ACTE IV, SCENE II
MADAME DE MELCOUR.
Oui.
LAFLÈCHE
Fais-je une maladresse De parler de cela , puisqu'il a publié Que sous trois jours au plus il serait marié?
MADAME DE MELCOUR.
Ma fille, entendez-vous quelle est son insolence?
MADAME DE GERCUEIL.
Je le reconnais bien à cette extravagance.
LAFLÈCHE
C'est plaisir de le voir , tant ses transports sont fous ! Il recherche en tous lieux des colliers, des bijoux; Moi, j'ai déjà couru commander des corbeilles; Robes, fleurs et rubans, vous verrez des merveilles! L'équipage , déjà monsieur l'a retenu :
Son sellier l'avait fait pour certain parvenu Que, dit -on, la fortune a d'un bon tour de roue, Pour égayer ses gens, rejeté dans sa boue. Ah ! qu'il a dû souffrir ! l'attelage est exquis. Outre les beaux présens que nous avons acquis , De la noce chez nous l'appareil s'achemine : Monsieur veut ce jour -là que l'hôtel s'illumine.
MADAME DE GERCUEIL. .
Que je me divertis de ces joyeux apprêts ! Même avant les accords tant prodiguer les frais ! Conçoit -on ce délire?
MADAME DE MELCOUR.
Excès d'effronterie.
MADAME DE GERCUEIL.
Excusons- le : voyons l'écrin, je vous en prie.
MADAME DE MELCOUR.
O ciel !... mes diamans !
MADAME DE CERCUEIL
Quel hasard singulier!
LAFLÈCHE
Monsieur les a trouvés chez votre joaillier.
MADAME DE MELCOUR.
A trente mille francs on me les évalue ; C'est trop peu.
LAFLÈCHE
Leur beauté nous donne dans la vue :
Des bijoux désirés l'amour hausse le taux... Dites -moi sur leur prix quels sont vos derniers mots; Trente mille et combien ?
MADAME DE MELCOUR.
Je les cède à quarante.
LAFLÈCHE
Qu'importe à monseigneur de quarante ou de trente ? Mon maître avait jugé qu'ils étaient au rabais. J'avais un plein - pouvoir , et de plus, ces billets Pour solder le montant à votre fantaisie.
(11 lui remet la somme.)
Je lui porte l'écrin.