SAINT-ANDRÉ A COUTANCES
Jeanbon était resté à Coutances pour procurer des renforts à l’ar-. mée de Sepher. Il réclama les levées de première réquisition de la Seine-[nférieure et de l'Eure, et organisa un détachement de cavalerie. Pour avoir du plomb et du fer, il ordonna d’enlever la toiture de plomb qui recouvrait la tour ainsi que les ferrures qui encadraient les vitraux de la cathédrale de Coutances, la toiture serait rem-
placée par des tuiles ou des ardoises; les autorités de Coutances protestèrent inutilement contre ce procédé qui abîimait un monument magnifique sans donner beaucoup de matériaux !. D'autre
. part, obligé de veiller à tout, le Représentant ordonna l’emprisonnement des membres du Comité de Surveillance de la commune de Mesnil-Garnier, coupables, semble-t-il, d'abus de pouvoir. Jeanbon fit aussi reviser par l'administration départementale quantité d’arrestations récemment opérées dans les campagnes : « plus de trois cents agriculteurs détenus, les uns comme fanatiques pour avoir été à la: messe des prêtres constitutionnels, les autres comme aristocrates pour n’y avoir pas été », se virent mis en liberté. Jeanbon allait avoir, sous peu, l’occasion de prendre position plus nettement encore dans les querelles religieuses qui troublaient alors le pays et dont
il constatait à Coutances les effets odieux ?.
Il apprit à ce moment de Bréard le départ pour Granville et Cancale des trois frégates qu’il demandait, et la sortie de la division Van Stabel sur laquelle il fondait grand espoir. Une lettre du Comité de Salut public lui parvint aussi, écrite le 30 brumaire au reçu de ses reproches du 28. Cette fois ses collègues lui marquaient nettement sa tâche : la défense de Cherbourg contre toute tentative des Vendéens, au moyen des forces qu’il pourrait rassembler. « Mais le Comité de Salut public, lui était-il dit, n’a jamais entendu te confiner à Cherbourg et indiquer des bornes à tes soins actifs, il a désiré te placer à la défense de la Manche; ainsi tu es autorisé à aller partout où ta présence sera nécessaire, où tes secours seront utiles. La véritable défense de Cherbourg nous paraît être dans la presqu'île du Cotentin; c’est par là que les brigands pourraient l’attaquer. Les militaires qui sont sur les lieux te l’expliqueront encore mieux que nous ne pouvons le faire, et le Comité apprendra avec plaisir que tu es là où est l’armée. Tu lui inspireras du courage et une impulsion révolutionnaire. » Au découragement .de Jeanbon le Comité opposait les lettres très optimistes de Prieur, Bourbotte et Turreau. 11 déclarait vouloir, lui aussi, « le concours de vues et de moyens », il annonçait l’arrivée de quinze mille hommes tirés de l’armée du Nord sous le commandement du général Duquesnoy, et prodiguait à son délégué dans la
1. Jeanbon au Comité de Salut public; Coutances, 29 et 30 brumaire. AK 120. Registre de délibérations du conseil général de la commune de Coutances, fol. 69 et 105 recto (Arch. commun. Coutances). Cf. l'arrêté du Comité de Salut public du 1er ventôse cité dans Pouchet, Les sciences pendant la Terreur, Révolution française, t. XXX, p. 267.
2. AFr 120, 171. Réponse de Jeanbon à la dénonciation des citoyens de lu commune de Brest,
Manche les assurances répétées de sa confiance !. Mais Jeanbon n’espérait le succès final que de l’exécution du plan de Dinan : cette guerre ne serait terminée, pensait-il, que le jour où les Vendéens, enfermés entre Avranches et Dinan par des mouvements concertés des armées républicaines, seraient réduits au séjour de misérables petites villes où ils ne trouveraient ni subsistances ni munitions ?.
Jeanbon partit alors en tournée dans le département. À Granville, il organisa, de concert avec Le Carpentier, la garde du littoral. Depuis longtemps des bateaux pêcheurs faisaient du rivage aux îles anglo-normandes et vice-versa un transport occulte de nouvelles, de lettres, d’armes et d'agents de l’émigration; les Anglais y aidaient par toute une flottille de petits bâtiments montés par des équipages connaissant les passes et courants de l'archipel. Le 4 frimaire (24 novembre), « considérant qu’au moment où les armées de la République poursuivent avec vigueur les brigands... ils chercheront soit à se procurer un asile par mer chez les ennemis extérieurs de la République, soit à lier avec eux des communications dangereuses... que dans le désespoir où ils sont réduits ils tenteront peut-être de séduire des hommes faibles et d'acheter à prix d'argent des secours que tout républicain doit leur refuser », Saint-André et Le Carpentier ordonnèrent dans la baie de Cancale et la rade de Granville des rondes d’avisos et de chaloupes jour et nuit, ainsi que la saisie de toutes les embarcations suspectes *. Des récompenses données aux marins qui s'étaient distingués pendant le siège de Granville augmentèrent le zèle patriotique des gens du littoral. Jeanbon n’oubliait pas la marine, il aurait aussi voulu vivifier le port de Granville, et il en écrivit au Comité de Salut public‘. De là, en passant par Saint-Lô d’où il expédia onze cents hommes armés et instruits à Sepher, il se rendit à Avranches, nouveau quartier de ce général. Il avait sans doute appris en route la double défaite infligée à Rossignol
-le 29 brumaire et le 1er frimaire dans les positions de Dol et d’Antrain. À son arrivée à Avranches, par son collègue Turreau et l’agent Guermeur rejetés sur cette ville avec trois millehommes des troupes de Rossignol *, Saint-André put le renseigner sur ce malencontreux événement.
Le plan adopté par les généraux et Représentants de l’armée de Rennes avait été d’abord celui de Jeanbon : enfermer les Vendéens par des retranchements dans la ville de Dol qu’ils occupaient, couper les routes pour les empêcher d'échapper, et attendre patiem-