Tempié à Dalbarade, 19 ventôse (BB 51, fol
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influence considérable sur les masses populaires. Ils sont acharnés à leur tâche. Nous venons de voir le rôle de Vatrin, Tempié et Bouchet dans le port travaillent du matin au soir, ils s’exagèrent leur importance et mènent grand bruit ‘, cependant ce bruit correspond, chose rare, à beaucoup d'ouvrage. Ils font même de bonne besogne, car ils n’ignorent pas que le Représentant veut qu'on obéisse aux ordres de Sané et Villaret, et ils se laissent diriger par le grand ingéaieur et le contre-amiral. Ils ont bien la tentation d’abuser de leur situation, mais ils se surveillent se sachant surveillés : si le Représentant ne peut tout voir par lui-même, Armand Verteuil, inspecteur général du port et des hôpitaux, parcourt sans cesse les chantiers, les bassins, les magasins, les hôpitaux, s'assure de l'exactitude de tous les agents, signale les plus actifs et les tièdes, vérifie l’exécution des arrêtés de Saint-André.
C’est avec ce personnel que Jeanbon agit sur la démocratie brestoise, qu’il attise en elle avec les passions révolutionnaires la frénésie de patriotisme et de travail qui s’élait affaiblie en pluviôse malgré les fureurs de Laignelot. C’est avec ce personnel qu’il exerce la même propagande parmi le peuple des matelots, et parmi les officiers de l’escadre sortis eux-mêmes du peuple. Avec l’aide de ces agents, il lui faut aussi, comme par le passé, comprimer les partisans de la royauté et du fédéralisme, stimuler les contingents d'ouvriers qui arrivent constamment du dehors pour grossir le personnel des chantiers, les recrues toujours plus nombreuses qui viennent prendre du service sur la flotte. Avec leur aide, il lui faut construire et armer de nouveaux navires, former de nouveaux équipages et de nouveaux états-majors. Et toute cette œuvre se poursuit avec succès du 7 ventôse jusqu’au 8 germinal (25 février-28 mars), c’est-à-dire jusqu'au moment où l’ouverture de la campagne navale étant différée, Jeanbon s’éloignera de Brest pour quelques jours.
Nous savons quel avait été précédemment lapostolat révolutionnaire de Saint-André parmi la démocratie brestoise. Vraisemblablement, il l'a continué d’après les mêmes méthodes. Nous n'avons pas les discours que dans cette période il a tenus à la Société populaire, mais si l’on en juge par celui que bientôt nous l’entendrons prononcer à Lorient, il s'attache toujours à prêcher le culte de la Raison, c’est-à-dire la morale laïque et l’enseignement civique, pour dérober les citoyens à l'influence du clergé catholique. « Ne suivons
1. BB 51, fol. 455, 457, 459, lettres bien curieuses de Tempié, voy. la suite du récit. Bouchet est nommé en germinal premier lieutenant chargé des mouvements du port, sur recommandation de Saint-André (BB 51, fol, 462).
d'autre maxime que celle-ci : ne faites pas à autrui ce que vous ne voulez pas qu’il vous soit fait, mais soyons les ennemis irréconciliables de ces prêtres ennemis irréconciliables de notre bonheur », dira-t-il aux Lorientais !. Il félicitera la Société populaire de Brest d'avoir récompensé un enfant « qui, dans l’âge où jadis on ne meu-
blait la tête que d’erreurs et de chimères superstilieuses, prépare
par une mémoire heureuse des matériaux utiles à sa raison pour un âge plus avancé... L'application constante de celle jeunesse à l'étude promet à la patrie une génération vraiment digne de la
liberté », et il fera lui-même cadeau de cinquante livres à cet.
. enfant ?. Pour les clubistes et pour lui, le rôle d'instituteur est bien « un ponbificat révolutionnaire * », et il souhaite que les instituteurs soient, conformément à un décret du 8 pluviôse, multipliés dans tout le pays. Sa jalousie à l'égard des prêtres n’a pas diminué, il en est qui abjurent « le ministère de l’erreur », mais cela ne suflit point à faire oublier leur rôle d'autrefois, il leur faut « expier cette honteuse mission en propageant par les discours et plus encore par
l'exemple les principes de la liberté et de l'égalité * ». Fidèle à ses
principes, Jeanbon, d'une part, laisse les prêtres conslitutionnels pratiquer leur culte dans Brest, il en fera relâcher à Lorient qu’a emprisonnés le Comité de Surveillance; d'autre part, il restreint autant que possible l'exercice de leurs droits. Ils n’ont plus d’églises à leur disposition, toutes ont été converties en « Temple de la Raïison, salpêtrières, hôpitaux, tribunal révolutionnaire et magasins des armées »; quand ils « ont trouvé moyen de se nicher dans une petite chapelle située dans un cimetière où l’on fail des inhumations tous les jours », le conventionnel les y tolère, quoique l’agent national constate avec dépit que « malgré l’exhalaison de cette terre cadavéreuse, ils ont attiré grand nombre de sectatrices ‘ ».
Les femmes, on le voit par ce rapport, se dérobent au prosélylisme de Saint-André, et nous l’entendrons s’en plaindre à Lorient, mais les enfants des écoles brisent ou brûlent les images religieuses dans leurs salles d’études pour les remplacer par les portraits de Marat et Lepeletier, les martyrs de la Liberté . La Société populaire partage toutes les convictions du Représentant. Elle envoie à la Convention des adresses où elle réclame la guerre, la guerre aux Rois! el de-