‹ Le Coryza DiphthériqueChapitre 31 sur 50 · OBSERVATION XVIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XVIII

Enfin, chez un sixième malade, dont nous avons rapporté plus haut l'histoire (Camille D...), l'écoulement avait l'aspect d'un ïichor jaunâtre, et donna des taches jaune clair très pathognomoniques, sans liseré grisâtre, impregnant complètement le linge et le tachant uniformément aussi bien à la face positive qu'à la face négative.

Dans tous ces cas, évidemment, la vue de ces taches n'a pas été sans attirer l'attention et, bien qu'onne put se méprendre sur la nature de l’affec-

QU

tion, on dut reconnaître qu'à côté de tant d’autres signes évidents, c'en était encore un qui, à l'exclusion des autres pouvait, dans certains cas, donner des indices précieux. M. le Dr Rabot, en présence d'un diphtérique, ne manquait jamais de les rechercher : il avait toujours soin de nous les faire remarquer, quand illes rencontrait.

Donner une description précise de la tache typique du coryza diphtérique, c'est chose peut-être difficile, à cause de la variabilité, d'aspect que peut revêtir l'écoulement même à cette deuxième période suivant les cas.

Cependant, après avoir vu. un certain nombre de taches, nous croyons pouvoir dire que, dans les cas d’écoulements diphtériques parvenus à cette période, la couleur varie du jaune pâle, au jaune safran et au jaune verdâtre : mais ce qui les différencie de celle du coryza banal par exemple, c’est la façon dont elles impregnent l'étoite sur laquelle 'elles sont répandues, de sorte que la coloration peut être la même sur l’une ou l’autre face : ceci tient à la nature de l'écoulement qui, dans le coryza diphtérique, est surtout séropurulent, tandis que dans le coryza banal il est ordinatrement muco-puruleut, forme des dépôts qui se dessèchent à la surface du linge sans le pénétrer.

Dire cependant que beaucoup d’écoulements narinaires, indépendants du bacille de Loœffler, ne peuvent produire des taches d'aspect équivalent, serait exagéré, mais, comme, en général, c'est chez les enfants où l’on a le plus souvent lieu de suspecter la diphtérie et que, chez eux, on doit éliminer, à cause

00e de leur âge, une foule d'autres affections, pouvant donner des écoulements semblables, nous croyons que cet élément de diagnostic peut avoir parfois sa juste raison d’être.

Mais nous ferons remarquer que si le degré de coloration de la tache peut avoir une valeur pathognomonique, il n’a aucune valeur touchant le pronostic, car on a remarqué que si, dans les diphtéries nasales hypertoxiques, l'écoulement est épais, sanieux, il est moins franchement purulent que dans les formes de diphtérie pure : ainsi en est-il, dans tous les cas où il y a jetage: tel fut le cas de J... Roger (voir obs. XVII),où, malgré la gravité desa diphtérie, la tache fut, de couleur grisätre sur une grande étendue,tranchant peu sur le reste de l’étoffe : et si, dans tous ces cas, l'écoulement est surtout séreux, c'est à cause de l'inflammation intense des muqueuses qui sécrètent très abondamment, sécrétion qui se mêle au suintement purulent bien noins abondant des fosses nasales pour l’entrainer au dehors.

Dans les diphtéries nasales bénignes, l'écoulement peut ne pas avoir d’odeur, mais souvent, il est d'une odeur fade et désagréable. qui devient très fétide dans les formes graves: dans ce dernier cas, il ya ordinairement quelques épistaxis et l'entrée des narines peut être obstruée par des croûtes noirâtres, ce qui ajoute encore à la fétidité. L’abondance de cet écoulement étant parfois considérable, le malade va jusqu’à souiller plusieurs mouchoirs par jour. L’orifice des narines, la lèvre supérieure, et le sillon naso-labial s'excorient rapidement et le nez devient

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gonflé et douleureux, au point de donner à l'enfant « un air de stupidité »

De plus, les fausses membranes, malgré l’écoulement, peuvent être très abondantes. Quant à la muqueuse pituitaire, dans les points où elle est libre de tout exsudat, elle est dépolie, d'aspect un peu velvétique, congestionnée et turgide.

Outre tous ces symptômes, il y a encore deux autres signes de la plus haute importance, sur lesquels Bretonneau insistait beaucoup :

C'est l’engorgement rétro-maxillaire du côté correspondant à la narine qui est le sièce du coryza et la rougeur unilatérale de la lèvre supérieure, rougeur plus vive suivant l'intensité du catarrhe.

Les symptômes fonctionnels dont nous avons parlé à la période précédente se sont encore accentués à cette période.

L'état général, presque indemne dans les formes bénignes, est gravement atteint dans les formes malignes.

C'est ainsi que dans une observation de Orr, où il s’agit d'un enfant de 7 mois, brusquement atteint de coryza diphtérique avec gorge normale, ce qui frappa le plus l’auteur, ce furent les symptômes de toxémie et, en particulier, la pâleur et l'extrême prostration.

Dans une autre observation du même auteur (il s'agit du frère du malade précédent), on constate les mêmes signes avec, en outre, de l’albuminurie et des œdèmes.

Chez un malade de Holt, âgé de six mois, et atteint

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