Moniteur, t. XV, p
250 JEANBON A LA CONNENTION -NATIONA LE
—Jendemain 11 mars à quatre heures du matin par l'adoption d’une rédaction proposée par Isnard : le tribunal comptera cinq juges, un accusateur public, deux substituts nommés par la Convention ; il est pourvu d’un jury, contrairement au projet de Lindet, mais d’après un amendement de Thuriot les jurés voteront à haute voix et formu- —leront publiquement leur déclaration !.
Jeanbon est-il l’auteur de la création du tribunal extraordinaire qui bientôt s’appellera le tribunal révolutionnaire ?? Assurément, il a contribué à son établissement #. Au témoignage de La Révellière Lepaux, pieusement recueilli par Taine, Jeanbon a fait pis : dès ce jour, il escomptait lés résultats meurtriers de l'institution au-delà du chiffre de victimes possible, il lui sacrifiait à l'avance, pour établir la République en France, plus de la moitié de la population et portait cette déclaration à la tribune. Eut-il tenu réellement ce propos qu’il. ne faudrait y voir qu’un cri de fureur dans la chaleur de la discussion, commé la contradiction en arrachait à Danton, c’est sur les actes - qu'on juge les hommes et nous verrons que notre conventionnel n’a pas été plus sanguinaire que Danton ; en outre La Révellière est seul à rapporter cette parole, et la réponse qu'il dit avoir faite à Jeanbon, réponse déclamatoire, subtile et apprêtée, a bien l'air d’un mot historique forgé à loisir pour la postérité “; sur bien d’autres points d’ailleurs, on a constaté la rageuse partialité de La Révellière, et la déformation instantanée qu’à cette époque subissaient toutes choses dans son imagination terrifiée ÿ.
Mais la création du tribunal a été attribuée à d’autres qu’à Jeanbon! on en a chargé la mémoire de Cambacérès ; Danton, au jour de sa mort, se confessa de l'avoir institué et en demanda pardon à Dieu et aux hommes. En réalité, l'idée de recourir à une juridiction de ce genre subsistait depuis le tribunal du 17 août. Un Girondin, Jean de Bey, le 24 décembre, l’avait demandé dans la Convention et une ville de Bretagne, Châteaulin, le réclamait à l'heure même où il
1. Moniteur, t. XV, p.684, Procès-verbal, t. VIL, p. 240. Isnard Maximin, né à Grasse en 1751, député du Var à la Convention, membre des Cinq-Cents, mort à Grasse en 1830 (Aulard, Actes du Comilé de Salut public, t. 1, p. 63). Thuriot de la Rozière (Jacques Alexis), avocat au parlement de Paris, juge au tribunal du district de Sézanne, député de la Marne à la Législative et à la Convention, commissaire civil près le tribunal de Reims sous le Directoire, magistrat sous l'Empire, banni en 1816, mort à Liège en 1829 (Aulard, t. I, p. 61).