Lettre à Lasource du 4 février
12. Le 24 mars 1792, la municipalité punit les promoteurs de la réunion de 24 heures de détention pour rassemblement non autorisé, et « considérant que la loi par une disposition précise défend expressément aux ouvriers de se coaliser pour faire augmenter forcément le prix du travail, de pareilles conventions devant être libres, et par conséquent faites de gré à gré sans qu’elles puissent présenter aucune apparence de contrainte » (4 reg. de ta municipalité). La loi invoquée est sans doute le décret des 14-15 juin 1791 « sur les assemblées d'ouvriers et artisans du même état ». Cf. Lettres patentes de 1749, édit d'août 1776, lettres patentes du 12 séptembre 1781.
Terreur. Après avoir, dans le club, travaillé à la désorganisation du régime précédent, dans la municipalité Jeanbon et ses collègues se font organisateurs du nouveau régime et, depuis que le peuple les a investis du pouvoir, leur a délégué le droit de gouverner, ils usent de l’un et de l’autre dans toute leur plénitude, veulent être obéis. N'est-ce pas là déjà le système qui sera pratiqué sous la Terreur, le despotisme exercé par les Représentants du Peuple au nom de ce peuple qui les a nommés, et sur ce peuple même, avec ses mesures parfois tyranniques ou utopiques, mais en général très pratiques et nécessitées par les circonstances? Personnellement Jeanbon fait, comme officier municipal de Montauban, l'expérience des missions pour les subsistances, du rationnement, de plusieurs des procédés qu'il appliquera en grand plus tard, et il peut constater que ces moyens sont plus efficaces pour sauver la chose publique que ceux indiqués par les lois constitutionnelles.
En résumé, à voir comment se conduisaient les pouvoirs qu'avait organisés la Constitution de 1791, comment fonctionnait le système administratif et financier qu’elle avait établi, Jeanbon perdait très vite ses illusions sur elle. Celles qui lui restaient ne devaient pas tenir devant une dernière expérience. La municipalité ambitionnait d'obtenir pour Montauban un des lycées que comportait le plan d’études de Condorcet adopté par le Comité d'Instruction Publique de l’Assemblée Législative ‘; quand, à la fin de mars, le Comité fut sur le point de décider dans quelles villes les lycées seraient établis, le corps municipal voulut régler cette question au profit de la commune et en même temps liquider toutes les affaires qu’elle avait en instances devant les différents Comités de l’Assemblée ?, il fit les frais d’un député extraordinaire à Paris. Il n’était pas seul à adopter cet expédient pour sortir des embarras créés par le système administralif en vigueur: nombre de municipalités avaient agi ou allaient agir de même. Ce fut Jeanbon Saint-André que ses collècues chargèrent de cetie mission, comme étant le patriote de Montauban qui possédait le plus de relations et s'était le mieux fait connaître à Paris. Le 29 mars 1792,
1. Voy. pour les détails un travail dans la Revue des Universités du Midi, 18e année, pp. 83-94. Marie-Jean-Antoine-Nicolas Caritat, marquis de Condorcet, né à Ribemont (Aisne), en 1743, mathématicien, philosophe, éditeur des œuvres de Voltaire, député de Paris à la Législative, élu à la Convention par quatre départements, membre du Comité de Constitution, flétrit le coup d'Etat du 31 mai. Attaqué par Chabot le 8 juillet, décrété d'accusation, il se cacha dans un grenier de la rue Servandoni où il écrivit son « Esquisse des progrès de l’esprit humain ». Arrêté à Clamart, s’empoisonna le 19 germinal an II (Dict. des Parlementaires).
2. Une délibération du Conseil général de la commune du 29 mars, charge Saint- André d’abord de l’instance à poursuivre devant le Comité d’Instruction publique, puis de sept affaires particulières à la commune, et «de tous autres objets utiles et avantageux à l'intérêt » de celle-ci (fol. 35 verso, 2° Reg. de délibér. du Conseil général).
3: Le ministre de l'Intérieur, le 2 juin, se plaindra à l'Ass. Législ., que trois cents députés extraordinaires des administrations locales, assiègent ses bureaux (Moniteur, te EXIL-2p. 555):
il prit congé du club, et, le 30, de son Consistoire ‘; au surplus, absorbé par la politique, il négligeait beaucoup depuis quelque temps ses fonctions pastorales ?. Le 3 avril *, il était à Paris et descendait à l'hôtel où logeait Lacoste-Montlausier ‘, le seul député du Lot qui ne. fût pas hostile à ses concitoyens de Montauban et à lui-même.
Outre le mandat qu'il tenait de la municipalité, Jeanbon était haché d’une foule de commissions de ses collègues et de ses amis , et le Consistoire lui avait confié une négociation relative à l’achat de l'Eglise des Carmes et au temple projeté ‘. De plus, placé au premier rang pour étudier la vie politique dans la capitale, admis aux Jacobins *, fréquentant au club et chez ses amis Sers, Lasource, Grangeneuve, ou pour ses affaires, beaucoup d'hommes politiques #, ayant droit à l’entrée dans une tribune spéciale de l’Assemblée Législative ‘, il instruisit ses compatriotes des événements d'intérêl général et des questions qui les concernaient dans une
1. Le Consistoire fait « des vœux pour la conservation et le succès de son entreprise, et espère qu'il reprendra ses fonctions à son retour.» (p. 91, Reg. n° 18).
2. Sa signature disparaît définitivement du registre des baptêmes et mariages protestants après le 16 février 1792; elle est remplacée, à partir du 25 mars 1792, par celle du pasteur Grenier. Voy. sur ses frais de voyage, Arch. commun. AA, 5.