‹ Le Cornage Chronique Chez Le Cheval Et Son Traitement Chirurgical Par L'Opération De WilliamsChapitre 13 sur 15 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Observation I. — Cheval entier, noir, 14 ans, de gros trait, acheté par un maquignon pour la boucherie parce qu’inutilisable, même au pas, en raison de l'intensité du cornage. Paralysie de l’aryténoïde gauche. Rien à droite. L'animal corne même au pas sans effort de traction. Opéré le 12 février 1913, en collaboration avec mon collègue CACHEMBACK par la méthode du doigt ; extirpation plus ou moins complète des deux muqueuses ventriculaires ; hémorragie intense pendant l'opération, crise de dyspnée lors du relever. Suites opératoires normales. Deux mois après, disparition presque complète du cornage. L'animal est vendu environ trois fois son prix d'achat et fait un service régulier pendant plusieurs années.

Observation 11. — Jument baie, 6 ans, demi-sang, achetée depuis peu de temps à une vente de réforme, dans un dépôt de remonte, comme atteinte de cornage. Léger sifflement

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au trot, très intense au galop. Opérée le 21 juillet 1913 par la méthode du doigt; aryténoïde gauche seul paralysé. Enlèvement complet des deux muqueuses ventriculaires. Dans les jours qui suivent l’opération le cornage intense dû à l’œdème de la glotte ef les menaces d’asphyxie motivent la pose, entre deux anneaux de la trachée, d’un tube à trachéotomie provisoire. Ce tube est enlevé au bout de dix jours, mais quelques minutes après l'animal est pris d’une toux convulsive, tombe sur le sol, en imminence d’asphyxie. Le tube est remis immédiatement et laissé à demeure pendant une semaine. L’opéré est ensuite renvoyé chez son propriétaire qui le revendit « en bonne garantie », le cornage ayant complètement disparu, même au galop.

À quoi est due la syncope observée lors de l’enlèvement du tube ? Nous l’ignorons et pensons que très probablement un peu de sang ou quelque corps étranger (croûtes purulentes, poils agglutinés, etc.) ont pu tomber dans la trachée et y provoquer cet accès de suffocation. En tous cas, si cet accident était survenu hors de notre présence, l’animal n’aurait pas tardé à succomber comme cela nous est arrivé au D. C. M. de Saint-Riquier (Observations V et VI.)

Observation III. — Cheval gris très clair, 15 ans, cornage très prononcé ; abatage difficile, l'animal se débat et tombe sur les pavés en dehors du lit de paille. Remis en position normale et opéré très rapidement des deux côtés, l’animail, dès sa rentrée dans le box, s’agite, se couche, se relève et contrairement à tous les opérés refuse le son frisé. Apparition de sueurs abondantes, violentes coliques, mort de lopéré douze heures après l’opération. À l’autopsie on trouve une déchirure du gros côlon de 0 m. 30 de longueur. Banal accident d’abatage qu'il faut essayer d'éviter dans la mesure du possible par une légère diète la veille de l'opération.

Observation IV. — Cheval bai cerise, 9 ans, hongre, de gros trait. Acheté en Bretagne à l’âge de 2 ans; « attesté » lors de son ‘arrivée dans la ferme et trouvé parfaitement sain est atteint d’une gourme bénigne à 3 ans. Faït du cornage quelques mois après et se met à maigrir rapidement. Nivel-

lements dentaires répétés, acide arsénieux à hautes doses, régime alimentaire spécial, repos prolongé, rien n’y fit. Le cheval resta toujours maigre et le cornage, stationnaire pendant assez longtemps, augmenta rapidement vers la huitième année et à un tel point que le propriétaire envisageait la vente de l’animal à la boucherie. L'opération de WizLrAMs ayant été proposée et acceptée fut pratiquée le 10 septembre 1913. Larynx normal dans ses dimensions, paralysie des deux aryténoïdes, extirpation complète des deux muqueuses ventriculaires par la méthode du doigt. Deux mois après l'animal est remis en service avec un cornage fortement atténué qui lui permet d’effectuer un service régulier, même pénible. Six mois après, lors d’une visite dans la ferme, le propriétaire me présente mon opéré que j'ai peine à reconnaître : gras «à pleine peau », l’œil vif, le poil brillant, il ne ressemble en rien au malheureux quadrupède au poil piqué, aux hanches saillantes, à la peau collée aux côtes qu’il était un an auparavant.

Il s'était évidemment passé pour lui ce qui se passe chez les enfants porteurs de végétations adénoïdes dans le nez et la gorge, enfants généralement malingres et souffreteux qui grandissent et grossissent ensuite rapidement dès qu'ils sont opérés.

Malheureusement cette cure remarquable à un double point de vue ne s’est pas maintenue, Car deux ans après l’animal fit brusquement du cornage aigu et dut être livré - à la boucherie. Il aurait été intéressant de pratiquer l’autopsie du larynx de cet opéré mais les circonstances ne le permirent pas (octobre 1915).

