‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 514 sur 889 · IL PROTESTE CONTRE LA POLITIQUE DE TERREUR · texte numérisé non relu

IL PROTESTE CONTRE LA POLITIQUE DE TERREUR

avec lui-même : « l'esprit public, lui écrivait-il, éprouve, dans ce moment, à Brest, une sorte de convulsion qu’il importe de calmer. Ta - présence y est nécessaire, le ministre, en envoyant des agents chargés de surveiller les méchants, n’a pas toujours choisi des hommes . comme toi. Je mesuis expliqué là-dessus avec toi !. » Nous aurons à

revenir sur ce personnage qui était bien supérieur effectivement à Cuny, Collinet et consorts. Jeanbon soumit aussi Dagorne à un interrogatoire ; après quoi, édifié sur son compte, il le fit incarcérer ?. Irrité des menées des clubistes et de leurs dénonciations secrètes conire Bréard, il s'opposa catégoriquement à la création d’un tribunal révolutionnaire. Il se déclarait résolu à faire « procéder au jugement des citoyens que nous avons fait mettre en état d’arrestation, parmi lesquels il y a de grands coupables », mais un tribunal analogue à celui de Rochefort ne lui disait rien de bon et le voyage de Hugues à Brest n'eut pas lieu ?.

La marine devait également attirer les regards de Saint- André. Dans les derniers jours de frimaire, les tr avaux s'étaient de nouveau ralentis à Brest. Dans les autres ports, ils traînaient *. Délibérément, le 6 nivôse Jeanbon relâcha Thévenard. La commission révolutionnaire de Rennes avait reconnu que le vice-amiral était innocent de toute correspondancé criminelle mais elle s’obstinait à le retenir sous l’inculpation d’avoir mal surveillé l’épuration de l’escadre ; Jeanbon revendiqua hautement devant le Comité de Salut public toute la responsabilité de la composition présente des étatsmajors ; quant à Thévenard, il peut, dit le représentant, « à raison de ses connaissances el de la grande habitude qu’il a des mouvements des ports, rendre des services importants », les opérations maritimes souffrent de sa détention « dans un moment surtout où il faut mettre la plus grande activité dans les armements », el «nous sommes convaincus de la droiture de ses intentions... il commence à vieillir sans doute, mais c’est un homme très instruit et encore très utile ».

1. Jeanbon au Comité de Salut publie, 5 nivôse. Jeanbon à Verteuil, même jour (Reg. lII de correspondance des Représentants, Arch. commun. Brest) et à Desforgues (Aff. étrang. France, Reg. 333, fol. 24), Verteuil à Desforgues, 7 nivôse, lui annonçant son départ pour Brest (ibid. Reg. 330, fol. 247). Du Chatellier (Brest et le Finistère sous la Terreur, pp. 221-223) confond Armand Verteuil avec son frère Donzé-Verteuil, que nous rencontrerons bientôt.

2. 6 nivôse, incarcéré au Château le 16, sous l’inculpation « d’avoir à dessein exagéré les mesures de répression à l’égard du culte catholique « (Reg. I de correspondance des Représentants. Le Guillon: Penanros, op. cit, p. 375).

8. Rapport des Représentants envoyés à Brest, p. 14, voy. le chapitre suivant. Réponse de Jeanbon à la dénonciation des ciloyens de la commune de Brest. Levot, p. 174. Sur l'intention de frapper les coupables, voy. Jeanbon au Comité de Salut publie, 7? nivôse (BB: 38, fol. 547 verso, Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. IX, p. 704). et rapport des Représentants envoyés à Brest : «le retard de la punition des coupables impérieusement commandé par les circonstances, n’a laissé à aucun le pouvoir de l'impunité et a donné au peuple le temps d'ouvrir les yeux. »

4. Jeanbon, Bréard au Comité de Salut public, 5 nivôse. Les mêmes à Lequinio à Rochefort (Reg. III de correspondance des Représentants), BB? 27, fol. 353, BB? 24,

fol. 314.

Jeanbon se déclara même très étonné que la commission de Rennes

se fût permis d'agir sans se renseigner auprès des Représentants du

peuple à Brest‘. Le 9 nivôse, averti de: soustractions frauduleuses opé-

rées par les commis aux vivres lors de lembarquement des denrées sur les vaisseaux, il fitemprisonner un coupable, etprit un arrêté qui instituait une comptabilité des vivres ainsi qu'un service de contrôle

en partie double à la sortie des magaëins de la marine et lors de

la réception à bord. C’était une mesure à laquelle auparavant on n'avait jamais songé?. Quant aux ports qui échappaient à son action, il pressa de nouveau le Comité de Salut public de les « faire concourir aux opérations de celui de Brest », qui était « le centre naturel de toutes les opérations navales ». Sinon, dit-il, « on ne fera jamais rien de bon », et : « Ne vous en laissez pas imposer, il ne règne pas assez d'accord, assez d'ensemble entre les divers ports de la République *. »

Dans les derniers jours de frimaire, Bréard avait, sur l’ordre du ministre et du Comité de Salut public, préparé les deux vaisseaux

les plus fins voiliers pour, avec deux frégates et deux corvetles, les

envoyer aux États-Unis. Cette division, sous le commandement de Van Stabel, devait emmener Fauchet, le ministre plénipotentiaire nommé à la place de Genet, ainsi que des commissaires chargés d'achats de subsistances et de matériel naval et emportant à cet effet une somme de cinq millions en or. De Rochefort partaient le français Lecomte et l’américain Gernon, avec mandat d’un comité de négociants bordelais d'effectuer une opération analogue pour une somme de trois millions. Toutes les denrées achetées devaient être embarquées sur les navires du convoi de Saint-Domingue réfugié dans la baie de Chesapeak ou sur des transports à y joindre, puis Van Stabel escorterait cette flotte marchande jusqu’en France. La corvette Ze Brutus était déjà partie pour informer le convoi de ces nouvelles dispositions ‘#.

Le plan était bien conçu, mais il avait été ébruité, en sorte que

1. BB3 38, fol. 551 recto. Jeanbon au Comité de Salut public, 7 nivôse.

8. Dxvi, n° 4. Arch. nat. et AF11 102. Sur l'importance de la réforme, voyez un mémoire de Touroude employé du ministère à Bréard, 4 prairial an II (collection Maurice Loir). Voy. Jeanbon et Bréard au président de la Convention pour demander que l’arrêté devienne loi Fi 12 nivôse (BB? 61, fol. 7. Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. X, p.20 et Rapport des Représentants envoyés à Brest, p.18.

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