AUDITION. — LIMAÇON
On a vu plus haut que les filets terminaux du nerf auditif s'étalent régulièrement, les uns à côté des autres, sur la lame spirale du limaçon , comme les cordes d'un clavier. M. Helmholtz assimile ces filets nerveux aux cordes d'un piano, et explique ainsi leurs fondions : lorsque, soulevant les étouffoirs d'un piano, on chante avec force au-dessus des cordes une note quelconque. Tonde sonore met en vibration celles des cordes qui répondent aux harmoniques de la voix et dont chacune vibre exclusivement à l'unisson d'un harmonique; la note se trouve ainsi décomposée par la vibration sympathique des cordes. Ce même phénomène a lieu dans l'oreille interne. Les fibres de Corti décomposent les sons; chacune d'elles vibre à l'unisson de l'harmonique avec lequel elle s'accorde, et l'ensemble de ces vibrations, transmis au cerveau par le nerf auditif, donne la sensation du son fondamental et de son timbre. Mais ici, comme partout, l'organe vivant est inliniment supérieur à la machine construite par l'homme. Les fibres de Corti sont au nombre de plus de 5,000, ce qui donne pour chaque octave 400 cordes sensitives dont l'intervalle est d'un 66^ de ton. Il est facile de comprendre, d'après cela, comment une oreille exercée peut saisir les moindres différences entre les sons, de même que l'œil apprécie les moindres nuances de la lumière.
Cette théorie explique, dans une de ses parties îes plus mystérieuses, le mécanisme de l'audition et nous montre les ondes sonores excitant la harpe éolienne du nerf auditif, comme l'observation directe nous fait voir l'image lumineuse se peignant sur la rétine. De même que le miroir et la chambre obscure nous donnent une
idée de l'œil, un instrument de musique nous représente l'oreille, et nous suivons ainsi l'onde sonore et Tonde lumineuse jusqu'au point où tout devient mystère, jusqu'à la sensation que nous devons renoncer à comprendre, comme la vie, comme notre intelligence même.
Cependant l'ingénieuse explication de M. Helmholtz ne semble pas tout d'abord nous rendre les phénomènes de l'ouïe aussi facilement accessibles, que ceux de la vue nous le deviennent par les instruments d'optique. Le miroir convexe et les réductions photographiques nous montrent de grands monuments, de vastes paysages reproduits dans des proportions microscopiques; pour l'oreille nous n'avons rien de semblable et nous sommes involontairement portés à comparer l'organe auditif et ses conduits si déliés à la grandeur des sons et des corps dont ils émanent. Les physiciens admettent que les ondes sonores se croisent dans l'air, à peu près comme celles d'un liquide, sans que leurs courbes se modifient réciproquement; c'est ainsi que s'explique la netteté de chaque son en particulier dans un accord exécuté par des instruments nombreux et différents; mais pour que ce phénomène de l'acoustique se révèle à nous, il faut que les ondes sonores poursuivent leur marche dans les détours du labyrinthe et les parcourent aussi facilement que l'espace, il faut que la grande voix des météores et les sons incommensurables que la nature fait rendre à l'atmosphère, à l'Océan, aux montagnes, se transmettent à notre oreille dans leurs j proportions relatives, comme le bruit d'une gouttelette I de rosée. Comment l'organe de l'ouïe peut-il, dans ses dimensions minimes, percevoir également le son des