Révolution française, 1. XXI, p
avec l'enthousiasme des Girondins, mais en pensant qu'elle était la seule issue pratique aux embarras intérieurs, et qu'une fois de plus - l'audace serait le moyen de salut.
Il ne fut pas seulement déçu par l'attitude du roi. Le 21 décembre, : on recut au club une adresse des Jacobins du 9 dénonçant la pétition par laquelle le directoire du département de Paris, le 5, avait invité le roi à refuser sa sanction au décret sur les réfractaires, « cette adresse semble soupconner une correspondance secrète entre tous les départements », dit le procès-verbal du club t. Ainsi les divisions qui séparaient dans la capitale l’administration départementale et la municipalité paraissaient s'étendre au reste du pays, et les corps administratifs, une des créations de la Constitution, se révoltaient contre l’Assemblée législative qui siégeait en vertu de cette même Constitution. Jeanbon, depuis le jour où ladministration du Lot avait fait échouer sa candidature démocratique, nourrissait contre elle de fortes préventions, bien qu’elle eût été renouvelée à la suite des élections à la Législative dans un sens plus révolutionnaire ; il s'était convaincu dès le mois de novembre que ces préventions étaient justifiées, et des administrations départementales il disait le 19 novembre à Lasource : « la plupart sont ou timides ou mal intentionnées, et je crois que l’Assemblée nationale peut seule les stimuler à faire leur devoir ? », il accueillit avec empressement l’occasion de porter à celle du Lot un coup droit, à son instigation le club décida qu’il serait écrit « à tous les corps administratifs du département du Lot pour les inviter à témoigner leur improbation sur la conduite du département de Paris » et le chargea de la rédaction de celte lettre *. Quand fut connu le refus de sanction du décret relalif aux réfractaires, deux adresses du corps - municipal partirent, l’une pour l’Assemblée nationale contre le Directoire du département de Paris ‘, l’autre pour le roi ÿ. La première est une paraphrase de la circulaire des Jacobins aux sociétés afliliées du 9 décembre 1791, mais elle montre avec plus de netteté que l'attitude du département de Paris peut engendrer en France le fédéralisme. La seconde dont Jeanbon était l’auteur ‘, proteste contre le veto opposé par le souverain aux décrets sur les émigrants et les réfractaires, elle
1- Reg. C. club. Voy. l’adresse rédigée par Robespierre ct adoptée aux Jacobins dans Aulard, Jacobins, t. IL, pp. 279-284, et son post-scriptum : « Nous soupçonnons une correspondance secrête entre tous les corps administratifs dont celui de Paris doit être le centre. »
2. Révolution française, t. XXI, p. 342. Cf, à la circulaire des Jacobins du 15 février 1792 (Aulard, Jacobins, t. III, p. 377).
3. 21 décembre (Reg. C. club). Nouvelle lettre du elub aux administrateurs du Lot (15 janvier 1792, Reg. C du club, {7 janvier 2° Reg. de sa corresp.).
4. Sans date précise, signée de tout le corps municipal dont Jeanbon (Dur, ne 134,
Arch. Nat.).
5. Du 4 janvier 1792, également signée cle tout le corps municipal dont Jeanbon
(F2, ILL, Lot, Arch. Nat.).
6. Lue le 3 janvier 1792 au conseil général de la commune (fol. 22 verso du 2° Reg.
de ses délibérations).
apprécie cet acte de Louis XVI en termes encore modérés : les Français, « joyeux d’avoir enfin retrouvé leur: roi », ont été étonnés de son attitude : « Sire, nous n’en doutons point, votre religion a été sur- - prise, on à abusé de la bonté naturelle de votre caractère, on a ému votre sensibilité en faveur des chefs des émigrés que la religion vous a rendus chers et l’on vous a persuadé que la voix du sang devait l'emporter sur la voix sainle du devoir »; l'adresse s’en prend plutôt aux conseillers de Louis XVI coupables, Jui dit-elle, « de travailler à vous ravir l'amour des Français »; les ennemis du bien public, à la nouvelle du veto, ont porté « l'oubli des bienséances jusqu’au point de vous compter au nombre de leurs complices... ; loin de nous, Sire.. ces. soupcons injurieux qui outragent et avilissent le trône ». Mais l'adresse ajoute : « depuis quand, Sire, vos intérêls peuvent-ils être séparés de celui de la nation à laquelle vous avez l'honneur de commander? l'opinion publique peut-elle être pour vous d'un poids assez faible qu’il vous soit permis de la contrarier ? »
Pendant un temps, les passions oscillèrent ainsi de l’irritation à l'indulgence. Vers la fin de décembre le club réclama « l’extermination lotale » des émigrés !; cependant, le 18 janvier 1792, en apprenant le passage prochain à destination de la Haute-Cour d'Orléans, des officiers du régiment de Cambrésis, accusés d’avoir voulu livrer la citadelle de Perpignan à l'Espagne ?, ?, il décidait de faire tous ses efforts pour les garantir de toute violence #, La précaution était d'autant plus nécessaire que le régiment de Cambrésis avait tenu en 1785 garnison à Montauban, et que des parents des auteurs du 10 mai se trouvaient parmi les inculpés #. La municipalité s’associa au club en lançant une proclamation d’une belle élevation ÿ, et les mesures concertées réussirent 5. Nicolas nous apprend que l'instigaleur de ce mouvement de commisération avait été Jeanbon: Saint-André 7.
Puis la colère l'emporta décidément chez les patriotes :- la lecture au club par Jeanbon des débats de l’Assemblée et des
1. Anonyme, mais interfolié à là suite d’une délibération du 31 décembre 1791 au Reg. C. du club. :
2. L'affaire du 20° régiment ci-devant Cambrésis, fut connue du club de Montauban le 15 décembre 1791 par une lettre d’un soldat de ce corps annonçant « que les officiers avaient formé le complot d'engager les soldats à canonner la ville et à passer ensuite en Espagne avec eux, que les soldats avaient refusé d’obéir à leurs chefs, qu’ils s’en étaient emparés, les avaient conduits dans les prisons de la ville et les avaient ensuite dénoncés à tous les corps RSA » (Reg. C. club).