TIMBRES DE LA VOIX
ne peut se mouvoir à la rencontre de son congénère, celui-ci supplée à l'immobilité de l'autre et le recouvre par une sorte de chevauchement.
Timbres. Outre le timbre particulier à chaque individu, la voix peut en présenter plusieurs, dont les uns. comme la pureté, sont dus à une disposition parfaite de tout l'appareil vocal, et d'autres, comme les timbre rauque, guttural et nasal, proviennent soit de l'impéritie du chanteur, soit d'une altération de l'organe- Mais il est deux formes de voix remarquables en ce qu'elles peuvent se produire au gré de l'artiste. Ce sont la voix sombrée ou timbre sombre, et la voix blanche ou timbre clair. Leurs noms indiquent leur nature. Dans le timbre sombre, le son est plus rond, plus velouté, et se rapproche moins du son d'anche ; la prononciation des lettres est moins nettement accusée, et les voyelles bruyantes, comme Va et Ve, inclinent au timbre de o et de eu. Dans le timbre clair, le son est éclatant, il a quelque chose de criard et est moins agréable h l'oreille. Le timbre clair est plus habituel aux peuples du nord de l'Europe, tandis que la voix sombrée esi ordinairement adoptée par les chanteurs du Midi.
On admet généralement que la voix sombrée a pour cause principale l'immobilité du larynx dans une situation aussi basse que possible, c'est en effet dans cette position du larynx que Ton chante communément en timbre sombre ; toutefois, M. Segond a vu la voix sombrée se produire, le larynx étant aussi haut que possible. Cette voix paraît dépendre surtout du rétrécissement de l'orifice buccal et de l'isthme du gosier, coïncidant avec une dilatation aussi grande que possible
de la bouche, disposition qui assourdit et voile le retentissement du son dans les cavités du pharynx et du tuyau vocal. Lorsqu'on chantant la lettre a, la bouche largement ouverte, on rapproche peu à peu les lèvres en les pinçant et sans les allonger, le son passe du timbre clair au timbre sombre, et la voyelle a tend à résonner comme o. Ce mouvement des lèvres était trèssensible chez Giulia Grisi dans certaines notes élevées, et le timbre admirable de sa voix ne pouvait lui faire pardonner d'altérer ainsi des traits dignes du pinceau de Raphaël.
Diapason des voix. On divise les voix d'hommes en basse, baryton ou basse chantante, et ténor. Les voix de femmes sont le contralto, qui correspond au baryton, le mezzo-soprano et le soprano. Les limites extrêmes de ces voix sont, pour la basse le sol, au-dessous de Vut^, pour le soprano, le fa^ ou fa suraigu de l'avantdernière octave du piano. Mozart entendit à Parme une cantatrice qui donnait Vut^. Les voix ordinaires ne dépassent par deux octaves, mais des artistes célèbres ont possédé trois octaves et même trois octaves et demie.
L'étendue prodigieuse d'une pareille voix n'est heureusement pas nécessaire pour tenir sous un charme indicible le véritable amateur. L'artiste est toujours sûr de son triomphe quand, à la justesse de l'intonation, il joint un timbre sympathique et le sentiment, si rare, qui ne lui permet pas de sacrifier l'expression et le caractère de la musique au désir de briller.
La musique instrumentale est, pour nous, une cause d'émotions profondes. Le violon de Baillot, l'orcheslre du Conservatoire nous transportent, mais rien n'égale
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l'impression que produit une belle voix ; aucun instrument ne peut prétendre à ces sons veloutés ou mordants, passionnés ou exprimant la sérénité la plus pure, aucun n'a cette variété de timbres, ces accents qui nous fascinent et nous plongent dans Textase. Les instruments et leurs voix sont un prodige de l'art, mais la voix humaine est le son vivant, comme le regard est la lumière animée.
Ventriloquie. Quand on a créé le mot de ventriloque, on croyait évidemment à une voix produite par un organe autre que le larynx. Tout le monde sait aujourd'hui que ce qu'on a nommé l'art du ventriloque consiste à dissimuler l'origine et la nature de la voix. Le ventriloque parle les lèvres presque fermées, il sait modifier le timbre des sons de manière à imiter la voix d'un enfant, d'une femme, à faire croire que sa voix sort d'une cheiïiinée ou d'une cave, qu'elle vient de loin, du ciel ou des entrailles delà terre. Au siècle dernier, l'Académie des sciences nomma une commission pour étudier les phénomènes de la ventriloquie sur un homme très-habile en ce genre, mais de bonne foi et qui ne faisait pas mystère de son secret. C'est surtout à Pincertilude de la direction des sons et aux erreurs faciles de l'organe de l'ouïe que les ventriloques doivent leurs succès. Ils ont pu tromper des gens ignorants et crédules ; mais, de nos jours, ils se contentent d'amuser leur auditoire et ils y réussissent.