INQUIÉTUDES NOUVELLES QU'ILS LUI DONNENT
Le 24 frimaire, il se porta sur Coutances, pour faire face à de nouvelles éventualités qui menaçaient de se produire. Les Vendéens étaieut remontés d'Angers sur le Mans, c’est-à-dire dans la direction des côles de la Manche, et on annonçait au Comité de Salut public que les Anglais songeaient à débarquer vers Cancale et Saint-Malo. Le renseignement était exact : le 11 et le 18 frimaire, Mac Bride, sur la frégate la Flore, était sorti de Guërnesey pour longer la côle du Cotentin et voir si les Vendéens étaient à proximité et en possession d'un point du littoral, dans ce cas, un convoi de troupes serait sorti à son tour !. Le Comité de Salut public, en conséquence, écrivait le 17 à Le Carpentier de se porter de Granville sur Saint-Malo, mais Le Carpentier n’osait, car il craignait lui-même un retour de l’armée catholique royale sur Saint-Lô, et, réduit à l’immobulité il mettait Saint-André au courant de sa nouvelle mission et de ses inquiétudes ?.
Précisément, le délégué du Comité de Salut public à la marine venait d’ordonner aux deux frégates el aux corvetles de Cancale d'aller rejoindre à Saint-Malo les trois frégates expédiées par Bréard
- au commencement du mois, et de rallier avec elles Brest où leur
présence était bien nécessaire *. L'avis de Le Carpentier le trouva un peu sceptique. Cependant il s’élablit à Coutances, pour assurer
la défense de Saint-Lô et Granville et permettre à son collègue de
courir à Saint-Malo ‘. On se rappelle qu’il avait réuni quelques lroupes à l’entrée du département, la perspective d’un choc avec les Vendéens l’épouvanta pour elles, vu leur manque d'organisation et d'armes, et il s’en prit à la lenteur et à l'indifférence du Comité de Salut public : « les mesures les plus pressantes seront retardées jusqu’à ce que les événements vous forcent de faire à la hâte ce que nous aurions dû faire à l'avance et avec réflexion. Je vous parle avec franchise parce que je vois bien que vous faites rendre des
tué à Méaulle (Procès-verbal, t. XX VIH, pp. 69, 81). Un arrêté du Comité de Salut publie, 7 nivôse, le chargera, avec Fremanger, de l’organisation du gouvernement révolutionnaire dans la Manche et le Calvados (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. IX, p. 745). Né à Riez (Basses-Alpes) en 1752, homme de loi, député suppléant des Basses- Alpes à la Convention, Bouret y entra le 3 juin 1793, membre des Anciens, puis agent général de l'hospice des Quinze-Vingt, mort à Paris en 1805 (Dict. des Parlémentatr es).
1. Hettier, chap. IV. Les Anglais avaient tout prêts : 27 transports, chargés de troupes et 6 frégates, 8 bâtiments légers; le chef de l'expédition devait être Mac Bride sur la frégate Flora, et le commandant des troupes lord Moira, deuxième marquis d'Hastings (1754- 1826) avec le grade de major général. Voy. aussi BB? 20, fo1..312, BB* 38, fol. 497; Guerre : armée des côtes de Brest, rapport de Cadenne, 18 nivôse, Chassin, t. III, p. 305 sqq.
2. Aulard, t. IX, p. 240. Le Carpentier au Comité de Salut public, Granville, 22 frimaire (AF11 268, Aulard, t. IX, p. 361), Jeanbon à Le Carpentier, Cherbourg, 23 frimaire (Guerre : armée des côtes de Cherbourg).
3. Jeanbon à Bréard, Cherbourg, 19 frimaire (Biblioth. du Port, Brest). Sur la croisière de ces frégates et leurs prises, voy. Procès-verbal de la Convention, t. XX VII, p. 286. 1
4. Jeanbon à Le Carpentier, 23 frimaire; Jeanbon au Comité de Salut public, même date (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. IX, p. 378.
décrets qui obligent vos collègues à vous écrire tous les dix jours, mais je ne vois pas que le Gomité se soumette à la même obligation ‘. » :
Le 25 frimaire (15 décembre), il. devint réellement inquiet : les Vendéens battus le 22 et le 23 au Maus se reportaient sur Laval et se rapprochaient des côtes. Jeanbon envoya Beaufort et les troupes de Mortain vers Cancale et Saint-Malo, avec injonclion d’arrêter les Vendéens jusqu'à ce que ceux-ci eussent été atteints par l'armée de l'Ouest ?. Il s’irritait de ne pas apprendre l’approche de celle-ci ou de la division tirée de l’armée du Nord : « Par quelle inconcevable et bien déplorable négligence ne nous avez-vous pas fait connaitre l’époque précise de son arrivée sur un point donné? demandait-il'au Comité, vous ne l’avez pas fail, et il n’en faut pas moins agir pour le salut public », et « nous n’avons point d'armes, pas assez de munitions, nos forts de la côte n’ont pas tout ce qui leur faut. Vous êtes instruil de ces besoins, et rien n'arrive. Cherbourg avait demandé des fusils au Havre, on leur a répondu par la copie d’une de vos lettres qui dit que vous vous réservez le soin d’en disposer * ». Il nomma Beaufort général divisionnaire à titre provisoire, pressa la mise en défense de Granville et d’Avranches, prescrivit des arrestations de suspects * Non moins anxieux à l'égard des Anglais, il donna contre-ordre immédiat aux cinq frégates, elles durent se porter vers Jersey sans se laisser couper de Saint-Malo, avec ordre s'il se présentait un convoi anglais de «tomber dessus » quelle que fût son escorte. « Il faut à tout prix que ce convoi périsse plutôt que d’atterrir sur nos côtes, le malheur de perdre quelques-unes de nos frégates n’est point à mettre en balance avec celui de voir les Anglais prendre pied sur notre territoire » déclarait le Représentant. Il fit sortir tous les petits avisos de Granville et Cancale, prescrivil à Cherbourg le travail de nuit et aux flambeaux pour mettre les deux corvetles canonnières qui s’y trouvaient en armement dans la possibilité de sortir l’une sous vingtquatre heures, l’autre sous trois jours. Il envoya Labrouche à Cancale pour se mettre en communication avec Le Carpentier à Saint-Malo, et pour organiser des rondes le long du rivage. Obligé de remplacer le capitaine Allemand à la tête de la division de Cancale à cause de sa brutalité et de son peu de souci de l’hygiène du matelot, il réi-