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PHYSIOLOGIE DU CORPS THYROIDE

S1.— Rôle général du corps thyroïde.

L'histologie normale du corps thyroïde a été longuement discutée et n’a été définitivement établie, qu’au cours de ces dernières années. La physiologie de celte glande, comme d'ailleurs celle de la plupart des glandes à sécréton interne, était également mal connue ; et c'est seulement depuis peu de temps que les auteurs ont bien fixé son rôle.

Nous cilerons, à titre de curiosité, les opinions anciennes de Jackson, Merkel, Schule, Kocher, Meuli quiattribuaïent à la glande un rôle régulateur de la circulation dans la partie supérieure du corps et surtout dans le cerveau. Vest, Valentin, Schneider, en font une glande hématopoiétique. Pour Martyn et Merkel, elle intervient accessoirement dans la phonation. Pour Heidenhain et Grutzner elle supplée à l'insuffisance des poumons ; Lushka ne voit en elle qu'un protecteur des organes du cou ; Schiff lui assigne un rôle plus important, en en faisant un régulateur de la nutrition du système nerveux central.

La physiologie du corps thyroïde commença à s'éclaircir seulement avec l’expérimentation. Dès 1856, Schiff enleva le corps thyroïde d’un chien et observa après cette

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ablation, des attaques toniques et cloniques, des paralysies,des troubles de la nutrition.En 1882, Reverdin signala le myxœdème opératoire. Plus tard Horseley recommença les expériences de Schiff sur le singe. Gley montra que les lapins réagissaient absolument comme les autres animaux si on leur enlevait les thyroïdes accessoires ; 1l trouva également que le sang d’un chien thyroïdectomisé produisait des accidents convulsifs, quand on l’injectait à d’autres chiens. Dans le même ordre d’idées,Chatin et Guinard (1) étudièrent les effets de l'injection de sérum de la veine thyroïdienne chez les animaux éthyroïdés. D'autre part, Gley et Laulanié virent que le sang et l'urine des animaux éthyroïdés était plus toxique que normalement.

Depuis ce temps l'histologie du système nerveux s'étant perfectionnée, on a pu voir après l’ablation du corps thyroïde chez l'animal, la dégénérescence des cordons postérieurs, antérieurs et latéraux de la moelle, ainsi que des racines antérieures et postérieures. Otto Mas (2) trouva des lésions dans le cerveau, les fibres du faisceau longitudinal; les pyramides, la capsule interne sont dégénérées.

Les expériences de Lannelongue supprimant les accidents de la thyroïdectomie grâce à la greffe et celles de Gley obtenant les mêmes résultats, mais temporaires, grâce à l’injection de suc thyroïdien permirent de conclure que le corps thyroïde sécrète une substance spéciale

(4) Cnarin et Guinarp, Essais d'injection de sérum de la veine thyroïde chez les animaux éthyroïdés, Lyon Médical, 1900, p. 147.

(2) Orro Mas, Ueber Veranderungen in Centralnervensystem nach Unterbindung der Schildrusengefässe, Berliner klinische Wochenschrift, 12 août 1901.

mie

ayant pour but de neutraliser certaines substances toxi-

ques élaborées dans l'organisme et s’accumulant dans le

sang, quand elles ne sont pas détruites par le suc thy-

roïdien. Pour Hertzberger, la globuline iodée constituant . le principe actif de la sécrétion thyroïdienne, jouirait d’un

pouvoir d’attraction chimiotaxique vis-à-vis de l’albumi-

noïde toxique, quise trouverait d’abord neutralisé puis

détruit.

S1 la sécrétion thyroïdienne fait défaut, on assiste au développement du myxœdème ; au contraire si la sécrétion thyroïdienne devient trop abondante ou est viciée, on voit apparaître le syndrome spécial connu sous le nom de ma-. ladie de Basedow.

Toutefois dans certains cas de goîtres, on a des symptômes d'hypothyroïdie,et cependant la coupe des corps thyroïdes montre d'énormes vésicules gorgées de matière colloïde. Garnier (1) explique cette anomalie apparente : pour lui, le temps de sécrétion est conservé, l’épithélium sécrète de la matière colloïde, mais le temps d’excrétion ne se fait plus. D'autre part l’auteur se demande si cette sécrétion colloïdale est bien la seule, si une autre n'intervient pas. D'ailleurs sans prononcer le mot de dysthyroïdie, il laisse entrevoir une viciation possible de la sécrétion aboulissant au syndrome myxœdémateux.