Observation V.— Cheval gris clair pommelé, 7 ans, hongre, n° mie 461, opéré en septembre 1915 au D. C. M. de Saint- Riquier, Cornage moyen. Paralysie de l’aryténoïde gauche. Enlèvement des deux muqueuses à l’extracteur PÉcus. Opération normale. Lèvres de la plaie maintenues écartées par deux fils noués sur l’encolure. Œdème de la glotte avec sifflement consécutif ordinaire pendant les cinq premiers jours qui suivirent l’opération. Trouvé mort dans la slalle le sixième jour, à 5 heures du matin, avec tous les symptômes

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confirmés par l’autopsie, d’un animal ayant succombé à une crise asphyxique.

Observation VI. — Cheval noir, mal teint, 13 ans, hongre, n° mile 656. Emphysémateux et corneur. Opéré au D. C. M. en décembre 1915. Paralysie des deux aryténoïides. Trouvé mort dans sa stalle dans les mêmes conditions et avec les mêmes symptômes que le précédent douze jours après l’opération. Il est certain que ces deux animaux ne seraient pas morts si l’on avait pu intervenir à temps comme pour l’opéré de l’Observation II.

Observation VII. — Cheval bai, 8 ans, entier, race boulonnaise. Corne depuis deux ou trois ans. Le cornage empêche l’animal d'effectuer un effort soutenu : labour profond, traction d’une moissonneuse-lieuse, d’une voiture lourdement chargée, etc. (C’est d’ailleurs généralement à ce stade que les propriétaires réclament le plus souvent l'intervention du chirurgien.) Opéré le 20 juin 1919. Paralysie complète de l’aryténoïde gauche. Opération et suites normales. Grosse amélioration trois mois après, l'opération donne toute salisfaction au propriétaire.

Cette amélioration persiste jusqu’en février 1921. À ce moment l’animal fait entendre un bruit de cornage intense, même au repos, il est réformé et envoyé à la boucherie. L'examen du larynx (que le boucher nous renvoya quelques jours plus tard) montre une cicatrisation normale des deux ventricules laryngiens mais un resserrement notable du larynx dans le sens transversal avec épaississement du cricoïde et de la membrane crico-thyroïdienne.

Observation VIII. — Cheval hongre, gris pommelé, 8 ans, beau type de percheron. Très corneur, opéré en mai 1919. Paralysie de l’aryténoïde gauche. Opération normale sans incident. Les deux lèvres de la plaie sont maintenues écartées par des fils noués à la partie supérieure de l’encolure. L'animal reste huit jours en pension et est ensuite repris par son propriétaire. Rien d’anormal n’avait attiré notre attention

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pendant son séjour à l’infirmerie et ne faisait prévoir une complication quelconque.

Environ une semaine après son départ, nous recevons du propriétaire une lettre alarmante nous disant que la « gorge » de notre opéré a considérablement enflé et que l’animal ne mange presque pas.

Nous allons immédiatement visiter ce malade et trouvons, en effet, un gros empâtement de toute la région opératoire et d’une partie de l’encolure avec de l’æœdème déclive entre les membres antérieurs ; du pus sanieux et de mauvaise nature sortait de la plaie ; nous avions affaire à de l’infection purulente qui ne rétrocéda pas malgré le traitement employé (pointes de feu, sérum, caféine, etc...}.

L'animal mourut en trois ou quatre jours, l’autopsie du larynx démontra la présence d’un foyer purulent à l’angle inférieur de la plaie englobant toute la partie supérieure de la trachée, Ce fut le seul accident de ce genre parmi tous nos opérés.

Observation IX. — Jument, 14 ans, baie foncée, demi-sang, achetée au sortir de la guerre par un boucher lors d’une vente de chevaux de réforme dans un régiment d’artillerie. Très bonne trotteuse. Son cornage la gênant considérablement son propriétaire décide de la faire opérer. L'opération eut lieu en juin 1920. Paralysie de l’aryténoïde gauche, l’aryténoïde droit fonctionne irrégulièrement. Enlèvement des deux muqueuses par l’extracteur PÉCUS; opération normale. Après un mois et demi de repos, la jument reprendson service. Mise au galop on n'entend plus absolument rien. La guérison s’est maintenue jusqu’en 1925, date à laquelle l’animal fut vendu et perdu de vue.

Observation X. — Cheval noir, entier, 7 ans, corne « en mangeant l’avoine » et corne beaucoup moins au travail. Nous tentons de dissuader le propriétaire de faire opérer son cheval car ce cornage nous semble anormal et ne nous paraît pas relever de la paralysie des aryténoïdes. Mais le propriétaire, enchanté du résultat obtenu sur un cheval que nous lui avions opéré l’année précédente, tient absolument à ce que celui-ci

soit opéré.

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