LA HOUSSE
'armure était entrée dans la période du grand haubert. Sous un habillement défensif, compacte, à pièces étroitement cousues ensemble, l'homme d'armes, invulnérable, ne pouvait être pris ou tué que lorsqu'il était à terre, et pour l'y jeter on cherchait à blesser le cheval. La défense de ce compagnon de guerre, on disait le destrier , ne pouvait donc pas être plus longtemps différée. Dès le commencement du treizième siècle, on le couvrit de mailles ou d'une épaisse draperie.
Les premières housses, d'abord d'une seule pièce, avec une échancrure aux flancs pour le passage de l'éperon, témoin le sceau de Savari de Mauléon (fig. 67), en 1225, furent bientôt remplacées par des housses en deux parties, l'une pour l'avant-main, l'autre pour la croupe.
L'habillement de l'avant-main coiffait le cheval jusqu'à l'angle de la bouche, enveloppait l'encolure et retombait en tablier jusqu'au bas des jambes, qui se trouvaient ainsi obligées de soulever la lourde étoffe à chaque foulée de galop ; de tels avant-main se voient sur les sceaux du seigneur de Châteauroux, en 12 17, d'Amauri de Craon, sénéchal d'Anjou (fig. 222),
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le COSTUME D'APRES LES SCEAUX
en 1223. Cette coupe incommode ne tarda pas à être modifiée ; Ton échancra d'abord la pièce sur le devant,
I'ig. 222. — Amauri de Craon. scncchal d'Anjou. 122^.
puis on la fendit jusqu'au poitrail pour la liberté des jambes. Dans un type de 1224, le cheval de Mathieu
Fig. 223. — Mathieu de Montmorency, 1224.
de Montmorency est revêtu d'une housse échancrée, et sur un sceau du même personnage, en i23o, le cheval porte la housse fendue.
HABILLEMENT CHEVALERESQUE
L'habillement de la croupe descendait aussi bas que celui de r avant-main. Tous deux se bouclaient à la selle.
La housse de mailles, fort rare sur les sceaux, appartient en général à des types du midi de la France. Dans ces contrées, la pièce de r avant-main, au lieu de retomber en deux pans carrés, finit ordinairement en pointe de chaque côté de l'épaule.
Fig. 224. — Bernard V. comte de Comminges. 1226.
C'est aussi dans le Midi que se rencontrent ces housses mixtes dont le devant est en mailles, tandis,, que la croupe est couverte d'une étoffe armoriée , bordée de pendants ou de découpures. La plus ancienne housse de mailles figurée sur les sceaux se voit dans le type de Robert de Montaut, en 12 14; elle paraît être d'une seule pièce.
La housse d'étoffe, qu'on appelait couverture pourpointe par opposition à celle de mailles, nommée couverture de fer, est la plus répandue. Armoriée dès
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son origine, elle portait le blason du chevalier répété à droite et à gauche, sur l'épaule et sur la cuisse, comme dans le type de Gautier de Nemours, maréchal de France. A l'époque où les cimiers envahirent le
. Fig. 22?. — Gautier de Nemours, maréchal de France, 1260.
casque, des cimiers analogues se posèrent sur la tète du destrier; aussi, à partir de 1267, trouve-t-on des chevaux cimes d'aigrettes, de bois de cerf, de chimères, d'aigles, etc.
Lorsque, vers i36o, l'armure de l'homme de guerre
commença à se transformer, la tête du cheval se garnit d'un chanfrein, plaque d'acier armée d'une crête ou d'une pointe, qu'on laçait sous la ga-
dc Louis de Châtillon. ^«^"L- -*. ^.««,^<Ml «„^^«^*»,« comte de Blob, n3Che et <1U 0Tl aCCOlîîpa-
gnait de quatre a cinq lames articulées, à recouvrement, bardant le haut de l'encolure et maintenues en dessous par de la maille.
Fig. 226.
