‹ Le Costume au Moyen âge d'après les sceauxChapitre 69 sur 97 · LA MITRE · texte numérisé non relu

LA MITRE

^^^3 A dignité épiscopale se reconnaissait à la mitre ljl|î^^ et à la crosse. La mitre n'a pas de représeny^^j tation figurée avant le onzième siècle. Les auteurs appartenant à des âges précédents la dépeignent comme une sorte de bonnet phrygien, sans pattes latérales, fixé autour de la tète par un cordon dont les bouts retombent par derrière.

Dans l'imagerie des sceaux, les plus anciennes mitres se composent d'un bonnet à fond bas, bordé d'une bandelette qui ceint le front et se noue par derrière en laissant retomber ses deux bouts, les fanons. Ce bonnet présente de chaque côté, au-dessus des oreilles, une proéminence arrondie en forme de corne. De là le nom de mitre cornue donné à cette coiffure en usage pendant le douzième siècle et dont on trouvera des exemples variés dans les types de

Hugues cV Amiens, archevêque de Rouen, en 11 54, de Pierre Lombard, évêque de Paris, en 11 59. Chez ce dernier, les ornements de la bandelette rappellent ceux du parement de la chasuble. La mitre d'Arnoul, évêque de Lisieux, en 1170, porte, de plus que les ■'\ précédentes, un riche galon séparant les

Piene Lombard, appendicCS COmUS.

évêque de Pai'is,

"59- Au treizième siècle, la coiffure épis-

copale change d'aspect. Sa forme avait même commence de se modifier bien avant cette époque, vers le milieu du douzième siècle , mais c'est au treizième que la mitre cornue disparait tout à fait, pour faire place à une coiffure dont les cornes ou les pans prennent une disposition toute différente.

Les pans étaient latéraux, ils vont maintenant se placer l'un sur le front, l'autre sur le derrière de la tête. D'abord très bas et échancrés sur leur bord extérieur comme dans les types de Hugues III, évêque d'Auxerre, vers 1144 (fig. 332), et de Manassès, évoque de Langres, en 1187, ils s'élèvent ensuite et finissent en un anMe aig:u à bords droits chez Gui, archevêque de Sens, en 1191, — chez Guillaume, archevêque de Bourges (fig. 373), en 1201, — Richard de Gerberoy, évêque d'Amiens (fig. 374),

l-"ig. 372. — Ariioul.

vèque de Lisieux, 1 170.

VETEMENT SACERDOTAL

en 1206. Sur ce dernier sceau, les pans sont décorés d'un galon qui part de leur sommet et descend sur la bandelette, les partageant ainsi dans toute leur hauteur en deux surfaces égales.

Vers i23o, i233, les deux pans qui, dans les exemples précédents, se réunissent au moment où ils aboutissent à la bandelette, viennent se joindre à une certaine distance au-dessus de celle-ci et paraissent donner à la mitre plus d'ampleur et plus d'élégance. Les coiffures de Gautier, archevêque de Sens, en i23o, et

Fig. 373.

Guillaume,

îrchevêquc de Bourges,

Fig. 374.

Richard

de Gerberoy,

évùque

d'Amiens,

de Henri, archevêque de Reims, en i233, appartiennent à ce modèle. Dans le type de l'archevêque de Reims, le pan est orné de deux petites croix séparées par le galon médian. L'officialité de Paris, en i25o, offre un très beau spé- i!^ cimen de mitre posée de profil, Fig. 3;6. aux fanons frangés et sertis de ^dri'officiamr

1 de Paris, i25o.

perles.

A la fin du treizième siècle, la mitre devient encore plus ample, elle s'élargit encore davantage à partir du bandeau qui ceint la tète. Son étofi'e

îqS

se garnit d'arabesques, les orfrois se sèment de pierres fines. Ce changement se remarque dans les types de Jean , évêque de Langres , en 1296, — de Pierre I", archevêque de Reims, en 1297, — de Renaud de la Porte, archevêque de Bourges, en iSiy.

A partir de cette dernière date.

Fig. 377.

Jean, évêque

de Langres,

Fig. 37S.

Pierre !"■, . archevêque de

les pans de la mitre^ franchement Reims, 1297.

aigus jusque-là, commencent à prendre des contours arrondis et grandissent surtout en hauteur, comme le démontrent les sceaux des évêques de Paris : Guillaume et Foulques de Chanac, en 1340 et i345, — Jean de Meulan, en i36i. — La dimension dans ce sens ne fait qu'augmenter à la fin du quatorzième siècle et laisse pressentir la mitre de nos jours, mitre d'une exagération à renverser toutes les règles du bon goût.

Les évêques n'ont pas seuls été appelés à porter la mitre. Des concessions papales ont permis quelquefois à des abbés, à des chanoines de la poser sur leur tète.

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