‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 243 sur 889 · LA GUILLOTINE A MONTAUBAN · texte numérisé non relu

LA GUILLOTINE A MONTAUBAN

Nicolas a dit avec raison qu’il lui était bien difficile d’ épargner le

chef de l’émeute du 10 mars, un homme dont la culpabilité était évi-

dente, qui déclarait avoir violé la loi en pleine connaissance de

cause ‘; en le grâciant il eûl assuré l'impunité à tous les contrerévolutionnaires de la région, avili son propre caractère et perdu toute

autorité. Au surplus, la parole odieuse qu’on prête à Jeanbon n’a rien de certain, semble un de ces mots forgés à loisir dont sera prodigue

la calomnie thermidorienne. Mais il eut pu empêcher les manifesta-

tions qui se produisirent et qui donnèrent à l'exécution de Cladel

le caracière d’un acte de représailles : c’est à Montauban que fut

guillotiné l’infortuné et il ne tint pas aux clubistes montalbanais que ce ne fût le 10 mai, jour anniversaire du massacre des patriotes en 1790. La guillotine mandée de Cahors pour cette date arriva trop tard ?. L’échafaud fut dressé le 11 mai, sur la place ci-devant royale aux arcades lourdement solennelles et dont les portes gardaient sur leurs écussons martelés la trace des fleurs de lys; par un capricieux retour de la mauvaise saison la neige tombait, et ce fut dans un subit décor d'hiver, sous de blancs flocons, que le condamné, lui-même habillé de blanc, vint recevoir le coup mortel *. C'était la première fois que fonctionnait à Montauban la sinistre machine de Guillotin, et le spectacle de l'exécution, l'appareil étrange qui l’entoura produisirent sur les assistants une impression que l’on retrouve encore dans les récits des vieillards.

Jeanbon, du moins, ne se trouvait pas alors à Montauban. Il était parti pour Toulouse afin de s'entendre avec ses collègues en mission dans la région et avec l'état-major de l’armée des Pyrénées ‘. À défaut du concert qu'établira entre eux plus tard le Comité de Salut public, les représentants envoyés dans des départements voisins tendaient partout d'eux-mêmes à mettre entre leurs mesures l’accord qu’ils établissaient entre les administrations d’un même département *. A la suite de ces conférences une impulsion nouvelle fut donnée aux préparatifs militaires. Jeanbon proposa et fit accepter à ses collègues

- 1. Nicolas, p. 113, note 1.

2. Elle arriva le 10 mai au soir de Cahors (papiers Bosquet).

3. Tradition recueillie à Montauban que nous a communiquée M. Em. Forestié.

4. Il annonce son départ au Comité de Salut public le 7? mai pour Toulouse (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. IV, p. 49). Il y délibère le 8 mai avec les trois corps administratifs, les conventionnels Lombard-Lachaux, Chabot, Garrau, Comeyras, commissaire du Conseil exécutif près l’armée des Pyrénées, plusieurs membres de l'état-major de l’armée des Pyrénées, un commissaire du département du Tarn et un autre de l'Ariège (L 36, fol. 15 recto. Arch. Haute-Garonne). Le 9 mai, il délibère avec le conseil d'administration du département, Garrau et Chabot. Le 10 mai, autre séance, Chabot n'y est pas, est remplacé par Lombard-Lachaux

ibid.).

j | Fe … lettre de Delbrel, représentant du peuple à l’armée du Nord au Comité de Salut publie, de Douai, 9 mai 1793 ; ses collègues à ladite armée l’ont chargé d’établir à Douai un bureau central en vue « de lier les opérations de toute la commission, de mettre de l’uniformité dans toutes les mesures qui seront prises » (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. IV, p. 73).

l'établissement à Montauban d’une fonderie de canons et d’un atelier de charronnage destinés à pourvoir l’armée des Pyrénées ‘. La fonderie de Toulouse ne suffisait plus, Montauban offrait pour le forage des canons les machines à fouler et ratiner les étoffes employées dans les moulins du Tarn et pour le coulage des pièces le local de l’ancien collège ?, les fers de l'Ariège à proximité devaient fournir des boulets * et la ville avait déjà un personnel de fondeurs expérimentés #; quant à l'atelier de charronnage la matière première ne manquait pas dans ce pays alors assez boisé et l’on devait trouver des ouvriers parmi les travailleurs en fer et en bois de la marine du Tarn; enfin une rivière navigable, de grands chemins se croisant à ce carrefour qu’est Montauban constituaient d’autres avantages. Jeanbon fit envoyer à Montauban un adjudant général qui marqua les dispositions à prendre : installée dans l’ancien collège et le moulin de Mariette d’Auriol sur le Tarn, donnée à l’entreprise le 20 mai dans les mêmes conditions que celle de Toulouse, la fabrique de canons commencera à fonctionner en juillet 1793 ÿ. Jeanbon suivit les préliminaires de son installation avec sollicitude, réclama pour elle le don patriotique de tous les déchets de métal disponibles $. Dotée plus tard de nouvelles machines prises dans des forges abandonnées du Périgord 7, soigæusement pourvue de tout le nécessaire par les administrations locales, la fonderie de canons de Montauban fournira en six mois soixante et un canons et marchera régulièrement jusqu’en 1795; un décret du 2 avril 1793, qui exemptait du recrutement les ouvriers attachés aux travaux de ce genre et des mesures complémentaires de Jeanbon lui assurèrent un personnel suffisant.

D’autres mesures furent projetées, mais la décision la plus importante des commissaires réunis à Toulouse fut celle de l'appel d’un nouveau contingent et d’un emprunt forcé sur les riches. Jeanbon lannonça le 17 mai à l’administration du Lot * et en conséquence,

Page 1