‹ Le corps humain [electronic resource]Chapitre 120 sur 265 · LE TACT COMPARÉ AUX AUTRES SEISS. 29T · texte numérisé non relu

LE TACT COMPARÉ AUX AUTRES SEISS. 29T

seul que nous pouvons acquérir des connaissances cornplèles et iéelles; c'est ce sens qui rectifie tous les autres sens, dont les effets ne seraient que des illusions et ne produiraient que des erreurs dans notre esprit, si le toucher ne nous apprenait à juger. » Mais Buffon j^ensait que « la différence qui est entre nos sens ne vient que de la position p'us ou moins extérieure des nerft^ et de leur cjuantité p'us ou moins grande dans les différentes parties qui constituent les organes; » l'illustre historien de la nature n'avait pas reconnu la spécialité des nerfs sensitifs, et les sensations des couleurs, des odeurs, des saveurs et des sons n'étaient pour lui que des impressions tactiles. Comment croire, cependant^ que le tact puisse nous guider dans nos idées ^ur la couleur des objets, sur le goût, l'odeur et le son? En admettant qu'on puisse faire un rapprochement entre l'excitation de la peau par le contact et celle de la rétine par les ondes lumineuses, il n'en serait pas moins impossible d'établir la moindre analogie entre le tact et la vue, puisque la rétine est insensible au contact et, de même que le nerf optique, ne transmet à l encéphale aucune impression tactile, mais seulement l'impression lumineuse. Quant aux autres sens, s'il y a contact de l'air en vibration avec le tympan, des corps odorants ou sapides avec la pituitaire ou la langue, le sourd, dont le tympan est sensible au contact d'un corps extérieur, ne perçoit pourtant pas les sons, non plus que l'homme tjui a perdu le goût ou l'odorat ne perçoit les saveurs et les odeurs, bien qu'il ressente vivement la présence d'un corps étranger dans le nez ou dans la bouche.

Le toucher ne peut donc remplacer les autres sens.

il rectifie quelquefois leurs impressions, mais sans cesse il a besoin d'être contrôlé et complété dans les sensations qu'il nous donne. S'il contribue à nous faire connaître la forme, c'est l'œil qui nous indique la couleur et souvent précise ou corrige les notions de distance, d'étendue et de forme même : ainsi, le toucher distingue moins facilement que l'œil une sphèi e d un ellipsoïde presque sphérique. C'est, d'ailleurs, quand il a été €xercé sous le contrôle de la vue que le toucher nous fournit les notions les plus exactes ; car ses données se fondent alors sur celles que nous possédons du temps, du mouvement, de l'espace, de la position normale des €orps, etc. Toutefois, dans ces conditions, le sens du tact peut encore être une source d'erreur. En effet, MùUer a dit, avec raison, que par le tact nous sentons, non pas Tobjet qui nous touche, mais la partie du tégument où le contact a lieu et les impressions qu'elle en reçoit; la notion, par le tact, d'objets extérieurs est donc, en dernière analyse, la possibilité de distinguer les diverses parties de notre corps comme occupant une place différente dans l'espace. Il en résulte que, si les parties de notre corps sont momentanément dans une position anormale, nous nous représentons, néanmoins, les sensations dans Tordre relatif que les régions d'où elles émanent conservent à l'état normal. Si, par exemple, nous f lisons rouler sur elle-même une bille placée entre deux doigts de la même main, nous avons la sensation d'un corps unique touchant ces deux doigts; mais si, croisant les doigts, nous plaçons la bille entre leurs extrémités (fig. 44), la sensation n'est plus celle d'une bille unique, mais de deux billes, dont chacune roulerait en contact avec un des doigts.

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