. En mars 1919; nouvelle infection, qui prend l'allure chronique; un traitement de 8 mois supprime l’urétrite. En novembre 1921, réapparition d’un écoulement; sans motif clairement établi.
Examen de la goutte : Nombreux polynucléaires neutrophiles, rates cellules. Diplocoques prenant le gram,
Examen du sperme : spermatozoïdes en nombre un peu faible, pas de microbes visibles.
Culture : staphylocoque, entérocoque.
II. — R..., a eu deux blennorragies aiguës en 1915 et 1917. À vu apparaître en juillet 1919 un écoulement d’aspect chronique, qui n’a jamais complètement disparu, et s’est compliqué de vésiculite et épididymite droites. Il persiste des signes de vésiculite et un écoulement clair, peu abondant.
Examen de la goutte : Nombreuses cellules urétrales. Un seul poly. dans la préparation. Aucun microbe visible.
Culture du sperme : donne du fétragène, du Gram +. diplocoque.
III — B..., 25 ans. Une blennorragie aiguë en juin 1920. Guérie en apparence en un mois. Trois semaines plus tard, épididymite gauche. Apparition d’un écoulement à type chronique en octobre 1921, le lendemain d’un coït.
Goutte urètrale : flore complexe, pas de gonocoques nets.
Sperme : spermatozoïdes en nombre normal; quelques diplocoques prenant le Gram. En culture, poussent du staphylocoque et un streptobacille (Gram — ).
IV. — D.., 28 ans. En fin 1920 contracte une urétrite subaiguë, où l’on n’a jamais trouvé de gonocoque. Un spécialiste a parlé d’ «herpès du canal». Ecoulement tari en trois mois. Actuellement, pas de goutte matinale, aucun symptôme subjectif.
Culture du sperme : staphylocoque, entérocoque.
Quelques diplocoques mal définis, prenant mal le gram, qui avaient
paru suspects à l’examen direct, n'étaient sans doute que des aspects de l’entérocoque.
V. — L.., 27 ans. Deux blennorragies l’une en 1914, l’autre en 1917. Il existe constamment un léger écoulement urètral, qui n’est pas influencé par les excès.
Examen du sperme : spermatozoïdes en nombre normal, très rares polynucléaires. Un élément microbien en tétrade.
Culture : deux petites colonies de staphylocoque sur la gélose sanglante. Le reste de la surface est vierge.
VI. — P...,26 ans. Blennorragie en 1915. Récividée spontanément en 1916, puis, après des excès en 1918. Goutte matinale.
Culture du sperme : staphylocoque et ua bacille grêle ne prenant pas le Gram.
Nous sommes vivement reconnaissant aux docteurs Box- NARD et PIÉCHAUD de nous avoir fourni aimablement les moyens de tenter ces quelques épreuves. Nous regrettons de ne pas fournir de résultats plus intéressants. Cependant, il nous semble qu’on peut en tirer parti :
Sur nos six sujets, trois au moins, ceux qui ont souffert d’épididymites ou de spermatocystite, sont très probablement des porteurs de gonocoque.Le fait que la culture du sperme a donné un résultat négatif à ce point de vue, quel que fût le milieu employé, montre bien que c’est une condition essentielle de posséder une formule analogue à celle de FERRARI.
Section II.
Examen cytologique des sécrétions.
Il est inséparable de l'examen bactériologique; nous l’étudions à part pour de simples raisons de commodité.
IL portera, selon les cas, sur ja goutte urétrale, les filaments ou le culot de centrifugation des urines, le suc prostatovésiculaire recueilli par expression ou le sperme éjaculé.
Il sera toujours bon de faire des examens à l’état frais avec colorations dites « vitales » par le rouge-neutre, ou le bleu de méthylène à 1 pour 500, selon la technique si simple du professeur SABRAZES,
Normalement, les sécrétions contiennent peu d'éléments
organisés :
Ce sont, dans les urines, les cellules usées des revêtements
épithéliaux, depuis le bassinet jusqu’à l’urètre, des sperma-
tozoïdes, de très rares leucocytes; dans le suc prostatique et dans le sperme (à part les éléments caractéristiques), des cellules du testicule, de la prostate, quelques mononucléaires et polynucléaires.
