‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 870 sur 889 · CORTE · texte numérisé non relu

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Parvenu avec nous à la fin de ce long récit, le lecteur reconnaitra sans doute qu'il n’était pas superflu de faire revivre le personnage . de Jeanbon Saint-André.

La vie du conventionnel de Montauban met effectivement en lumière quelques faits de l’histoire de la Révolution jusqu’à présent trop négligés.

Elle montre d’abord l'influence des sectateurs et des idées de la Réforme, sur le mouvement des esprits en France, à la fin du xvue siècle. Elle établit ensuite l'importance et les caractères de la tentative de contre-réforme opérée en 1790 dans le sud-ouest, au profit de l’ancien régime, par le clergé catholique réfractaire, et l’on voit alors dans quelle mesure les auteurs de cette tentative sont responsables de l’accélération de la crise révolutionnaire. Le rôle de Saint-André dans la municipalité de sa ville natale nous renseigne sur les obstacles que rencontrèrent les administrateurs qui furent chargés d’inaugurer dans les limites restreintes d’une commune, d’un district, d’un département, le régime élabli par la première Constitution qui ait été donnée à la France, et l’on saisit pourquoi, malgré leur amour pour la légalité, les hommes de 1791 en vinrent à l’idée d’une révolulion nouvelle d’où sortirait un gouvernement fort et centralisé.

. Léaction parlementaire de Jeanbon nous démontre qu'un exposé des débats de la Convention ne suflit pas à expliquer l’évolution politique des membres de cette assemblée : Mandataire de ses concitoyens, et mandataire très pénétré de ses devoirs, le Représentant à la Convention restait constamment en relations avec ses commettants et subissait leur influence en même temps qu’il agissail sur eux. On constate aussi que le classement des conventionnels en partis distincts, et spécialement des montagnards en robespierristes et

dantonistes, ne correspond point à la réalité des choses : les élus de la nation en 1792, les montagnards principalement étaient trop ardents de convictions, trop altachés aux idées, trop méfiants vis-àvis des individus pour souscrire par avance aux instructions el aux volontés d’un chef de groupe, quel qu’il fût ; ils doivent être pour la plupart considérés comme des indépendants, indépendants d’instinct, indépendants de principes, même quand ils forment bloc par lactique ou par nécessité. Le.

D'autre part, Saint-André a été en mission sur les points les plus différents de la France, dans des départements du sud-ouest (Lot et Dordogne), sur les frontières de l'est, de Bitche à Douai, dans les départements de l’ancienne Bretagne et de l’ancienne Normandie, + dans les Bouches-du-Rhône et le Var. Cependant partout il a rencontré les mêmes adversaires, partout il a agi suivant les mêmes règles pour triompher d'eux et pour assurer en même temps la prépondérance de la démocratie et la défense nationale, el ses > adversaires n'étaient point autres que ceux auxquels se heurtaient -. les autres montagnards en mission, ses règles de conduite ne différaient point de celles que suivaient ses collègues de la Montagne = 2 ou que recommandait le Comité de Salut public montagnard. On voit + donc par les missions de Jeanbon Saint-André à quelles nécessités : d'ordre général répondaient les pratiques du gouvernement terro- : riste. On apprend aussi à connaître quelques-unes de ces pratiques, trop ignorées jusqu'à présent, par exemple l'établissement de colonies révolutionnaires et de cités à caractères collectivistes ou communistes.

: Dans l’organisation de la défense nationale par la Convention, il est une question que les historiens laissent généralement de côté, bien que tous s'accordent à reconnaître que le plus redoutable ennemi de la France el-de la Révolution fût alors l'Angleterre : c'est la réorganisation de notre puissance maritime, et l'influence que les vicissitudes de la guerre navale ont eues sur la politique intérieure du gouvernement montagnard.

