FONCTIONS DU CERVELET
et de filets moteurs provenant des nerfs crâniens ou des racines des nerfs rachidiens. C'est dire que ses ramifications sont à la fois sensibles et motrices. Les mouvements excités par le grand sympathique ne sont pas soumis à l'empire de la volonté. Le principe moteur qui émane de cet appareil diffère encore de celui qui détermine les mouvements volontaires, en ce que sa transmission est moins rapide. Des expériences faites sur les animaux prouvent aussi que les ganglions et les ramifications du grand sympathique fonctionnent encore quelque temps, après qu'ils ont cessé d'être en communication avec le centre nerveux. Les mouvements qu'ils déterminent s'exécutent alors sous l'influence de la force nerveuse préexistante et comme emmagasinée dans leur masse. Le grand sympathique donne le mouvement et la sensibilité aux appareils de la vie organique : il préside aux fonctions nutritives, à la circulation, aux sécrétions, etc.
Pouvoir réflexe. Outre les mouvements volontaires qui ont lieu à la suite de la transmission des impressions par les nerfs sensitifs et de la sensation perçue, il s'en produit d'autres auxquels la volonté n'a point de part, et qui résultent de l'incitation immédiatement réfléchie sur les nerfs moteurs, s[ins qu'une sensation ait lieu nécessairement ou, du moins, sans que nous en ayons conscience. On nomme ces derniers moiivemenis réflexes, et la force qui les détermine, considérée comme spéciale au centre nerveux, est dite pouvoir réflexe ou faculté excito-motrice.
Plusieurs physiologistes considèrent comme se rattachant à l'action réflexe les phénomènes que l'on a désignés sous le nom de sensibilité récurrente et sur
l'origine desquels les auteurs ne sont pas d'accord. Enfin, c'est encore une action réflexe qui donne lieu sympathies, c'est-à-dire à Faction particulière que certains organes exercent sur d'autres. Telles sont la sensation d'agacement des dents par le grincement du métal sur la pierre ou sur le verre, l'éternument provoqué par le chatouillement de la membrane pituitaire ou par le tabac en poudre, etc. (Voy. Mouvements, page 73.)
Force nerveuse, La transmission presque instantanée de la sensibilité et de l'impulsion motrice dans les différentes parties du système nerveux e^t un des mystères de l'organisme. On a comparé cet ordre de phénomènes à ceux qui se produisent dans la nature sous l'influence de l'électricité ou du magnétisme, et l'on s'est demandé si le système nerveux n'était pas sous la dépendance d'un fluide impondérable produit dans sa substance ou puisé à la même source que tous les éléments de la matière animée. On a nommé fluide nerveux, force nerveuse, principe actif des nerfs, cet agent dont l'existence hypothétique permettait d'expliquer les fonctions nerveuses, comme on explique l'action de la pile électrique ou les mouvements de l'aiguille aimantée. La découverte admirable de Galvani sembla prouver l'analogie, sinon l'identité de l'électricité et du fluide nerveux. Naturalistes et physiciens s'efforcèrent d'établir, à l'aide de l'expérience, (}ue l'électricité se développait dans les centres nerveux et circulait dans les nerfs. Mais jusqu'à présent, les instruments les plus délicats, entre les mains des observateurs les plus habiles, n'ont pu déceler dans les
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nerfs le moindre courant électrique, et rien n'autorise à considérer comme identiques la force nerveuse et l'électricité. Doit-on penser que ces deux forces sont du moins analogues ? L'une et l'autre peuvent être développées par le frottement, par les combinaisons chimiques, par la chaleur, etc. ; toutes deux sont transmises rapidement ; toutes deux ont pour effet l'élévation de la température, la décomposition ou la recomposition de certains produits. Mais il paraît certain que la transmission delà motricité se fait dans les nerfs avec une vitesse beaucoup moins grande que celle du fluide électrique, le système nerveux ne contribue d'ailleurs que médiatement à produire la chaleur animale, et rien ne rappelle ici le fait d'un courant échauffant un fil métallique. Enfin, c'est uniquement par hypothèse que l'on voit la force nerveuse agir sur les opérations chimiques de la vie, autrement qu'en donnant l'activité aux organes affectés à ces opérations. Il faut cependant reconnaître une certaine analogie entre les phénomènes nerveux et les phénomènes électriques. De nouvelles recherches éclairciront sans doute cette question ardemment étudiée et qui, peut-être, serait déjà résolue, si l'on pouvait assimiler les réactions des corps inertes aux transformations de la matière organisée, et les phénomènes purement physiques à ceux dans lesquels intervient la vie.
Delà mé e. Les Grecs avaient fait deMnémosyne la mère t . s Muses, et our nous, sous une forme moins poétique, la mémoire est le lien nécessaire des facultés intellectuelles.