Dans les cas pathologiques, en particulier dans les infections chroniques et latentes, les sécrétions contiennent des cellules en abondance anormale; ce sont d’une part, des éléments provenant des épitheliums malades, d’autre part, des éléments du sang, traduisant la réaction de l'organisme.
Ici, comme dans les autres domaines, polynucléose est Synonyme d'infection; de nombreux travaux, en particulier ceux de JULIEN (87), l'ont confirmé. En outre, il y a en général, un rapport direct entre Pabondance des microphages et l’activité de l’infection.
19 Quand une urétrite a pris depuis peu un caractère chronique, les polynucléaires neutrophiles sont très nombreux dans l’écoulement, on rencontre aussi quelques éosimophiles. En revanche, il y a peu de cellules desquamées, cellules urétrales cylindriques et fusiformes, cellules du col vésical en raquette, parfois bifurquées.
Si le catarrhe est ancien, les éosinophiles disparaissent complètement, les neutrophiles diminuent ; on rencontre de nombreuses cellules urétrales superficielles ou profondes, celles-ci ovalaires faciles à confondre avec des mononucléaires (pyocytes) (Lesteur et Favre 108). C’est là ce que certains appellent une formule de guérison.
29. Dans les urines, les filaments surtout sont intéressants : ils sont formés, soit de polynucléaires agminés, soit de cellules épithéliales mêlées de globules blancs, soit exclusivement de cellules ; les filaments muqueux ne nous occupent
pas.
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EL a er
Les règles sont les mêmes : les globules de pus indiquent l'infection, les cellules la réparation : dans les filaments fins des vieilles urétrites, on voit des éléments pavimenteux, témoins de la transformation de l’épithélium.
Le culot urinaire contient des débris arrachés à toutes les muqueuses de l’appareil: déjà très difficiles à différencier à l’état frais, elles s’altèrent vite dans l’urme, de même les leucocytes, qui se gonflent ou se ratatinent, suivant que le milieu est ammoniacal ou acide (Lesreur et FAVRE 108).
39: Quant au liquide prostatique et au sperme pathologique, ils charrient, outre les cellules prostatiques et urétrales, du pus en quantité variable, et parfois des hématies.
Il est certain que la polynucléose est un signe d'infection ; mais-la seule modalité vraiment dangereuse, l'infection gonococcique, peut avoir disparu, et l’on risquerait d’attendre indéfiniment le départ des leucocytes, qui ont alors pour rôle de défendre contre des microbes banaux un urêtre devenu réceptif.
Plus souvent, on proclame à tort une guérison : l'absence de réaction sanguine ne prouve pas l'absence de microbes, et le gonocoque surtout vit sans bruit dans les voies génitales, attendant son heure.
En somme, la cytologie nous donne des enseignements incomplets et suspects : à plus forte raison, s’il exista des causes d’irritation, telles que les injections irritantes ou lPingestion de bière, la formule histologique et leucocytaire est sans valeur.
Ici, cependant, comme dans tous les domaines en médecine, il faut savoir. interpréter les résultats : la cytologie pourra alors servir d’aide à la clinique, de confirmation à la bactériologie, et l’on comprend que Guépin (57) ait insisté sur la séméiologie du.suc prostatique, que le docteur PINEAU (de la Caillière) ait fait sur la cytologie urétrale d’intéressantes communications à la Société de Pathologie comparée (151-152).
Devant cette société précisément, en octobre 1920, le pro-
fesseur JEAN Baur (du Val-de-Grâce) a exposé un procédé original de diagnostic par la cytologie (10).
Il dépose aseptiquement sur un point suspect de lurètre, quelques gouttes de sérum physiologique et examine les éléments qu’elles ramènent au méat après un léger massage régional.
