chapitre de Notre-Dame de Paris
à la date de 1146, les fleurons
de la couronne de la Vierge, celui
qu'elle porte, le fleuron sur lequel ses pieds reposent, annoncent la future fleur de lys héraldique mieux que ne r indiquent les sceaux royaux de la même époque.
Si Ton interroge le type de l'abbaye de Bonne-Espérance, en 11 55, on remarquera dans les mains de la Vierge un sceptre terminé par un fleuron des plus caractérisés. — En 1197, la Vierge figurée sur le sceau de Tabbayc de
Faremoutiers porte un sceptre dont le fleuron est
identique au fleuron que saint Louis tiendra quarante
ans plus tard à la main ; la couronne de la Vierge est
également fleurdelysée.
Fig. 244.
D'après le sceau
de l'abbaye
de Faremoutiers,
Cette étude comparative offre déjà plus qu'un parallélisme. Elle tend à établir que la fleur de lys des types de la Vierge a devancé la fleur de lys de nos souverains. Les rois de France auraient-ils emprunté l'attribut de la reine du ciel ? L'examen des monnaies a conduit M. Anatole de Barthélémy à se poser la même question et à la résoudre affirmativement. L'autorité de notre savant confrère donne un grand poids à cette nouvelle hypothèse.
Nous venons d'exposer deux des opinions les plus vraisemblables sur l'origine de la fleur de lys. Toutes deux ont le mérite d'être tirées de Timagerie.
En examinant la première , celle du fleuron primitif, on est conduit à se demander : à quelle époque le fleuron a-t-il pris le nom de fleur de lys? La plus ancienne mention écrite de la fleur de lys que Ton connaisse se trouve dans une ordonnance de Louis VII, relative au sacre de son fils. Le mot a-t-il été employé dans cette occasion pour la première fois? ou, si cette appellation a été appliquée plus anciennement, jusqu'où remonte-t-elle? Pourquoi, dans un acte bien plus rapproché de nous, dans l'inventaire de Charles V, se serton indistinctement pour la description de la couronne tantôt du mot fleuron , tantôt du mot fleur de lys , comme de deux expressions synonymes ?
Dans la seconde hypothèse, si le lis a été emprunté à la Vierge, les preuves par les textes sont moins urgentes. La symbolique chrétienne a consacré le lis
TYPE HERALDIQUE
dès les premiers siècles comme un emblème de la virginité. Il s'agit de rechercher vers quelle date le symbole devient un attribut; la conclusion 'se trouve subordonnée à Tétude des représentations de la Vierge antérieures à celles qui viennent d'être citées.
Mais au point où nous sommes arrivés , la sigillographie cesse de nous prêter son concours. Les Carolingiens se sont servis , pour authentiquer leurs
Cluuics le Clumve, 842-869.
diplômes, de types empruntés aux empereurs romains, et les Mérovingiens ne présentent qu'une tète chevelue de la facture la plus barbare. C'est à un autre ordre de documents figurés qu'il faut demander des
renseignements.
Il nous a paru intéressant de feuilleter les manuscrits à miniatures de la période carolingienne et de consigner ici le résultat de leur dépouillement.
Dans le livre de prières de Charles le Chauve, en 842-869 (Bibl. nat., latin, n" ii52), l'empereur est figuré
le front ceint crune couronne à fleurons , tenant un sceptre fleuronné. Le dossier du trône sur lequel le monarque repose est surmonté d'un fleuron à chacun de ses ano;les.
L'agrafe même du manteau rappelle le même ornement.
L'évangéliaire de Godescalc (Bibl, nat., latin, n" 1993), écrit spécialement pour Charlemagne, à la date de 780, représente d'autres sujets peut-être plus remarquables. A droite de la tête de saint Jean, on rencontre d'abord une rosace composée de fleurons.
