‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 576 sur 889 · DIFFICULTÉS A VAINCRE · texte numérisé non relu

DIFFICULTÉS A VAINCRE

mande que les mesures révolulionnaires ne se ralentissent point ‘. La congrégation de Recouvrance est animée des mêmes senti- ‘ments ?. Le peuple se presse à l'installation du tribunal révolutionnaire et salue ses premiers arrêts d’acclamations furieuses. Cette frénésie, jointe à la présence du tribunal et des compagnies de l’armée révolutionnaire, fait taire complètement les partisans dela Gironde et du royalisme, d’ailleurs tous leurs chefs sont incarcérés et sous le coup d’une comparution devant le tribunal.

La surveillance dans Brest est facilitée par cet état des esprits. Les mesures de police deviennent moins minutieuses et moins sévères *, bien que la population, démesurément accrue par l’afflux incessant des marins et des ouvriers, encombre Ja ville, les casernements, les chantiers, les magasins, les vaisseaux, et bien que Tribout, éperdu au milieu de cette foule, se montre maintenant complètement incapable d'assurer le service d'ordre à l’aide de la garnison *.

Néanmoins, les diflicultés d'ordre administratif ou politique sont extrêmes. Tout ce populaire est malaisé à loger, difficile à nourrir surtout : la Brelagne doit fournir simultanément aux demandes de la ville de Brest, de la marine, de la Commission des Subsistances de la République ‘, et par surcroît pèsent sur ses campagnes les réquisitions des chouans, qui de l’Ille-et-Vilaine pénètrent jusque dans le Morbihan, prennent le reliquat de grains laissé au cultivateur et punissent ce dernier d’avoir ouvert aux républicains son grenier. La municipalité et l'administration du district de Brest sont désorganisés, les Représentants y ayant fait entrer des ouvriers et employés de la marine que maintenant Jeanbon rend aux travaux de l'arsenal et de l’escadre. La Commission administrative du Finistère est aussi privée d’une partie de ses membres, et comme toutes les administrations départementales elle a vu ses attributions réduites par la loi d'organisation du gouvernement révolutionnaire 5. Quant aux autres autorités des trois départements compris dans le ressort de Saint-André, elles ne montrent que de l’apathie, Jeanbon constate que les administrateurs de district « sont au moins coupables du

1. Aulard, Jacobins, t. V, p. 692; don patriotique du club (Procès-verbal de la Convention, t. XXX VI, p. 27).

2. Adresse qu’elle envoie le 9 ventôse à Jeanbon contre le grand corps de la marine et son fédéralisme(Arch. commun. Brest, carton des pétitions aux Représentants du peuple, an Il).

3. AFnr 102, AFu 296; à signaler dans lies Délibérations du conseil municipal de Brest, t. II, p. 136, l’interdiction d’une loge maçonnique. Arch. commun. de Brest, divers.

4. L'agent national du district de Brest à Tribout (L!* fol. 34 verso. Arch. Finistère).

5. AF11 102, 121, 269 ; BB3 61, fol. 74. Jeanbon s’en plaint au Comité de Salut public, le 17 ventôse (AF1298, Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. XI, p. 587).

6. AFu 102, Jeanbon à la municipalité de Brest 27 germinal (Arch. commun. Brest); L'9 vi, fol. *51 recto, 63 recto, 76 recto. Arch. Finistère; Ducouëdic, procureur général Sy ndic de la Commission administrative du Finistère, est. incarcéré le 17 germinal (Levot, p. 294). Et la Commission se plaint que Jeanbon n'épure pas les autorités de Brest (L'®#?: fol, 32 verso, 54 recto).

défaut d'énergie, que leur inertie se communique aux municipalités de leur arrondissement, que les agents nationaux des unes et des autres sont doublement coupables de ce défaut d'exécution puisqu'ils sont spécialement chargés d'y veiller ! ».

Les campagnes au reste demeurent d'esprit très hostile, dans le district de Brest aucun paysan n’achète de biens nationaux et l’on ne peut trouver d’instituteurs. Les adresses des administrations et Sociétés populaires à la Convention sont le fait d’une très infime minorité et ne doivent pas faire illusion ?, Ce n’est pas en quelques mois que lé paysan breton a pu apprendre le français et s'ouvrir aux idées nouvelles. Comment d’ailleurs aurait-il queique sympathie pour la République, étant donné tous les sacrifices qu’elle exige de lui? « Dans ce moment, écrit le district de Brest le 12 ventôse, les campagnes sont totalement épuisées par le tirage au sort, les réquisitions militaires et celles pour les boulangeries, la recetle des bois,

les corderies et les travaux des fortifications de terre el de mer. Les cultivaleurs sont encore journellemernt détournés de leurs travaux par les transports militaires des munitions de guerre et de bouche *. » Le paysan joue son rôle, malgré lui, dans un drame qu'il ne comprend pas. Ahuri, effaré, la terreur le rend passif. Mais parfois sa patience est à bout, dans la seconde moitié de ce mois de ventôse un nouveau soulèvement éclate dans le Morbihan,.des administrateurs de communes, des bourgeois possesseurs de biens nationaux sont assassinés. Les jeunes gens levés pour la première réquisition se mutinent ou s’enfuient à la première occasion ‘. Ceux que l’on envoie servir sur lescadre paraissent moins réfractaires, ils sont gagnés par l’exal- : tation des équipages ou dominés par la haine héréditaire de lAnglais, encore parmi les matelots relève-t-on des désertions.

Aussi le district et la municipalité de Brest tirent fort peu de ressources de l’arrière-pays. Nous verrons qu’il leur arrive des subsistances par les prises qu’effectuent nos bâtiments de guerre, maïs la présence d’un bœuf sur les marchés des campagnes prend les proportions d’un événement, et les fournisseurs profitent de la disette pour augmenter frauduleusement leurs profits. Quantité de réquisitions frappées sur le pays demeurent toutes platoniques.

Pour triompher des obstacles, Jeanbon envoie des clubistes en

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