D'après le sceau
de Pierre de Navarre
comte de Mortain,
HABILLEMENT CHEVALERESQUE
Un rebord saillant garantissait d'ordinaire les yeux du
cheval. D'autres fois ils étaient abrités derrière un
grillage. On fermait complètement les œillères s'il était sujet à se dérober ; dans ce cas le chanfrein était dit aveugle. C'est celui dont les sceaux de Jean Ier, duc de Lorraine, en 1367, — de
Jean-sans-Peur, en 141 2, — de Charles d'Orléans,
en 1444, fournissent des exemples.
Un sceau de Louis, troisième fils de Charles VI et
dauphin de Viennois, en 1409, nous offre un chan-
Fig. 228.
D'après le sceau
de Philippe le Bon,
duc de Bourgogne,
Fig. 229.
D'après le sceau
de Jean-sans-Peur,
duc de Bourgogne,
Fig. 23o. — D'après le sceau de Louis, dauphin de Viennois, 1409.
frein dans lequel le museau du cheval est protégé par une grille.
Tout en défendant utilement le cheval, le chanfrein devint pour les seigneurs une occasion d'étaler le plus grand luxe. Ils le garnissaient d'or, le couvraient de
pierreries, le cimaient de plumes d'autruche, parure des plus recherchées. Le cheval d'armes du comte de Saint-Pol portait au siège de Harfleur, en 1449, un chanfrein estimé 3o,ooo écus.
Dans les représentations d'apparat, sous les der-
1 ig. 23 1. — Jean-sans-Peur. duc de Bourgogne, i ^o5.
niers ducs de Bourgogne, l'étoffe de la housse devient souple, légère, flottant au vent en longs plis soyeux; mais le tissu léger recouvre une seconde housse de fines mailles, enveloppant entièrement le cheval. On pourra comparer ces derniers types à celui de Philippe, comte de Valois (fig. 232Ï, en 1327.
HABILLEMENT CHEVALERESQUE
Au commencement du seizième siècle, les housses disparaissent. L'homme de guerre a depuis longtemps adopté l'armure en fer plat, il l'applique à la défense du cheval. Déjà la tête est garnie du chanfrein, la barde de crinière couvre l'encolure. En étendant le système au poitrail, à la croupe et aux flancs, l'on aura le cheval bardé dont les derniers sceaux fournissent quelques rares spécimens, mais que Ton trouvera fréquemment figuré dans les tapisseries, dans les sculptures, et qu'on pourra étudier dans les musées spéciaux.
Fig. 2J3. — Philippe, comte Je Valois, 1327.
Ornement tiré du manuscrit français n« 30, à la Bibliothèque nationale, xiv* siècle.
ous venons de voir les armoiries héréditaires devenir par leur présence sur Técu, sur la cotte d'armes, sur la housse , un accessoire important de l'habillement chevaleresque.
Initiale tirée des Décrétai* dt tn / • \ • / 1 1
Grégoire ix, ms. du xiv siède, Déjà nous avions montré, dans le
n* 357, a la Bibliothèque de
Laon- type des dames, les pièces héral-
diques employées à décorer les surcots d'apparat.
Ces rapports, constants au moyen âge, des emblèmes féodaux avec le costume, nous obligent à consacrer quelques pages au blason. Toutefois notre intention n'est pas de reproduire ici les éléments d'une science que l'on trouve exposée dans bien des traités. Nous toucherons seulement aux questions les plus essentielles, celles qui se rattachent à l'origine des
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armoiries, à la figure chronologique de Técu. Nous étudierons également les supports , les cimiers , le volet et les lambrequins, les diverses formes d'écu, les premières brisures.
L'imagerie des sceaux nous a transmis un nombre considérable d'armoiries, et ces armoiries se recommandent non seulement par une authenticité incontestable, mais encore par leur grande ancienneté. De tous les monuments qui pourraient nous éclairer sur l'origine du blason, il ne reste, ou du moins Ton ne connaît que les sceaux. Il était donc tout naturel et indispensable à la fois de les prendre pour base de ce travail. Nous ajouterons que les sceaux dont nous allons invoquer le témoignage appartiennent la plupart aux grands feudataires ou aux seigneurs les plus marquants de notre pays. La question des blasons étrangers se trouve ainsi réservée.