PREMIÈRE QUERELLE AVEC SON ÉGLISE
roi l’hommage de la vénération des calvinistes, précisément à l’occasion de cette cérémonie du sacre où, selon le rituel, il a prononcé le serment d’exterminer les hérétiques ‘; et dans les troubles qui viennent de faire obstacle aux mesures de Turgot en faveur de la libre circulation des blés, les pasteurs, sur les recommandations de P. Rabaut, ont gardé la correction la plus complète ?. Rien de plus naturel chez des gens en qui l'esprit de fanatisme du vieux calvinisme semble avoir disparu; qui, réduits à une condition misérable, bornent leurs vœux aux améliorations les plus urgentes, ont besoin pour déjouer la tactique séculaire d’après laquelle-ils sont des ennemis de la monarchie, de crier très haut l’amour qu’ils ont comme tous les Français de l’ancien régime pour leur roi, et en qui doit particulièrement trouver un écho le concert d'illusions et d’espérances qu’autorisent les débuts du nouveau règne. Ainsi, il paraît bien que la situation difficile imposée par la royauté aux églises protestantes, n’a fait qu'accentuer l'attitude soumise et prudente, exaller le loyalisme naturel de. Jeanbon Saint-André et des autres pasteurs.
Telles sont les indications que nous donne sur les protestants et sur Jeanbon Saint-André, le ministère de ce dernier de 1773 à 1778; elles vont être amplement confirmées par les événements auxquels il se trouvera mêlé de 1780 jusqu’à son départ de Castres.
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Cette volonté impérieuse, que redoutaient en lui les églises de Mon- tauban et Bordeaux, vaut à Saint-André, bientôt après, un conflit plus sérieux avec son église de Castres. S'il est encore, en 1778 el 1779, l’homme de confiance du synode du Haut-Languedoc *, le 28 juillet 1778 un procès-verbal du Consistoire de Castres signale des dissentiments entre ses fidèles et lui “. En 1780, le différend se précise et
devient rapidement très grave.
1. « Discours à l’occasion de l’avènement du roi au trône, ou le sacre de Joas » (De Félice, ap. cit., p. 36) : « Discours à l’occasion du sacre de Louis XVI, ou le sujet soumis » (ébid.). Voy. dans le Bulletin de la Soc. d’hist. du protest. français, 1886, p. 517, le discours intitulé « L’obéissance aux souverains, prononcé avant le chant du Te Deum à l’occasion du sacre de Louis X VI, le 3 juillet 1775, par un pasteur du désert ». Il atteint au sublime par la résignation et la dignité.
- 2, Lettre de P. Rabaut aux pasteurs, du 29 mai 1775 (Papiers Rabaut IITE, p. 192).
3. Voy. synodes du Haut-Languedoc du 1 juillet 1778, du 1 juillet 1779 (Hugues, t. III, pp. 241, 273).
4. « Le Consistoire dûment convoqué et assemblé, ayant pris connaissance du mémoire présenté par divers citoyens, des raisons de MM. Saint-André et Laroque, après avoir mürement réfléchi, a délibéré qu'il était édifié de la conduite que M. Saint-André a tenue dimanche dernier, qu'il lui laissait la liberté de prêcher de nouveau le même sermon, qu’il engageait M. Laroque, en prêchant à son tour, de suivre l'exemple de son confrère » (Premier registre de délibérations du Consistoire, 1771-1790; Arch. du
Consistoire de Castres).
28 JEANBON PASTEUR A CASTRES
Les protestants de Castres n’avaient pas, dans la ville, de local où célébrer leur culte, les temples étant démolis et interdits depuis Louis XIV. Sous le gouvernement du prince de Beauveau, ils avaient dù raser eux-mêmes, à la suite de violentes réclamations des catho-
liques, un temple qu’ils s'étaient hasardés à construire !, et, sans la tolérance de M. de Beauveau, l'affaire aurait eu pour eux des consé-
quences néfastes. Depuis lors, le prêché se tenail en plein air, assez loin dans la campagne, au bois de Massy ?. Comme l'apaisement s’accentuait tous les jours, ils songèrent à se rapprocher pour plus de commodité. Le 10 janvier 1780, le Consistoire décide à l'unanimité le transfert des assemblées *, et le 22, il choisit l'emplacement dit de Saint-Jean qui parait avoir été un ancien cimetière, voisin d’une église et près de la ville “; double imprudence, à laquelle Jeanbon s'oppose, et son opposition soulève dans le Consistoire un violent orage. « On me fit un crime d’avoir avancé mon opinion en Consistoire où il semble cependant que les suffrages devraient être libres. On la rapporta dans le ee mais défigurée, mais altérée, mais envenimée par la méchanceté... »
L'événement lui donne raison, plainte est portée par le clergé catholique au subdélégué, qui, avant de la transmettre au comte de Périgord, avertit la communauté des rigueurs auxquelles elle s’expose. Jeanbon appuie l’avis du subdélégué, « nouveau motif de me vilipender 6», dit-il. Survient une lettre de Rabaut Saint-Étienne, fils aîné du grand Paul Rabaut, héritier de ses vertus et de son prestige, et qui se permet de conseiller, lui aussi, l’obéissance *. On y voit une intervention blessante, une atteinte à l'indépendance de l’église de Castres, complotée entre Jeanbon et Saint-Etienne, «el le peuple toujours dupe des cagots, le peuple auquelon en impose si facilement
par des grimaces, le peuple l’a cru. Il y a peut-être la moitié des
1. Mémoires de la maréchale, princesse de Beauveau, p.88, Paris, 1872, in-8.
2. Massy, bois dépendant d’une ferme de la paroisse de Saint- Étienne de la Bernardie-Salvages, à une‘certaine distance de Castres (C. Rabaud, Bonifas Laroque, p. 344). >