‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 340 sur 889 · SA TACHE · texte numérisé non relu

SA TACHE

volontaires, le manque d'instruction militaire, le goût effréné du pil-

lage, l’indiscipline, etc. Bes approvisionnements, munitions et équi-

pements arrivaient lentement ou étaient de mauvaise qualité. Pour remédier à tout, des Représentants du peuple aux pouvoirs discrétionnaires se trouvaient auprès des armées, mais pas toujours

éclairés ou prudents, oublieux trop souvent des belles instructions

dressées pour eux par le Comité de Salut public le 7 mai ‘, d’ailleurs

trop nombreux bien qu'un décret du 15 juillet en eût restreint le chiffre à quatre pour chaque armée, s’entravant mutuellement en

négligeant de se concerter, ils n’arrivaient pas à combiner les mesures de réorganisation indispensables. Ceci tandis qu’en face d’eux se massaient les puissantes armées ennemies de Würmser,de Brunswick,

et surtout de Cobourg renforcé jusqu’au 10 août du corps anglais du

duc d’York ?, armées dotées d'effectifs considérables, pourvues d’une cavalerie imposante, et la dernière déjà victorieuse.

Les instructions détaillées de Jeanbon et Prieur, Jeanbon nous les donne au début du rapport qu’il a rédigé à son retour. Ils devaient envoyer les Mayençais en Vendée, décider Houchard à accepter

l'héritage de Custine. Ils avaient principalement mission de « porter

un secours considérable au Nord », car le Comité de Salut public avait arrêté, pour barrer la frontière la plus menacée, la plus proche de Paris, de renforcer l’armée qui la défendait de troupes tirées des armées de l'Est 5, et déjà, le 23 juillet, il l'avait grossie d’un premier détachement de 6,000 fantassins, 3,000 cavaliers empruntés aux armées des Ardennes et de la Moselle.

Jeanbon et Prieur avaient enfin d'une façon générale à examiner « le meilleur emploi que l’on pouvait faire des forces de la République » et, comme le porte le décret du 1: août, à prendre toutes les mesures indiquées par les circonstances. Leur envoi subit, le caractère extraordinaire de leur mission, ce fait que le Comité avait choisi pour la remplir deux de ses membres, tout montre qu’ils étaient investis d’une sorte d'inspection générale sur la frontière de l'Est et du Nord au-dessus des Représentants qui s’y trouvaient, el si le Comité de Salut public ne leur en donnait pas officiellement mandat, c'est qu’en droit ils ne pouvaient être supérieurs aux autres conventionnels, mandataires du peuple au même litre qu'eux, ef qu’en leur déléguant des pouvoirs spéciaux le Comité eut paru vouloir « royaliser » ses fonctions.

1. « L’un des devoirs les plus essentiels des Représentants du peuple est de se concilier la confiance des généraux... Il est nécessaire qu'un général soit investi d’une grande confiance, qu’il en ait le sentiment et la conviction ; il faut qu’il ait une grande liberté, une grande indépendance si l’on veut qu’il conçoive de grands desseins et d’heureux plans » (Aulard, Actes du Comité de Salut publie, t. IV, p. 26).

2. York se sépare ce jour-là de Cobourg pour aller attaquer Dunkerque (Chuquet, Hondschoote, p. 130).

3. Voy. lettre du Comité de Salut public du 8 août dans Chuquet, Hondschoote,

p. 162, et à la p. 161, l'arrêté du Comité de Salut public du 83 juillet. Le rapport du

1er août de Barère dit que le Comité tout entier aurait voulu partir aux armées.

C'était la première fois que Prieur de la Marne élait adjoint à Jeanbon Saint-André en mission. Nous les retrouverons souvent aux côtés l’un de l’autre. Prieur, personnage exubérant, les cheveux en coup de vent, portant la tête comme Mirabeau et Danton ‘, vivant la Révolution comme un roman d'aventures ?, trop enthousiaste pour être tenace et toujours réfléchi, mais bien intentionné, honnête, plus grondeur que sévère, Prieur avait les dons nécessaires pour agir sur les foules et les armées ; par son verbe, par ses allures théâtrales, il leur communiquait son exaltation et les entraînait. Visiblement, dès celte première mission qui les réunit, il se fit l'ombre de son collègue *.

Tous deux actifs et résolus, ils pouvaient mener à bien leur tâche, mais tous deux avaient cette idée préconçue que partout il y avait des traiîtres, et principalement parmi les généraux, les officiers, les nobles de tout rang. Jeanbon avait déjà obtenu un décret contre Biron ; le 31 juillet, parlant aux Jacobins sur la trahison de Toulon, il avait dit des officiers de marine : «ils sont nobles et par conséquent font le mal avec l'intention de le faire ‘ ». La Convention partageail d’ailleurs cette opinion, et le 22 juillet elle avait failli expulser tous Les nobles des armées ÿ. En revanche, tous deux aimant le peuple étaient pleins d’indulgence pour le soldat « qui est le peuple des armées, et qui veut, comme tout le peuple en général la liberté et le bien de sa patrie 5 ». Jeanbon avait accueilli au Comité de Salut public des dénonciations de soldats contre leurs officiers ”, il regrettait depuis longtemps que l’armée ne fût pas « mise sous un régime républicain # », c’est-à-dire que la classe populaire, seul appui de la République, ne recrutât pas exclusivement les états-majors comme les troupes.

Leur mission nous est connue par leur correspondance avec le Comité de Salut public, par le rapport que Jeanbon rédigea au

1. Voy. Son portait dans Jules David, Le peintre Louis David, à vol. in-4, Paris, 1882.

2. « Je suis, moi, le romancier de la Révolution » disait-il (Savary, Guerres des Vendéens et des Ghouans, 5 vol., in-8, Paris, 1824, t. I, p. 391). Voy. la suite du récit.

3. C’est ainsi que toutes les explications données ultérieurement sur cette mission à la tribune de la Convention sont du fait de Jeanbon.

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