‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 12 sur 889 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La famille de Jeanbon à Montauban. Enfance d'André Jeanbon. Son éducation chez les Jésuites. Ses voyages sur mer.

André Jeanbon, dit Jeanbon Saint-André, est né à Montauban de parents calvinistes. Sa famille était fixée depuis longlemps dans cette ville : en 1683, vivait à Montauban un Jeanbon qui, du reste, fut traître à sa croyance et à ses frères !. Une grand’tante de notre personnage dirigeait à Montauban une manufacture de drap en 1712 ? et y mourut en 1738, âgée de soixante-huit ans *. Son grandpère Jean, puis son père, Antoine Jeanbon, y vivaient aussi. Antoine Jeanbon eut de son mariage, célébré en 1740 avec Marie Molles ‘, deux fils et deux filles. André fut le second *. Il vint au monde le 25 février 1749.

1. Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, 1894, p. 445.

2. Ed. Forestié, Notice historique sur la fabrication des draps à Montauban, 1883, in-8, p. 61, Montauban.

3. Registre des ordonnances qui permettent l’enterrement des religionnaires en exécution de la Déclaration dax Roi d’avril 1736, du 30 mai 1737 au 23 août 1749, fol. 10 verso. Arch. de l’état civil à la mairie, Montauban.

4. Contrat de mariage d'Antoine Jeanbon facturier, avec Marie Molles, fille de Jean Molles, facturier à Montauban, fait en l’étude de Me Plancade, notaire, le 13 février 1741, après bénédiction nuptiale donnée le 14 janvier 1740 par feu M. Ducos, curé de la paroisse Saint-Jacques (Minutes Plancade, 1741-1742, fol. 91 verso. Arch. Tarn et Garonne). =

5. 1° Jean Antoine, né le. 12 avril 1747 (Registre de Saint-Jean de Villenouvelle, 1740- 1749. Arch. de l'état civil) ; 2° André ; 3° Jeanne Jeanbon, née en 1756 (elle déclarera trente-deux ans en 1788, au registre pour la déclaration des naissances, mariages et décès des non-catholiques pour servir au sénéchal de Montauban, fol, 4 verso, Arch. de l’état civil); 4° Antoinette Jeanbon (4° reg. des actes de J. Abel Derey, notaire à Montauban, fol. 451 verso, nous a été communiqué par M. Nazon, beau-père du possesseur actuel de l’étude, M. Pères. Révolution françuise, t. XVIII, p. 181), nous ignorons sa date de naissance.

1° Antoine, marié le 21 juin 1773, eut quatre enfants dont un fils, Raimond né en 1781, mort à Labastide Saint-Pierre, canton de Grisolles en 1852; son fils Antoine Emile, voyageur de commerce, marié à une demoiselle Thuet de Caussade, est mort sans enfants, et la famille Thuet possède les derniers souvenirs qu’il avait de Jeanbon Saint-André.

30 Jeanne Jeanbon, mariée en 1780 à Jean Bellue, fabricant de minot, père de Jeanne, Marthe et Jean, issus d’un premier mariage; il eut de Jeanne Jeanbon, Marie et Marie- André. Des descendants de cette famille existent encore à Paris et Castres. Marie-André Belluc suivit la fortune de Jeanbon Saint-André à Mayence; marié à Thérèse Bod-

2 ENFANCE D'ANDRÉ JEANBON

On ne peut dire que, dès l’abord, la vie fut douce à cet enfant de calvinistes. Tous les religionnaires de Montauban, qui en 1685

n’avaient pas fui le sol natal, avaient dû se résigner à faire en appa-

rence profession de catholicisme; depuis, le culte réformé restait hors la loi, et, sitôt que des manifestations extérieures en trahissaient l'existence, le gouvernement appliquait dans toute sa rigueur l’édit de 1724 ‘ et les persécutions recommençaient. En 1740, Antoine . Jeanbon et sa femme furent contraints de demander la bénédiction nuptiale au curé, dans le Montalbanais, en 1746, dragonnades pour faire cesser les prêches; en 1747, condamnation de gens mariés au . désert; de 1747 à 1750, les mesures inquisitoriales ne cessèrent pas ?. Né dans cette période de terreur, André Jeanbon, comme son frère aîné avant lui *, fut baptisé à l’église catholique “, conformément aux ordonnances royales et en dépit des objurgations de la Discipline et du Synode f. Mais les siens n’en restaient pas moins secrètement calvinistes : si on allait ouvertement à la messe, chacun, à l’heure du prêche, glissait dans sa poche un petit livre contenant la Bible et les Psaumes, et se rendait furtivement sur la route de Négrepelisse dans un endroit écarté, derrière une haie, auprès du pasteur 7; là, en plein air, on s’assemblaïl sans bruit, l’oreille au guet, lâme surexitée par l’angoisse, et la prière s’élançait d'autant plus ardente vers la divinité, qu’elle élait le seul recours de lous ces proscrits, et qu'à maintes reprises ces réunions illicites avaient été dispersées par la fusillade.

André Jeanbon, dans son enfance, assista vraisemblablement à de pareilles scènes, et vibra au vent de terreur que le moindre bruit

mann, il eut une fille, Marie-Françoise-Adèle Belluc, héritière de Jeanbon Saint-André et morte seulement en 1872, et un fils qui, resté à Mayence après la perte de cette ville par la France y devint « generalstaats-procurator » ét maria sa propre fille à M. le Dr Bœckenheimer « landgerichtsdirecktor » et l’éminent historien de Mäyence sous la domination française.

4 Antoinette Jeanbon, contrefaite, aveugle sur ses vieux jours, non mariée.

1. Déclaration du Roi du 14 mai 1724 partant de ce principe qu'il n’y a plus de protestants en France (Léon Pilatte, Edits, déclarations et arrêts concernant la religion prétendue réformée, Paris, 1885, in-8, pp. 534-550).

2. Correspondance d’Ant. Court et des pasteurs de Hollande (BR: de la Société d'hist. du protest. franç.). ;

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