‹ Le controleur des wagons-lits; comédie en trois actesChapitre 32 sur 112 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

GEORGES, essayant de plaisanter.

Oui, oh! Très bien!... Alors, c'est vous?... C'est

VOUS- qui...?

GODEFROID, très sec.

Il n'y a qu'un seul Godefroid à la compagnie des wagons-lits : l'un de nous deux s'attribue doDc fausse» ment une qualité, qui ne lui appartient pas.

GEORGES, toujours plaisantant.

Ga doit être moi! Je vous reconnais maintenant!.., C'est avec vous que j'ai voyagé, il y a un peu plus de trois mois, dans le rapide de Bordeaux!...

GODEFROID, très sec.

En effet!... Je me rappelle !... Vous vous êtes même montré d'une amabilité, d'un empressement, qui m'ont un peu surpris; et vous m'avez demandé force renseignements sur ma profession : je comprends maintenant, dans quel but !

GEORGES, gaiement.

Hé bien! Oui, là, je l'avoue!... J'avoue tout! (Avec empressement.) Mais asseyez-vous donc, cher monsieur, je vous en prie!... Je vous laisse debout...

GODEFROID, froidement.

Non, inutile!... Merci!

GEORGES, baissant la voix et regardant autour de lui si personne jae vient.

C'est en entendant un contrôleur vous appeler par votre nom, qui est aussi le mien, que cette idéedà

m'est venue. (Feignant une grande cordialité.) Il faut VOUS

dire cher monsieur, que je cherchais depuis quelque temps déjà un moyen... un moyen habile, qui me permit de m'absenter plusieurs jours par semaine.

GODEFROID, impatient.

Pardon, monsieur!... Mais ces détails..,

GEORGES

Sont de la plus haute importance!... Ah! Si vous m'aviez vu, cher monsieur, lorsque je rentrai dnns mon sleeping, après notre conversation!... Je sautais, je dansais de joie!... Contrôleur des wagons-lits!... Mais c'était là le moyen, le moyen rêvé!... Et vous portiez mon nom!... Quelle chance inespérée!... On pourrait aller s'informer à la compagnie : on saurait qu'il s'y trouve réellement un inspecteur, appelé Godefroid... et personne ne se douterait de la vérité 1.. Ah! Je vous dois une hère chandelle!...

GODEFROID, très froid.

Vous ne me devez, monsieur, aucune chandelle!

GEORGES

Oh! Pardon!

Vous me devrez simplement quelques jours de prison, que le Tribunal ne manquera certainement pas de...

GEORGES

Le Tribunal?

GODEFROID

Je vais, de ce pas, déposer ma plainte au Parquet.

Fausse sortie.

GEORGES

Non, voyons!... Pas de mauvaise plaisanterie! Ça n'est pas sérieux, hein?

GODEFROID

Vous le verrez bien !

Il va pour sortir, Georges lui barre la porte.

Page 1