Voici ses conclusions :
On constate sur les lames la présence :
a) De cellules épithéliales fusiformes, pas de cellules pavimenteuses, pas de globules blancs ;
L’inflammation a été légère. L’urètre est intégralement réparé. Le sujet est guéri.
b) De cellules épithéliales cylindriques et pavimenteuses :; pas de globules blancs.
L'urétrite a été plus longue, l’épithélilum est modifié, mais il n’y a pas inflammation. Guérison.
c) Quelques cellules épithéliales cylindriques ; nombreuses cellules pavimenteuses. Quelques mononucléaires ;
Transformation scléreuse de l’urètre, inflammation chronique.
d) Cellules épithéliales cylindriques, fusiformes et pavimenteuses; quelques mononucléaires; abondants polynueléaires. Sclérose urétrale, poussée aiguë, ou persistance d’un état aigu au cours d’une urétrite chronique ;
Les moindres mérites de cette méthode sont la simplicité et l’innocuité; elle pourra rendre des services dans les cas où l’on ne saurait obtenir un sérieux contrôle bactériologique. Mais elle ne suffit certainement pas à dépister les porteurs de gonocoques latents, dont l’urètre, pris isolément, peut être guéri parfaitement,
Section III.
Méthodes biologiques.
Elles utilisent la provocation de réactions spécifiques de l’organisme, et la recherche de modifications spécifiques du sérum. Ce sont, d’une part, le vaccino-diagnostic avec ses diverses modalités, d'autre part, le séro-diagnostic par agglutmation, précipitation, ou fixation du complément.
Il est remarquable que ces questions aient été très peu étudiées en France, alors qu’à l'étranger, et particulièrement aux Etats-Unis, elles ont inspiré de très nombreux travaux.
Notre étude sera brève ; nous n’avons aucun document nouveau à apporter, et nous nous garderons de discussions théoriques sur des sujets qui dépassent notre compétence.
Ils mériteraient d’être étudiés à part en détails, et le seront bientôt sans doute; c’est pourquoi nous avons tenu à publier une bibliographie importante, sinon complète, de la question, pour faciliter la tâche de ceux qui viendront après nous.
J. VACCINO-DIAGNOSTICI.
L’inoculation d’un vaccin gonococcique à un blennorragien peut déterminér des réactions de trois ordrès : a) Des réactions générales : élévation thermique, malaises. -b) Des réactions locales : douleur, rougeur, gonflement.
c) Des réactions locales : augmentation des douleurs et
exacerbation des processus au niveau du foyer de l’infection, ou réapparition des symptômes, s'ils avaient disparu.
1. Index bibliographique : nos 2, 3, 18, 20, 21, 30, 39, 46, 51, 66, 69, 75, 114’ 136, 138, 199, 165, 173, 174, 191.
HBANEE
MoDEs OPÉRATOIRES. — Le vaccin peut être inoculé :
19 Sous la peau;
20 dans les veines ;
30 dans l'épaisseur du derme.
49 à la surface de la peau scarifiée.
50 dans le cul de sac conjonctival.
10 Injection sous-culanée. — I] faut un vaccin fort ; en France celui de LE MorGnic et Sézary remplit cette condition. De plus, 1l convient, d’après FRoNHSTEIN (46), si l’on veut un résultat probant, d’injecter une dose double de la dose thérapeutique.
De pareilles injections sont capables de produire les 3 ordres de réactions; on doit leur attribuer une valeur diagnostique quand on en observe au moins 2 sur 3 (ReBEr!). L'effet est produit en quelques heures. |
Inierprélation des résulkais. Causes d’erreur.
a) Certains individus sont sujets à des poussées fébriles pour des motifs futiles; de plus, l’injection de substances protéiques, quelles qu’elles soient, et de vaccins en particulier, détermine dans tout organisme un choc qui peut se traduire par du malaise et de la fièvre.