D'autres auteurs cherchèrent à expliquer par quel mécanisme le corps thyroïde pouvait agir sur l'organisme. On étudia son action sur les échanges nutritifs. L'injection de suc thyroïdien augmente la désassimilation de l'azote

(1) Garnier, Les sécrétions thyroïdiennes, Presse médicale, 12 décembre 1906.

total, des chlorures,de l’acide phosphorique de l'urine. La quantité d’acide carbonique rejetée par le poumon est également augmentée. Ce sont surtout Gluzinski et Lem- . berger, Ver Eecke, Widal et Javal qui contribuèrent à établir ces résultats.

C’est l’action accélérante du corps thyroïde sur la nutrition, qui permel d'expliquer toute une série de cas, où 1l y a défaut ou viciation de la sécrétion thyroïdienne. On justifia ainsi l’action des extraits de corps thyroïde sur l'obésité {action qui a encore été étudiée récemment par M. Labbé et Furet (1) ) ainsi que sur la plupart des maladies ayant pour cause le ralentissement de la nutrition. Lévy et Rothschild (2} signalent l'influence du corps thyroïde sur la faim,la constipation, l’arthritisme en général et ses manifestations telles que le rhumatisme chronique, l'asthme, l'urticaire chronique, l’angine à répétition, états qui sont tous dus pour ces auteurs à un degré plus ou moins avancé d’hypothyroïdie ou de dysthyroïdie.

Depuis eux d’ailleurs on a fréquemment discuté des cas de rhumatisme th yroïdien,cas qui ont été signalés surtout par Sergent et Ménard (3), Vincent (#) et Diamantberger (5).

(1) M. Lassé et Fuxer, Action de divers régimes et traitements sur la perte de poids chez un obèse, Sac. de Biol., 25 juillet 1908.

(2) Lévy et Rornscniup, Physio-pathologie du corps thyroïde et de l'hypophyse.

(3) Sergent et Ménarp, Le rhumatisme chronique progressif et déformant par insuffisance thyroïdienne, Presse médicale, 15 juillet 1908.

(4) Vixcenr, Bull. Soc. méd. des hôp., 8 juin 1906 et 28 novembre 1907.

(5) DiamanrserGer, Du rhumatisme nerveux chez les enfants. Thèse de Paris, 1890 ; — Pathogénie thyroïdienue du rhumatisme, Soc. méd. des hôp., 16 octobre 1908.

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Outre son rôle sur la nutrition, la glande thyroïde a été éludiée à beaucoup d’autres points de vue. Ses relations avec l'hypophyse sont bien connues et ont fait l’objet de nombreux travaux parmi lesquels nous ne citerons que ceux de Thaon {1}, et de Lévy et Rothschild. D'autres auteurs envisagent ses relations avec le pancréas. Lorand (2) voit que des chiens rendus glycosuriques par ablation du pancréas, présentent une hyperactivité fonctionnelle très marquée, les vésicules sont très distendues, et la substance colloïde est sécrétée abondamment. Il a traité douze cas de diabète grave avec succès par le sérum ou le lait d'animaux éthyroïdés.

Récemment Falta (3) de Vienne, dans une série d’expériences que nous ne pouvons rapporter tout au long, conclut qu'il y a une connexion intime entre le pancréas, le corps thyroïde et le système chromaffine. Il explique la glycosurie si fréquente dans le goître exophtalmique par un hyperfonctionnementdu corps thyroïde et par hypersécrétion d'adrénaline et insuffisance pancréatique consécutive.

Récemment, à la suite d'ablations partielles de glandes thyroïdes, Alquier et Theuveny (#), n'ont observé aucune modification notable dans les testicules des chiens qu'ils

(4) Tao, L'hypophyse à l’état normal et dans les maladies. Thèse de P aris, 4907.

(2) LoranD, Soc. de Biol., 28 mars 1904.

(3) Fazra, Des rapports entre la sécrétion interne du corps thyroïde, du pancréas et du système chromaffine, 25° Congrès allemand de médecine interne. Vienne, 6-9 avril 1908.

(4) Azouier et Tneuveny, Etat des testicules de chiens ayant subi diverses extirpations partielles de l'appareil thyro-parathyroïdien , Soc. de Biol., 11 avril 1908.

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