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LA CHASUBLE

"pQ^ chasuble, manteau d'apparat de l'officiant,

que l'Eglise emprunta, dit-on, par humilité à l'habillement des esclaves, était d'abord un vêtement fermé, très ample, qui, développé, représen-

tait une surface circulaire percée seulement au centre d'un orifice pour passer la tête. Elle emprisonnait complètement le corps ; les bras, pour paraître et se mouvoir, étaient obligés de soulever un amas de plis. Comme cette chasuble pouvait se porter dans tous les sens, on l'appelait plaueta^ c'est-à-dire errante.

Cette forme primitive reçut bientôt des modifications tendant à faciliter les mouvements. Afin de diminuer le poids que les bras avaient à supporter, on commença d'abord à rogner la jupe sur un point qui devait toujours correspondre au devant du vêtement. Une fente fut pratiquée en même temps sur le devant de Tencolure, pour indiquer comment la chasuble, qu'on nomma alors casiilûj devait être passée.

C'est la chasuble ainsi allégée que nous offre un des plus anciens sceaux, celui de Barthélémy, évêque de Beauvais, en 1 165.

Puis on préféra échancrer l'étoffe sur les côtés, vis-à-vis de chaque épaule, et cette échancrure agrandie successivement, surtout à partir du quinzième siècle, finit par aboutir à la coupe commode , mais sans grâce, de la chasuble aujourd'hui en usage.

Tout en restant dans la donnée que je viens d'indiquer, les chasubles du moyen âge présentent

Fig. 352. — Barthélémy, évêque de Beauvais, ii05.

VETEMENT SACERDOTAL

sur les sceaux les aspects les plus variés. Quelquesunes parmi les plus anciennes paraissent tout à fait unies : telle est la chasuble de Guillaume, évêque du Mans, en ii83. On en rencontre également d'unies dans les types du treizième et du quatorzième siècle, époques où la beauté du vêtement semble se traduire par les plis cVune étoffe fine et souple, plis dont la raideur des broderies viendrait, sans doute, contrarier Feffet. Robert, évêque de Beauvais, en 1240, — Guillaume III, évêque d'Angers, en i3i3, — et tous les évêques de Lisieux, revêtent la chasuble unie dont nous venons de parler.

Sur le sceau de Robert, archevêque de Rouen, en 1209, la simplicité de la chasuble unie est relevée par un fermail en losange posé sur la poitrine. Chez Ives, abbé de Cluni, en 1266, un fermail trilobé rompt la monotonie du vêtement.

Certaines chasubles sont garnies , autour du cou, d'une large bordure d'orfroi comme dans le type d'Etienne, évêque de Noyon, en I2i3.

Fig. 353. — Robert, évêque de Beauvais, 1240.

Fig. 354. — Robert,

archevêque de Rouen,

Fig. 355. — Martin,

D'autres fois, le galon circulaire est placé plus bas que l'encolure. Telle est la chasuble d'Aymon, évêque de Mâcon, en 1228, — et celle d'Alain, évêque d'Auxerre, en ii5i-ii6i, dont le parement soutient un joyau.

Mais l'ornement le plus usité, caractéristique pour ainsi dire, consistait en une bande de riche étoflfe appliquée verticalement sur le devant depuis le bas jusqu'en haut où elle était arrêtée ^^bé de cerisy, .,90. par un fermail, un bijou ou une pierre fine enchâssée. C'est ainsi que les sceaux figurent les chasubles de

Martin, abbé de Cerisy,

en 1 190, — d'Alexandre,

abbé de Jumièges, en

12 17, - — de Richard,

abbé de Lire, en 1224,

— de Pierre, évêque de Meaux,en i225 (fig. 35o),

— et de Hugues de Montréal , évêque de Langres, en 1226.

Quelques types présentent un parement vertical terminé à son extrémité supérieure par une traverse de même étoffe, ce qui lui donne la figure d'un tau. Les chasubles de Gui de Mello, évêque d'Auxerre, en 1248, — de Guillaume de Pontoise, évêque d'Agen,

Fig. 356.