Les sens nous révèlent le monde extérieur, l'intelli-
gence apprécie les sensations et, s'élevant des notions matérielles aux conceptions abstraites, embrasse tout ce qu'il est donné à l'homme d'apprendre et de savoir ; mais c'est la mémoire qui lui permejt d'enregistrer, comme dans un répertoire, les faits et lesdonnées, aliment de l'esprit, de comparer et de juger, d'exprimer sa pensée par le langage, et de participer à la pensée des autres hommes. Sans la mémoire, Thomme ne connaîtrait ni les liens du sang, ni l'amitié, ni la reconnaissance ; le passé n'existant pas pour lui, sa vie n'embrasserait que le moment présent, et s'écoulerait comme les premiers instants qui suivent la naissance. Dénué de toute expérience, poussé par d'aveugles instincts, complètement isolé dans la création, il ne saurait exister avec des organes qui lui rendent nécessaire tout ce dont il serait dépourvu. On ne peut donc concevoir l'espèce humaine sans la mémoire, et, pour trouver une organisation privée de cette faculté, il faut descendre aux derniers degrés de l'échelle animale.
La mémoire est comme un être mixte tenant à la fois du corps et de l'intelligence ; elle est un reflet, une image de nous-mêmes, puisqu'elle nous reporte à tous les instants qui ont marqué dans notre vie. Historien à la fois véridique et passionné des faits qu'elle nous retrace, elle semble ajouter à notre existence les heures écoulées; mais, en rapprochant les époques, elle nous fait rudement sentir la marche du temps, soit que le bonheur nous ramène aux jours heureux, soit qu'avec cette douleur dont prie le poëte, nous nous les rappelions dans l'infortune. Elle se présente à nous sous les traits de tous ceux qui ont été mêlés à notre existence ; elle nous of 're un portrait isolé ou le
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tableau d'une foule immense; un objet minime, une plante, un rucher, ou les plus vaste scènes de la nature; un mot ou l'œuvre entière d'un écrivain; un fait ou l'histoire d'un peuple. Mémoire des sens ou de l'intelligence, elle nous reporte en un instant aux impressions les plus vives, aux conceptions les plus abstraites. Qu'elle emprunte la forme des sensations ou celle de la pensée, elle nous fait traverser le temps ou l'espace avec une vitesse dont rien ne peut donner idée dans l'ordre matériel, et l'on pourrait dire que l'espace et le temps n'existent pas pour la mémoire, si elle ne réveillait, en les franchissant, la notion de l'un et de l'autre.
Obéissant à l'ordre de la volonté, la mémoire retrace l'ensemble et les détails d'une doctrine scientifique, la controverse la plus ardue et la plus délicate dans ses distinctions, la série des systèmes philosophiques, en un mot tout ce que la science ou l'érudition la plus profonde ont pu classer dans l'esprit.
On trouve cités partout des exemples de mémoire extraordinaires, et l'antiquité nous en"a légué un grand nombre. Mithridate, qui parlait vingt-deux langues ou dialectes, suivant Aulu-Gelle, et quarante, suivant Pline; Scipion l'Asiatique, qui connaissait par leur nom la plupart de ses légionnaires; J. César, Hortensius, Lucullcs, Adrien et beaucoup d'autres prouvent qu'une vaste mémoire n'exclut pas un esprit supérieur. Pic de la Mirandole en fut un nouvel exemple au quinzième siècle, aussi bien que Leibnitz et Haller au dix-huitième. Ce dernier cite un Allemand nommé MûUer, qui parlait vingt langues, et, de nos jours, le cardinal Mezzofanti, qui en parlait près de cinquante, sans compter les dia-
lectes, conversait avec les élèves du collège de la Propagande, venus de tous les points du globe.
On raconte aussi que Scaliger apprit Homère par cœur en vingt et un jours, et les autres poètes grecs en quatre mois; Magliabecchi pouvait dicter, à ce qu'on assure, des livres entiers après les avoir lus une fois; et, si quelques-uns de ces exemples d'une mémoire prodigieuse ne sont pas avérés, ils sont du moins rendus très-vraisemblables par ceux que l'on ne peut contester.
C'était encore une mémoire extraordinaire qui permettait au jeune Mangiamele, berger sicilien, de calculer de téte, avec une telle rapidité que les membres de l'Académie des sciences avaient peine à le suivre en s'aidant des procédés les plus expéditifs. Mais l'intelligence fort ordinaire de ce jeune homme prouvait que, chez lui, la mémoire était une faculté sans proportion avec les autres, et c'est ce qu'on a souvent observé, surtout chez les enfants.
La mémoire est quelquefois éveillée par une sensation qui nous reporte au temps et au lieu où elle s'est déjà produite. Cette mémoire des sens agit sur nous avec ^ une puissance extraordinaire, et c'est un des moyens les plus sûrs que les écrivains possèdent de parler au cœur humain. Énée pleure en voyant sur les murs de Carthage une peinture qui lui retrace les malheurs de sa patrie : En Priamus : Voilà Priam, dit-il en s'adressant à ses compagnons d'exil. Andromaque arrose de ses larmes le tertre de gazon consacré par elle à la mémoire d'Hector, sur le bord d'un faux Simoïs, et l'accent florentin de Dante fait oublier au gibelin Farinala les tortures de l'enfer.