‹ Le controleur des wagons-lits; comédie en trois actesChapitre 51 sur 112 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

GODEFROID

C'est-mon avis !... Tout à l'heure, je lui ai fait votre éloge avec un enthousiasme... très sincère, du reste; lui disant tout ce que je pense de votre beauté, de votre élégance, de votre esprit...

LUCIENNE, toute à son idée de vengeance.

Bon!...

GODEFROID

Lui affirmant que jamais femme plus exquise n'a charmé mes yeux, troublé mon cœur...

LUCIENNE

Bien!...

Et que je vous aime... et que je vous adore..

LUCIENNE

Très bien!...

GODEFROID

Ce qui est vrai, vous savez, absolument vrai 1

Il veut lui prendre la taille* LUCIENNE, le repoussant.

Voyons, du calme !...

GODEFROID, baissant la voix.

Laissez donc !... C'est pour la frime!... Il est caché là, quelque part, j'en suis sûr !...

LUCIENNE

Ah !.. . Vous croyez ?

Elle se laisse prendre.

GODEFROID

Il nous guette, il nous épie : c'est le moment de lui donner à entendre que je ne vous déplais pas trop!...

Tâchons de manœuvrer habilement et de bien jouer notre rôle !... Appuyez votre tête doucement là, sur mon épaule!... Laissez-vous aller... bien ! comme celai...

LUCIENNE, lui obéissant.

Il va être furieux !..

Tant mieux!... Dieu!... Que vous êtes jolie!... Pressez-vous bien contre moi!...

LUCIENNE

Encore ?

GODEFROID

Le plus possible!... Il faut jouer serré!... D'ailleurs, c'est pour le bon motif!... Car enfin, qu'est-ce que je fais, en ce moment?

LUCIENNE

Vous me pressez un peu fort I...

GODEFROID

Je suis en train de ramener un mari à sa petite femme., par la jalousie !...

LUCIENNE

Et vous croyez vr liment que cela suffira pour... ?

GODEFROID

J'en suis sûr!... Combien d'amateurs possèdent un objet d'art, une pièce précieuse et qui ne s'en douteraient jamais, si d'autres ne jetaient dessus des regards de convoitise!... Ah! Chère madame!... Faut-il que je vous aime vraiment, pour me prêter à un jeu pareil!... Et je suis sûr que vous ne m'en êtes même pas reconnaissante !

LUCIENNE

Si!... Oh! Si!.,

Chut!. . Ecoutez!... Ne bougez pas!... Je l'en» tends!...

LUCIENNE

Que va-t-il se passer?

GODEFROID

Je vais vous embrasser...

LUCIENNE

Non...

GODEFROID

Si!... Dans les cheveux seulement.

LUCIENNE

Est-ce bien nécessaire ?

GODEFROID

C'est indispensable!... N'oubliez pas qu'il faut le rendre jaloux, le faire souffrir !...

LUCIENNE

Oh! Oui!

GODEFROID, il plonge ses lèvres dans les cheveux de Lucienne, qu il couvre de baisers frénétiques.

Ah!... Que c'est bon!... Ah!... Que c'est boni... Lucienne... chère Lucienne!...

LUCIENNE

Mais... il ne vient pas?

GODEFROID^ continuant ses baisers.

Ça ne fait rien!... Ah!... Lucienne!...

Il 1 embrasse dans le co« LUCIENNE.

Que faites-vous?

GODEFROID

Je l'attends!... Ah! Ce qu'il va souffrir !..

LUCIENNE

Oui, mais, en attendant, vous...

GODEFROID, tout en l'embrassant.

Moi, je ne compte pas!... Ne vous occupez pas de moi!...

LUCIENNE, se dérobant.

Non, finissez, laissez-moi!... Ah!... Vous n'êtes pas gentil !

GODEFROID

Par exemple!... Moi, qui ne pense qu'à vous, à Votre bonheur !... Moi, qui donnerais ma vie pour vous!...

LUCIENNE

Oh!...

GODEFROID

Vous en doutez?... Elle en doute!... Hé bien!... Je vais vous en fournir la preuve... à l'instant, ici même!...

Quelle preuve?

GODEFROID

Quand votre mari entrera, je vous embrasserai...

LUCIENNE

Encore?

GODEFROID

Oui, mais mieux que tout à l'heure!

LUCIENNE

Ah! Non!...

GODEFH01D.

Sii... Il faut l'affoler, l'affoler d'une infernale ja-

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