Viennent ensuite de nombreuses pages où les bordures sont décorées de motifs dont le fleuron est l'élément principal, d'arabesques dans lesquelles le
F'5- 247. — D'après l'évangéliaire de Godescalc, en 780. Bibliothèque nationale, latin, n» 1995.
fleuron seul a été utilisé. Des bandes remplies d'un semé de fleurons diversement colorés enrichissent plusieurs feuillets, et, détail des plus curieux, certaines
TYPE HERALDIQUE 199
pages contiennent à la fois des fleurons cFornement de couleur varice et des fleurons de forme identique, mais blancs, émergeant d'une ^^, ^
touffe de feuilles vertes. Ce ^^f^j^^^ \J |^^ rapprochement nous conduit à ' '^ ' pÉ^ "^ une autre hypothèse, bien rc- i"ig- ns-
pandue, celle de la fleur de lys provenant du lis des jardins.
Voilà donc Tcxistence du fleuron, comme attribut, reconnue chez nos rois et dans les livres écrits pour eux aux premiers temps carolingiens.
Si nous étudions maintenant les représentations de la \'ierge, renfermées en bien petit nombre dans les manuscrits de la même période, nous remarquons qu'elles sont toutes dépourvues d'attribut. Du moment où, selon la mode alors en usage, les Vierges revêtent le pallium, aucun emblème ne les accompagne, ne les caractérise. L'Annonciation, sujet où l'on ne manque jamais, dans les époques plus rapprochées, de rencontrer le fleuron, ne comporte pas encore cet attribut dans les missels du dixième siècle. Si l'on consulte, d'autre part, les manuscrits orientaux du neuvième siècle au onzième, livres où le fleuron est, pour ainsi dire, la base de Tornementation, on constate encore une fois que la Vierge n'est accompagnée d" aucun emblème.
Que conclure de ces dernières recherches, sinon que le fleuron attribut ornant la couronne et le sceptre
de nos souverains remonte à la date des plus anciens manuscrits illustrés, 842-869, et que la Vierge, jusqu'au onzième siècle, ne portant pas de fleuron, ne saurait Tavoir transmis à nos rois ?
Les blasons du douzième siècle sont rares et peu connus. On ne trouvera peut-être pas mauvais que nous ajoutions encore quelques noms aux exemples déjà cités.
En 1177, Eudes de Ham porte trois cri)issants. 1180, Guillaume de Boury, un croissant. Avant 1181, Gérard, comte de Boulogne, trois tourteaux.
1182, Robert de Béthune, trois bandes.
1184, Pierre de Courtenay, trois tour- 'II» teaux.
11 85, Guillaume de Mello, des merï%m l et tes.
, A'{ 1186, Jean de Bréval, un chevronné : 'Mi — Gui le Bouteiller de Senlis,
trois gerbes.
Pierre de Courtenay, II 88, AgnO.?, à.e S^XWt-VYiXm., dcUX/aSCCS
accompagnées de merlettes en orle.
II 8g, Hilbert de Carency, une fasce ; — Matliilde de Portugal, cinci écussons semés de besants.
11 90, Gérard de Ronsoy, un ^ burelé ; — Hugues de Vallery, un fascé semé de fleurs de lys.
1191, Baudouin de Mortagne, un dextrochère.
TYPE HERALDIQUE
1193, Jean, châtelain de Noyon, un parti d'une fasce et d'un paie de pair sous un chef vivre ; — Robert de Chartres, deux fasces.
1195, Gilles de Trazegnies, un coticé à la bordure denchée ; — Robert, comte de Leicester, un écliiqueté ; — Simon de Montfort, un lion ; — Pierre de Gamaches, un lion léopardé passant ; — Rassc de Gavre, un double trécheur flcuronné ; — Richard de Vernon, un sautoir. \-
1196, Richard de Banthelu, une <^^ fasce accompagnée de six oiseaux en orle.
1197, Pierre du Maisnil, un franc -canton ; — Hugues
d'Auchy, un échiqueté à deux fasces brochant.
11 98, Gui de Moimont, trois
Fig 2J0.