En pratique, on ne pourra tenir compte de variations thermiques inférieures à un demi-degré,.
b) La réaction locale a une valeur très discutable, SHaT- TUCK et WHITrEMORE (73) l'ont constatée dans tous les cas gonococciques et dans presque tous les cas non gonococciques!: c’est que les vaccins acquièrent, au bout de très peu de temps, une Loxicité particulière, par autolyse des microbes, et Île gonocoque esk de ceux qui autolysent le plus fortement (cette notion peut aider à comprendre les insuccès des stock-vaccins COMMErCIaUX).
l. Revue Suisse de médecine, 9 novembre 1912, p. 76.
DU
Pr) ER
.c) La réaction focale a une réelle valeur diagnostique. Dans des cas chroniques, elle est marquée par des picotements, la réapparition de l'écoulement ou son opacification, la repullulation des gonocoques. Mais SHarruck et WEiTTEMORE — qui paraissent avoir conduit leur étude avec une rare impartialité — n’ont obtenu qu’une réaction focale nette sur 46 cas. Il ÿ aurait lieu, dans les cas chroniques, de renouveler l’injection plusieurs fois, à des intervalles assez éloignées ; l’absence de tout effet, constatée régulièrement serait une sérieuse présomption de guérison.
Dans tous les cas, il ne faut tenir compte que des réactions fortes (MULLER, 138).
2° Injection intraveineuse. — C’est une méthode allemande (HABERMANN, 66; HELLER, 69; SHLASBERG, 174). Ils n’hésitent pas à introduire directement dans la circulation des doses de leur Arthigon qui donnent de terribles réactions, avec des élévations thermiques de 20. Ce procédé nécessite un repos de deux jours au lit. Il est gênant, dangereux, et ne donne pas de résultats, probants ; il peut y avoir réaction dans des gonococcies torpides (Brucx, 20). Les médecins raisonnables ne sauraient donc utiliser pour des malades ce moyen de diagnostic qu'ils refuseraient certainement pour eux-mêmes.
39 Intra dermoréaclion. — On injecte dans l'épaisseur du derme une petite quantité d’un vaccin très actif, dilué dans du sérum physiologique. Dans les cas positifs, apparaît, après 24 heures environ, une papule rouge de 3 à 5 mm. de diamètre (avec quelquefois une auréole de 5 à 10 mm.) ; elle disparaît dans la semaine. Si le vacein n’est pas frais, il donne une réaction positive dans tous les cas, et, même s’il l’est, chez beaucoup de sujets normaux. Certains auteurs (LONDON, 114) donnent des avis favorables, mais s'appuyant sur un trop petit
nombre d'observations.
49 Culi-Réaclion. — On la pratique comme pour la tubereulose selon la technique de Von PIRQUET, avec un vaccin mi-
crobien, ou mieux un extrait glycériné. Elle a été employée,
par BrucKk, avec R£&ITER, puis IRoNS, (75). On obtient de la rougeur et de l’ædème localisé dans les cas positifs, de la rougeur seulement dans les cas douteux. On constate quelques résultats nets, mais sur des sujets atteints d’épididymite ou d'infection généralisée, et dont le diagnostic clinique s'impose (SAKAGUCHI et WATABIKI, 165). Par conséquent, ce procédé n’est d’aucun secours dans les blennorragies chroniques ou latentes.
50 Ophlalmo- réaclion. — 11 ÿ aurait chez les blennorragiens une sensibilité conjonctivale particulière aux toxines gonococciques. ZIEMANN (191)qui a essayé ce procédé, prétend avoir obtenu 23 résultats positifs sur 38 cas de blennorragie chronique, sans réaction violente. Mais n’aurait-il pas trouvé une proportion égale chez des sujets sains?
En résumé, le vaccino-diagnostic, parfois dangereux, toujours infidèle, ne saurait être recommandé ; tout au plus pourra-t-on user de l'injection sous-cutanée comme d’un moyen de faire repulluler les gonocoques, en vue d'examens microscopiques. Quant à l’ophtalmo-réaction de ZIEMANN, il serait bon que des expériences nouvelles vinssent juger de sa valeur.