L'examen de l’action de Jeanbon Saint-André à la marine prouve que le Comité de Salut public de lan II a voulu triompher de l’Angleterre non seulement en abattant ses alliés sur le continent, mais en l’attaquant.corps à corps. A cet effet, Jeanbon et le Comité, aidés du ministre Dalbarade, ont édifié sur l'Océan une escadre d'effectifs considérables, escadre qui, une fois bien exercée, devait dans les idées de Jeanbon aller combaltre et anéantir les flottes anglaises, qui dans les idées du Comité devait protéger l’exécution d’un des nombreux plans de descente en territoire anglais conçus par l’ancien régime. Et, au mois de nivôse de l’an IT, le moment fixé pour cette opération approchant, c’esl principalement la nécessité d'écraser à l'intérieur tous les ennemis de la Montagne, tous les alliés conscients ou inconscients de l’Angleterre, qui a fait triompher la politique de Terreur malgré Danton et ses amis, malgré Robespierre même et deanbon Saint-André. Notre récit indique encore d’après quelles

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vues, après avoir arraché Toulon aux Anglais, le Comité de Salut public voulait agir pour reconstituer la marine française sur la Méditerranée et chasser de cette mer les flottes britanniques.

Enfin, arrivé à l’époque de la réaction thermidorienne, si l’on examine sur tous les points du territoire où Jeanbon avait fait œuvre utile ce qu’il advint alors de son œuvre, et en dernier lieu, ce qu’il advint de lui-même, on est bientôt édifié sur les procédés de cette réaction, sur ses résultats immédiats, sur ses conséquences ‘pour l'avenir du pays.

La personne même de Jeanbon Saint-André méritait une étude détaillée.

Nous avons résumé ses idées, les principaux traits de sa carrière politique, au moment précis où cette carrière prenait fin. Le dernier chapitre montre que jusqu’à sa mort le conventionnel de Montauban n'a abdiqué ni ses idées, ni ses procédés de gouvernement. Sa vie est une parmi les événements les plus divers. Constamment nous le voyons, comme la plupart de ses contemporains, osciller entre ces deux tendances contradictoires : d’une part l’attachement au principe d'autorité et le goût pour le despotisme, d’autre part, une sympathie passionnée pour les principes individualistes. Suivant les circonstances, l’une ou l’autre de ces tendances détermine la conduite de Saint-André. Toutes deux lui ont fait commettre des fautes, et toutes deux l’ont entrainé à rendre de grands services. Constamment aussi, el quelle que fût la situation qu’il occupait, on l’a vu sans répit ni lassitude travailler dans la mesure de ses moyens, dans les limites de son ressort, pour le bien de sa patrie et de la classe populaire. Il ne fut pas un presligieux chef de parti, un politique de génie où un orateur sublime, nous ne le comparons point à Robespierre, Danton ou Mirabeau, mais dans la foule des hommes d'énergie et de talent que la Révolution a fait surgir de l'obscurité, on peut le mettre au - premier rang. Ce ne fut point un grand homme, ce fut un grand serviteur du pays et de la démocratie. S'il n’eut dépendu que de lui, on aurait vu subsister en France une république démocratique, une classe populaire assurée de la vie matérielle, maîtresse de ses deslinées, et parvenue par une éducation civique, par la pratique d’une

religion civique à la conscience de sa dignité et de ses devoirs. S'il n’eut dépendu que de lui, cette classe populaire aurait donné à la France la domination des mers, comme elle lui donnait la domination du continent. Aujourd'hui, le programme démocratique des hommes de 1793 est oublié ou tourné en dérision, et nul n'ayant renouvelé l'effort de Jeanbon Saint-André à la marine, la suprématie’de l’Anglelerre fortifiée par un siècle d’hégémonie apparaît écrasante. Les pays de la rive gauche du Rhin conquis par les armées de la Conven-

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tion, administrés par l’ancien conventionnel, sont redevenus alle- :

mands et le préfet du Mont-Tonnerre ne dort plus en terre française.

La frontière même inspeclée par Jeanbon en août 1793 a été échancrée +

par l'Allemagne. Jusque dans sa ville natale, son souvenir s’est effacé.

On pensera sans doute, après avoir lu cette étude, que la postérité a

été. injuste. Nous ne réclamons pas pour Jeanbon Saint-André un

monument entre ceux d’Ingres et de Cladel sur une des places de

Montauban. 1l est des hommages, qui, s’il vivait, lui seraient plus

précieux. Nous voudrions qu’on lui fit sa part dans l’histoire de la France et dans le culte de la démocratie. Nous souhaiterions encore, si ce n’était pas trop demander pour un révolutionnaire, que dans notre marine actuelle un vaisseau portât le nom de l’homme qui avait

entrepris la réforme des errements de la marine d'autrefois, et

qui à travaillé d’une si belle énergie pour que nos flottes fussent victorieuses.

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