ACTE III, SCÈNE I
LA.TJRE.
Peut-être : mais , hélas ! le comte furieux
M'a déclaré depuis, d'un ton audacieux.
Qu'à son carrosse enfin si vous m'eussiez suivie ,
Avec moi de chez vous il vous aurait ravie ,
Et forcée en ses mains de laisser un écrit
Constatant qu'à nos nœuds vous-même aviez souscrit.
Qui? moi, m'enlever!.. moi!., ciel!.. Ah, l'abominable!.. M'enlever! Mais de tout ce brigand est capable! D'enlever tout le monde il a donc la fureur!...
MADAME DE GERCUEIL.
Oh ! s'il eût pris ma mère , on eût ri de bon cœur.
MADAME DE MELCOUR.
N'ayez donc plus, ma fille, une tête éventée.
GERCUEIL.
Par vous la violence aussitôt protestée Eût rendu l'effet nul.
MADAME DE GERCUEIL.
Bon ; cette nuHité, Quels traits elle eût fournis à la malignité! . .^
MADAME DE MELCOUR.
Ma fille, encore un coup, point de plaisanterie.
MADAME DE GERCUEIL.
Ma mère, ah! de ce tour permettez que je rie.
MADAME DE MELCOUR.
Encore?...
MADAME DE GERCUEIL.
Imaginez quels comiques propos Sur cet enlèvement auraient tenus....
5o LE CORRUPTEUR,
Des sots.
MADAME DE GERCUEIL.
Oh! n'importe : le rire était de la partie....
MADAME DE MELCOUR.
Vous m'insultez, ma fille, à chaque repartie. Si d'un tel scélérat l'emportement osé M'eût été si fatal qu'on en eût ri, jasé....
LAURE
Apaisez -vous, ma timte, et soyez rassurée. L'honnêteté sincère à mon âge inspirée A su me garantir de pièges odieux , Et sans rougir de rien je me montre à vos yeux. Norville à m'oublier ne m'eût jamais contrainte : Ma fierté naturelle , au milieu de ma crainte , Lui-même l'a soumis : mes accens, mon aspect, Sitôt qu'il a paru l'ont réduit au respect. J'étais, je l'avouerai, tremblante, inconsolable, De me voir isolée et de sembler coupable ; Mais à ses gens, à lui , je n'ai rien témoigné Que le courroux d'un cœur justement indigné , Et , soustraite à ses vœux par une heureuse fuite , Nuls discours n'auront lieu de souiller ma conduite.
MADAME DE MELCOUR.
Je vois le bon effet de l'éducation
Qui forma ta vertu sous ma direction.
A présent, en mes bras reçois ta récompense ;
Viens, digne et chère enfant, je vois ton innocence;
Je te rends mes bontés.
ANGELARD.
Baise ton oncle aussi. Moi qui te connais mieux, j'avais peu de souci :