JUGEMENT GÉNÉRAL SUR SA MISSION
la Méditerranée comme sur l'Océan, constitué une force navale imposarte à l’aide de colonies démocratiques solidement établies. Mais il n'avait pas pour lui la ‘fortune : sur l’Océan il dut, à contre-cœur, engager dans une lutte formidable une escadre encore novice, et son
échec fut exploité contre lui par cette démocratie brestoise qu’il
avait organisée ; à Toulon, il se mettait à l'ouvrage à l’heure même où la démocratie se voyait enlever sur tout le territoire la prépondérance politique. Son plus grand tort a été de n’être point heureux.
Et par une ironie dernière de la fatalité, les œuvres qu'il avait édifiées à Brest et au Port la Montagne : colonie démocratique et armée navale, vont servir de prétexte à la réaction thermidorienne pour le poursuivre jusque dans le sein de la Convention nationale. C’est à lui que les thermidoriens attribueront la responsabilité des combats de prairial dont il est innocent, et le dépérissement des forces navales de l'Océan dont ils sont les auteurs. D’autre part, au Port la Montagne, la colonie révolutionnaire que le Comité de Salut public d'avant thermidor avait fondée, et que Jeanbon lui-même avait développée en vue de la défense nationale, cette colonie élait trop bien
constituée pour se laisser dissoudre par les thermidoriens sans protester : quand elle se révoltera contre la réaction grandissante, Jean-
bon sera inculpé dans la Convention d’avoir joué au Port la Montagne le rôle d’un agitateur et d’un factieux.