Alexandre,

ahbé de Jumiiges,

Fig. 357.

Gui de Mello,

évêque d'Auxerre,

VETEMENT SACERDOTAL

en 1249, — d'Itier de Mauny, évêque de Laon, en 1254, — ^^ Guillaume, abbé de Cluni, en i256, offrent cette particularité.

Chez d'autres, le parement vertical vient s'ajouter à une bordure du tour de cou comme sur le sceau de Roger, évêque de Laon, en II 85, — de Nicolas, abbé de Saint- Jeanen-Vallée, en 1219, où la bordure couvre entièrement les épaules. — Ou bien le parement vertical se combine avec un parement de tour d'épaules et forme ainsi en coupant ce dernier un ornement en croix. Le type de Litery, abbé de Moutier-la- Celle, en 1222, fournit un exemple de cette disposition.

Bien souvent, le parement vertical partant du bas de la chasuble s'arrête sur la poitrine, où il se bifurque en forme d'un V, enveloppant les épaules à la manière du pallium des archevêques. Le type d'Adam, évêque de Senlis, en i258, présente cette nouvelle variété. La ressemblance de ce parement avec l'insigne archiépiscopal est même quelquefois augmentée par une décoration de croisettes, utery, abbéde

^ Moutier-la-Celle,

décoration qu'on remarquera dans la cha- ^---■

subie de Barthélémy, évêque de Beauvais (fîg. 352), en II 65. — Sur le sceau de Baudouin, évêque de Noyon, en 107, le parement en V est orné de perles;

Nicolas, abbé de

St-Jean-en-Vallée

I2ig.

Fig. 36o. — Hervé,

évêque de Troyes,

— il porte un joyau losange dans le type de Guillaume, évêque d'Avranches, au douzième siècle. — La chasuble d'Hervé, évêque de Troyes, en 12 18, offre un exemple de ces parements en V de la plus grande largeur et sur lequel se détache en haut la croix suspendue au cou du prélat.

Il existe enfin des chasubles qui réunissent dans leur décoration tous les parements précédents. Ainsi dans la chasuble de Pierre, évêque de Saintes, en 1245, le parement vertical aboutit à un parement d'encolure et se croise sur la poitrine avec une bifurcation en V. Chez Raimond , abbé de Saint- Martial de Limoges, en i23o, le parement vertical aflPecte au-dessus du V la forme d'une croix.

Parmi les chasubles à parements compliqués , nous en mentionnerons deux , appartenant à la seconde moitié du douzième siècle, dont les ornements, à larges bordures serties de perles, rappellent le goût byzantin. Elles appartiennent à Thibaud d'Heilly, évêque d'Amiens, en 1170, et à Philippe, évêque de Rennes (fig. 362), en 1179-1182.

Citons enfin à titre de rareté, du moins sur les sceaux, la chasuble armoriée d'Antoine, évêque de

Fig. 36i.

Pierre, évêque de

Saintes, 1245.

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Durham, en 1298; une croix ancrée de grande dimension occupe le devant de son vêtement d'apparat. En établissant les différences qui précèdent, j'ai dû, ne m'occupant que des évêques, laisser de côté les chasubles archiépiscopales qui sont représentées unies. L'insigne distinctif qui les décore, le pallium, en étant le plus bel ornement, on a dû les figurer unies, sans doute, afin d'empêcher, entre les pare-

Fig. 362. — Philippe, '-

évêque de Rennes, 1179-1182. mentS Ct Ic pal- "'"''

lium, une confusion inévitable. Toutefois quelquesunes échappent à ce parti pris et offrent certaines décorations particulières. Ainsi la chasuble de Rotrou, archevêque de Rouen, en 1175, semble porter sur le devant, près de l'encolure, un parement en forme de rectangle allongé; la chasuble de Guillaume, archevêque de Sens, en 1259, est brodée d'annelets autour des épaules.

Fig. 363. — Rotrou, archevêque de Rouen,

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