CHAPITRE
Retour de Jeanbon à Montauban. Jeanbon:au séminaire protestant de Lausanne, sa nomination comme pasteur à Castres. — Les devoirs du ministère pastoral, comment ils’en est acquitté : premier aperçu sur ses idées et son caractère, échecs qu’il éprouve à Montauban et Bordeaux. — Première querelle avec son église, son premier congé; nouvelle querelle avec ses fidèles, son deuxième congé de 1783 à 1788. — Les Considérations, résumé de ses idées religieuses et politiques. Impressions qui nous restent de cet écrit et du ministère de Jeanbon à Castres, sur les réformés et sur lui-même. — Situation de Jeanbon à son départ de Castres : son mariage, ses biens 1.
La série de ses mécomptes découragea André Jeanbon. Il revint à Montauban, et son père ne l’entendit pas sans appréhension déclarer qu’il voulait maintenant aller à Lausanne, au séminaire protestant, pour étudier et se faire consacrer ministre de l'Évangile. Cette vocation qui poussait soudain le jeune capitaine au long cours vers la vie sacerdotale, nous nous l’expliquons par les impressions qu'André Jeanbon avait pu garder de son enfance, par le prestige qu'avaient aux yeux des réformés les pasteurs du désert, ces apôtres qui, se glissant, au prix de mille dangers, de communauté en communauté, voyaient, dès qu’ils révélaient leur présence, les fidèles s’assembler autour d’eux pour recevoir la parole de vie, leur amener les enfants à baptiser et les couples à unir. Un semblable rôle avait de quoi flatter une imagination hardie et en quête d'aventures; qu’étaient auprès les hasards obscurs de l'existence du marin! André Jeanbon n’y put tenir, il quitta secrètement la maison paternelle, n’ayant mis que sa mère dans la confidence de son départ, et laissant, en réponse aux objections de son père, une lettre où il expliquait sa détermination et ses projels ?.
Le séminaire de Lausanne avait été fondé en 1730, par Antoîne Court, pour donner des ministres aux Églises de France persécutées *. Chacune des provinces ecclésiastiques entre lesquelles se divisait la France protestante y entretenait un élève ‘. Nous ne savons
1. Que MM. Brun, professeur au collège, et Malignas, pasteur, président du Consistoire de Castres; Cadene, pasteur, président du Consistoire de Bordeaux ; Vielle, directeur du séminaire protestant de Montauban, et Armand Lods, l’érudit historien du protestantisme révolutionnaire, acceptent ici nos remerciements pour les documents qu'ils ont bien voulu nous donner.