Lettres déjà citées de Bonnet, de Donzé-Verteuil
parti démocrate et serviront à la fois la Révolution et la patrie !. Et tous, comme Jeanbon, pensent et agissent à l'unisson des Parisiens. Sané, Tempié jurent et sacrent à l’égal du père Duchêne ? : Hébert tombé, Tempié redevient un homme bien élevé, fait amende honorable. Des navires en armement auxquels étaient donnés des noms hébertistes sont brusquement débaptisés *. Les hécatombes, qui à Paris, en germinal et floréal, préludent à la loi du 22 prairial, ont leur contre-coup à Brest comme nous l’avons vu. ;
Cette concentration du pouvoir a des résultats effrayants. Il suffit pour s'en convaincre de jeter les yeux sur cette place du Château où se dressent deux guillotines. Ce sont les mêmes hommes qui dénoncent dans la Société populaire, ordonnent les arrestations dans le Comité de Surveillance, et juges ou jurés au tribunal révolutionnaire décident de la culpabilité et de la peine ‘. Le Représentant du peuple est dans la situation du Gomité de Salut public et de tous les gouvernements despotiques, il ne peut tout voir par luimême, et puissants par son appui, enivrés de leur situation, enfiévrés par l'exemple de la Terreur parisienne, les clubistes brestois accélèrent la Terreur brestoise, les exécutions iniques se précipitent, des fournées sont préparées pour l’échafaud. +
Cependant il ne faut pas se représenter Brest à cette époque comme une ville en deuil et consternée. Les partisans des factions et des classes vaincues se cachent ou se lamentent, royalistes et fédéralistes, nobles et bourgeois sont en proie au désespoir, et comme eux seuls plus tard ont raconté l’histoire de ces temps ils ont prêté leurs propres sentiments à la foule. Mais la classe populaire, les ouvriers, les matelots, les soldats, etc., sont heureux, ils ont un salaire et le pain assuré, ils savent leur travail utile à la patrie et ils s'en enorgueillissent, ils ont des fêtes, des distractions, toutes les faveurs du Représentant du peuple et de son entourage. La journée finie, ils boivent et chantent au cabaret, courent à la Société populaire et au théâtre, dansent sur la place de la Liberté ÿ. Dans cette année de la Terreur, à Brest on a fêlé le carnaval, et de telle sorte que Jeanbon s’est plaint que les travaux en fussent interrompus ‘. Donzé-Verteuil, Ragmey diînent avec Sané et Villaret, et dans ces dîners on porte la santé du tribunal 7.