D'aprcs le sceau de Gilles de Trazegnies, i ig5.
bandes sous un chef; — Eudes III, duc de Bourgogne, un bandé à la bordure ; — Jean de Villers- Guislain, un losange.
1199, Dauphin d'Auvergne, un dauphin; — Guillaume, comte de Clermont d'Auvergne, deux lions passants ; — Aimar, comte d'Angoulême, un losange; — Raoul dlnchy, un fascé d'échiqueté et de vair de six pièces.
Dans les pages qui précèdent, nous avons montré
les vraies armoiries, les armoiries héréditaires prenant naissance au dernier quart du douzième siècle dans plusieurs familles et plusieurs Etats à la fois. Nous indiquerons à présent comment elles sont figurées sur les sceaux.
Les blasons commencent à se produire dans les types équestres. Ils se posent d'abord sur le bouclier que le personnage tient à la main, en langage de
chevalerie, sur Técu. Sans attendre que Tumbo ait disparu, les pièces héraldiques se rangent comme elles peuvent dans son voisinage. Nous citerons comme exemple de cette première disposition les sceaux de Philippe d'Alsace, en 1170, — d'Eudes de Ham, en 1177, — de Richard de Vernon et de Richard Cœur-de-Lion, en iigS. Les armoiries occupent ensuite le bouclier en cœur de la fin du douzième siècle. Les divers écus qui succèdent à ce dernier continuent à les recevoir et finissent même, au quatorzième siècle, par ne plus avoir d'autre destination.
Mais l'écu du chevalier ne jouit pas longtemps seul du privilège des emblèmes féodaux. Le blason, en vogue depuis peu d'années, envahit bientôt la selle, se posant sur le poitrail en 121 5 (voy. le sceau de Robert de Braine, fig. 211), sur l'arçonnière de der-
Fig. 25i.
Eudes de Ham, 1 177.
TYPE HP:RALDIQI'E 2o3
ricre en 1224 (voy. le sceau de Mathieu II de Montmorency, fig. 223). A peine la cotte d'armes est-elle entrée dans le vêtement chevaleresque, la housse dans la défense du cheval, en i225, qu'elles se couvrent d'armoiries (voy. le type de Savari de Mauléon, fig. 67). Avant i23o, la lance quitte le gonfanon à banderoles pour prendre une bannière rectangulaire, aux armes. L'ailetle, la pièce qui défendait Tépaule, devient dès son origine, vers 1294, une des pièces honorables portant les armoiries du personnage (voy. le sceau de Pierre de Chambly, fig. 83). Le heaume de Philippe d'Alsace (fig. 92) est marqué du lion de Flandre; celui d'Amauri, sénéchal d'Anjou, en i223 (fig. 222), présente sur son pourtour le losange des Craon ; un Flamand, Jean d'Axel (fig. 114), coiffe, en i336, un heaume armorié à' un cliei'ron.
Avant d'aller plus loin, nous croyons devoir placer une observation. Elle découle de ce qui a été exposé jusqu'à présent. L'armature du bouclier engendra, dit-on, les premières pièces de blason. Il suffira, pour réduire à sa juste valeur cette opinion trop généralisée, de citer le hon de Flandre, en 1170, — les croissants de la maison de Ham, en 1177, — les tourteaux des comtes de Boulogne, en 1 181, et ceux des Courtenay, en 11 84, — ■ les merlettes des Mello, en ii85, — les gerbes des Bouteiller de Senlis, en 118G, — le dextrochère des Mortagne, en 1191, — le lion des Montfort, en 1195, etc. Ces emblèmes, empruntés,
comme on le voit, aux plus anciennes armoiries, n'offrent rien de commun avec la ferrure symétrique d'un écu.
Nous dirons encore que la nécessité de placer des armoiries sur Técu compte pour bien peu dans les modifications qu'il a subies. Ses changements de forme, nous croyons l'avoir démontré dans l'étude sur le costume chevaleresque, tiennent par un lien étroit au progrès de l'habillement défensif. D'ailleurs les boucliers de tous les temps n'ont-ils pas été décorés de signes distinctifs ?