ANARCHIE DANS LES SERVICES
que fera-t-on? Beaucoup voudraient une expédition aux Indes, les souvenirs des exploits de Suffren hantent nos marins, les riches vaisseaux de la Compagnie anglaise excitent leurs convoitises !. Une opération de ces côtés est confiée au capitaine Kerguelen puis ajournée ?, d’autres moins importantes sont projetées pour les îles du Vent où il faut aller secourir Sainte-Lucie ralliée à la République *, pour Saint-Pierre et Miquelon à ravitailler *. Monge ne prépare point le débarquement en Angleterre, dont se flattent les imaginations, et que lui conseille son adjoint Périgny ; plus prudent il songe à une descente dans Jersey devenue l’un des repaires des émigrés ÿ. Finalement, le 8 mars, la flotte de Brest sort sous les ordres du viceamiral Morard de Galles, lui-même destiné naguère pour les Antilles, appelé à Paris pour y recevoir des ordres dans ce sens, puis affecté * à l’escadre de l'Océan f. Il ne s’agit plus d’expéditions au loin : la Vendée s’est révoltée, le Morbihan s’agite, la côte de Noirmoutiers au Croisic est occupée par les rebelles, les transports de matériel qui, de Rochefort à Brest et vice-versa, suivaient le littoral par convois ou par terre ‘, sont interceptés, les corsaires et frégates des Anglais se montrent dans la Gironde, rôdent aux abords de la Vendée pour nouer des intelligences avec les rebelles f. En conséquence lous les bâtiments légers destinés à des expéditions lointaines sont retenus pour les croisières de protection du littoral et
pour reprendre Noirmoutiers ”, et Morard de Galles est chargé de surveiller ces parages. |
1. Celles de Villaret-Joyeuse, ancien officier de Suffren entre autres; le 25 janvier, on discute dans le Comité de Défense Générale l'envoi de troupes aux Indes, Monge s’y oppose, rien n’est décidé (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. IL, pp. 8-9).
2. Nous disons « de ces côtés », car Kerguelen ne précise pas dans ses écrits et nous n'avons rien trouvé qui suppléât à son obscurité. Le 5 février 1793, la Convention sur sollicitations du club de Brest a réintégré Kerguelen parmi les capitaines de vaisseau (procés-verbal, t. VI, p. 57). L'expédition est ajournée le 29 mars, parce que Kerguelen est appelé comme adjoint au ministère (BB 19 fol. 285).
3. Aulard, Actes du Comité de Salut public, 25 février 1793, t. II, p. 196. L’expédition n’est pas encore partie le 2 mai (BB% 38 fol. 196).
4. BB‘ 19, fol. 249. L'expédition est confiée au lieutenant Barré commandant {a Perdriæ, un type de franc et brave marin. |
5. Le capitaine Larcher attribue le projet de descente en Angleterre à Périgny (dossier de cet officier. Arch. marine). Sur Jersey, voy. lettre de Monge du 5 avril à Villaret-Joyeuse. BB‘ 19 fol. 10.
6. Troude, Batailles navales de la France, Paris, 4 vol., in-8, 1867, t. II, p. 285. I1 a mission de détacher une croiïsière-sur les côtes d'Irlande (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. 11, p. 196).
7. « De tout temps les transports d'artillerie, vivres, approvisionnements pour Brest se sont effectués par mer. » BB? 17, fol. 186.
8. BB 38, fol. 219, sévères remontrances de Paganel et Garrau à Monge qui laisse insulter l'entrée de la Gironde. AFu, 300 corsaires anglais devant Cherbourg ;' BB 38, fol. 77, craintes pour la côte de Vendée ; BB3 38, fol. 214, craintes pour le passage du raz de Sein; BB# 19, fol. 306, craintes pour le littoral du Morbihan.
9. BB 38, fol. 87-88; BB# 19, fol. 226; la révolte de la Vendée « a troublé, même interrompu les travaux dans les ports et dans les arsenaux de l'Ouest, entraîné la perte des magasins de vivres et d'artillerie destinés à la marine, arrêté les levées de matelots dans plusieurs endroits classés ainsi que plusieurs projets d’expéditions
Mais sur ses navires mal équipés, battus des tempêtes de mars, les équipages se mutinent. Il rentre à Brest au bout de dix jours ’. Le capitaine de vaisseau Villaret-Joyeuse le remplace, en avril, avec des forces moins importantes; ses équipages sont incomplets ou décimés par les fièvres, indisciplinés ; une frégate va se réparer à Brest, deux autres que le chef de la division pensait rencontrer à Noirmoutiers n’y sont point; sur plusieurs des bâtiments on manœuvre au plus mal ?. | |
Cependant, les plaintes affluaient de tous côtés contre Monge. Le. 10 mars, Danton l’attaqua en pleine Convention *, Monge se déroba,
il rejeta sur Redon et Taillevis-Périgny le transfert des approvision-
nemeats de Brest à Toulon, sur Taillevis les mauvais choix d'officiers dont, à vrai dire, le ministre n’était pas seul coupable. Tous les contemporains le crurent ‘ ; le ? avril, Périgny dut quitter le ministère où Kerguelen le remplaça *. Cependant Monge ne put y rester. Le 6 avril, la Convention, mécontente de la faiblesse du Comité de Défense générale, le remplaçait par le Comité de Salut public; dans ce nouveau Comité, Treilhard et surtout Bréard se chargeaient de la marine le 10 avril f, et le même jour le Comité proposait à l’Assemblée de remplacer Monge par un de ses adjoints, le capitaine de vaisseau Dalbarade. La Convention accepta ‘. Le 11 avril, Dalbarade prêéta
serment ®. Le 23, il choisit ses adjoints : outre Bonjour et Najac.
maintenus, c’étaient le capitaine de vaisseau Cornic-Dumoulin *, Bernard Thomas Tréhouart, ex-maire de Saint-Malo et quatrième sup-
lointaines qu'il a fallu suspendre pour envoyer tous les vaisseaux qui se sont trouvés prêts à croiser depuis Nantes jusqu'aux Sables d'Olonne ». Mémoire intitulé : « de l'administration générale de la marine », déjà cité.