ACTE PREMIER M
GEORGES
Moi?... Je ne...? En voilà une idée!...
LUCIENNE
Oh! Je le sens bien! Tiens, je m'en suis aperçue, pour la première fois, le jour de la fête de papa. Pendant le déjeuner, j'ai voulu me servir de l'eau de seltz et, selon mon habitude, j'ai arrosé la nappe. Tu avais toujours trouvé ça drôle... ça te faisait rire!... Cette fois, tu t'es fâché et tu m'as traitée de maladroite : j'ai compris !
GEORGES
Tu as compris que je ne t'aimais plus, parce que tu avais renversé de l'eau de seltz?... Tu es d'une jolie force !
LUCIENNE
Ce n'est pas vrai?
GEORGES, indifférent.
Mais non.
LUCIENNE
Tu m'aimes toujours?
GEORGES
Certainement.
LUCIENNE
Alors, pourquoi ne m'embrasses-tu pas?
GEORGES
Mais, sapristi, nous ne sommes plus des enfants! Nous avons quatre ans de ménage!... Nous ne pouvons cependant pas nous bécoter toute la journée 1...
LUCIENNE
Je ne t'en demande pas tant!
GEORGES
J'ai pour toi une affection profonde, sérieuse, tu le sais bien?
lugiekKe.
Oui, beaucoup d'amitié, mais plus d'amour!
GEORGES
Crois-moi, va, une bonne amitié, sincère, solide, dévouée... En somme, la passion n'a qu'un temps, un temps bien court...
LUCIENNE
Hélas!
GEORGES
Tandis que l'amitié, une bonne amitié, sincère, solide... Tiens!... L'amour, c'est de la brioche; l'amitié, c'est le pain, le pain savoureux et fortifiant, qui vous soutient, qui vous nourrit!...
LUCIENNE, soupirant.
C'est joliment bon aussi, la brioche. Tu n'as rien à me reprocher, dis ?
.GEORGES, à part.
Oh ! Maintenant, ça n'a plus d'importance.. I
LUCIENNE
Réponds-moi !...
GEORGES
A quoi bon ?... Tu te fâcherais I...
Je ne me fâcherai pas!
GEORGES
Tu y tiens?..
LUCIENNE
Je t'en prie t